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La biologie de synthèse : un outil au service de l'environnement ?

Si la biologie de synthèse pourrait contribuer à réduire certains impacts environnementaux, elle soulève cependant des questions éthiques et de gestion de risques. Un rapport mandaté par différents ministères dresse un état des lieux de la situation.

Décryptage  |  Risques  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com

Identifiée comme une des priorités de la stratégie nationale de recherche et d'innovation (SNRI), la biologie de synthèse, reste confinée aujourd'hui à l'échelle du laboratoire, selon un rapport mandaté par différents ministères.

La visibilité de ce secteur aurait également besoin d'être améliorée. "Aucune cartographie exhaustive des laboratoires actifs en biologie de synthèse n'est disponible et le tissu est encore fragile reposant sur l'initiative de quelques individus parfois relativement isolés", note le document.

Cette technologie pourrait toutefois devenir un outil au service de l'environnement et la chimie verte, selon le rapport.

Production de molécules bio-sourcées

A partir de l'utilisation de biomasse ligno-cellulosique ou de déchets organiques, la biologie de synthèse pourrait en effet contribuer à produire par exemple de nouveaux carburants. "Certaines molécules d'intérêt produites visent à remplacer les grands intermédiaires pétrochimiques (éthylène, propylène, benzène, butanol, isobutène) et tous leurs produits dérivés issus de polymères (polyesters, polyuréthanes, PVC, polystyrène) par des molécules bio-sourcées ou recyclées pour une très large gamme d'utilisations (engrais, solvants, matériaux plastiques, textiles)", souligne le rapport.

Autre application : remplacer une des briques élémentaires de la pétrochimie, le butadiène par sa version produite à partir de biomasse agricole et forestière (bio-butadiène).

Le rapport pointe également les apports de la biologie de synthèse pour la bioremédiation ou la biosurveillance par l'intermédiaire de biosenseurs.

Un premier obstacle à leur développement est toutefois constitué par les investissements peu importants accordés à cette technologie. Parmi les quelques projets financés : la création d'un nouveau centre dédié à la biologie de synthèse, Toulouse White Biotech (par l'intermédiaire des investissements d'avenir), un programme de recherche Synthacs et l'ERA-Net ERASynbio (ANR).

"Une véritable montée en puissance de la biologie de synthèse en France ne sera possible que si elle est fortement accompagnée par les pouvoirs publics et les organismes de recherche, estime le rapport. Pour rattraper le retard pris vis-à-vis des concurrents, il est urgent de mettre en place des formations au niveau universitaire et d'envoyer des jeunes chercheurs se former dans les meilleurs laboratoires étrangers tout en assurant leur retour en France".

Seconde problématique : si cette technologie pourrait jouer un rôle pour la protection de l'environnement, elle soulève cependant de nombreuses questions.

Comment garantir la biosécurité ?

Tout d'abord, la connaissance sur les risques qu'elle comporte et les moyens de les contourner demeure encore mince.

Ainsi pour limiter les possibilités de dissémination involontaire des organismes dans l'environnement, certains envisagent d'incorporer dans le génome des micro-organismes synthétiques des gènes suicides pour les empêcher de se reproduire ou de survivre en dehors du laboratoire, ou encore les faire dépendre d'une molécule qui n'existe pas dans la nature. Cette idée ne semble toutefois pas provoquer l'unanimité : certains scientifiques émettent de fortes réserves, argumentant que les organismes synthétiques peuvent muter, échanger des gènes et au final s'adapter à leur environnement, selon le rapport.

"Certains experts soutiennent aussi que les micro-organismes synthétiques dotés d'un génome minimum, sans système redondant, sont extrêmement vulnérables aux mutations et ne pourraient pas survivre dans l'environnement, relèvent les auteurs, mais cette théorie mérite d'être expérimentée dans divers environnements".

Enfin, le document met également en garde contre un détournement à des fins malveillantes.

Le rapport du groupe de travail biologie de synthèse de la Stratégie nationale de la recherche et de l'innovation (SNRI) avait toutefois considéré que ces questions étaient bien encadrées par la réglementation en vigueur.

"Le développement d'un cadre harmonisé au plan international d'évaluation et de prévention des risques liés à la biologie de synthèse requiert donc des travaux coordonnés de recherche qu'il importe de soutenir", estime le rapport.

Il préconise également la création d'un comité indépendant pour la sécurité et la sûreté des techniques biologiques.

Une autre question délicate à résoudre serait celle plus large de la manipulation du vivant et de ses conséquences éthiques.

Enfin, une réflexion sur l'applicabilité des régimes de propriété intellectuelle à la biologie de synthèse doit être initiée.

Concernant la concertation sur ces sujets, le rapport salue la création de l'Observatoire de la biologie de synthèse même si ce dernier est hébergé au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Pour les auteurs, il est essentiel de poursuivre la transparence et la concertation. Le sujet continue à provoquer le débat. "Une plate-forme internationale d'ONG s'est créée contre la biologie de synthèse (crainte de la création artificielle du vivant) et lors des premières réunions organisées sur le sujet dans le cadre du Forum de l'Observatoire de la biologie de synthèse, le débat a été perturbé", rapporte le document.

Réactions4 réactions à cet article

 

la technique ne sauvera pas la planète c'est notre mode de vie qu'il faut changer, la fuite en avant n'est pas une solution ce type de remèdes pourrait être pire que le mal.

lio | 29 avril 2014 à 11h45
 
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Biologie de synthèse = OGM. Il s'agira d'organismes soit unicellulaires soit plus complexes dont une modification génétique permettra de synthétiser des molécules d'intérêt particuliers. Depuis longtemps déjà l'insuline et certaines hormones peptidiques sont obtenues par culture de bactéries OGM. En effet la natures réussi facilement a synthétiser des molécules trés complexes que les chimistes ont beaucoup de difficulté a préparer.
Dans les domaines de "chimie verte" les recherches visent a pouvoir utiliser le maximum de biomasse et non plus une fraction (comme pour le sucre, les huiles végétales). On a réussi a obtenir la conversion en GAZ (butadiene, éthylène, isobutène) d'une partie de la biomasse grâce a des enzymes, des fermentations génétiquement modifiées: ainsi le produit interessant est facilement récupérer et il n'y a pas l'effet de saturation qui autrement bloquerai le processus.
La biologie de synthèse est un outil versatile et puissant, il faut un cadre législatif, une observation des essais en cours. Comme toutes les techniques elle peut être employée à bon escient ou non.

ami9327 | 29 avril 2014 à 12h16
 
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Les technologies n'ont pas toutes la même puissance, mettre une arme dans la main d'un enfant peut avoir de lourdes conséquences, les exemples de mauvaises utilisations sont nombreux, quand à la nature contrairement à nous elle a des milliards d'années d'expérience et seul les mutations viables et peu dangereuses ont perdurées

lio | 29 avril 2014 à 14h49
 
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La nature, nous en faisons partie. Et ce n'est pas une personne qui s'oppose à "nous". Le génie humain d'utilisation des ressources végétales est à encourager. Le génie des organisations démocratiques humaines est à développer en parallèle (voire préalablement) pour juguler les "mauvaises" utilisations.

Albatros | 05 mai 2014 à 11h22
 
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