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Bois énergie : complémentarité et compétition entre les acteurs de la filière bois

La disponibilité du bois énergie et les conflits d'usage avec les autres filières inquiètent les spécialistes du secteur. Si le bois ne manque pas, il semble délicat de le sortir des forêts, surtout au prix actuel.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Bois énergie : complémentarité et compétition entre les acteurs de la filière bois
   

Les volumes de bois seront-ils au rendez-vous ? Telle est la question à laquelle ont tenté de répondre les participants de la table ronde organisée le 30 juin 2011 par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) lors de la première édition du Colloque national biomasse.

Croissance du stock sur pied

"Il y a une accumulation du bois dans les forêts", constate Antoine Colin, ingénieur bois énergie carbone pour l'Inventaire forestier national (IFN), qui précise que le stock sur pied a progressé de 625 millions de m3 entre 1981 et 2007, soit une hausse annuelle moyenne d'environ 25 millions de m3. Au total, les forêts françaises stockent 2,4 milliards de m3 de bois, dont 1,54 milliard m3 de feuillus et 0,86 milliard de m3 de résineux.

S'agissant des perspectives à l'horizon 2020, une étude réalisée par les pouvoirs publics estime à 12 millions de m3 par an la disponibilité supplémentaire en bois d'industrie et bois énergie (BIBE). À cela s'ajoute la disponibilité supplémentaire de 7,2 millions de m3 par an pour les menus bois. Ces disponibilités supplémentaires sont feuillues (85 % du total), en forêt privées (77 %) et situées le long d'un axe allant de Midi-Pyrénées à la Lorraine en passant par la région Centre.

Reste que selon Ludovic Guinard, responsable de l'unité économie, énergie, prospective de Forêt, cellulose, bois-construction et ameublement (FCBA), "dire 'il y a une ressource' n'est pas suffisant, si on laisse de côté la question de sa qualité et les problèmes liés à son exploitation." Un point de vue partagé par Jacques Ferling, délégué général le Kronofrance, qui constate qu'"on entend des chiffres de disponibilité depuis des années, mais maintenant il faut faire sortir le bois!"

Un lien direct avec le bois d'œuvre

"Il est possible d'accroître la production de bois énergie", rassure Pascal Viné, directeur général de l'Office national des forêts (ONF). Pour les experts, divers facteurs détermineront les volumes qui seront réellement exploités : la préservation d'un bon état environnemental des forêts, la volonté des propriétaires, la structure foncière, l'accessibilité du bois en forêt ou encore le prix du bois.

 
Quid des taillis à courte rotation ? Un complément pourrait provenir des essences à croissance rapide permettant de courtes rotations. Bien que des problèmes d'adaptation des essences et de biodiversité restent à régler, le sujet a cependant été abordé.
"On est obligé de s'y intéresser, surtout si l'on veut densifier l'approvisionnement en prévision des agrocarburants de deuxième génération", estime Pierre Ducray. Cependant, Ludovic Guinard prévient : "ce ne sera qu'un complément, car on est à mi-chemin entre l'agriculture et la sylviculture, ce qui augmente les coûts et introduit une compétition avec l'usage agricole des terres.
 
En premier lieu, la hausse de la demande en bois d'œuvre semble déterminante puisque le bois énergie provient en grande partie des différents résidus du travail du bois d'œuvre. En effet, selon l'IFN, la part de BIBE liée à l'exploitation de bois d'œuvre s'établit entre 42 et 62 % du total. Les granulés bois produits à partir des sciures ou les plaquettes forestières issues du broyage des branchages illustrent parfaitement les synergies entre les deux secteurs. Un modèle qui devrait se perpétuer selon Pascal Viné qui prévient : "soyons clairs, la priorité de l'ONF c'est le bois d'œuvre." "L'ensemble constitue un modèle viable", confirme Ludovic Guinard, ajoutant que "le prix du bois énergie reste trop faible pour permettre un développement indépendant."

Un bémol néanmoins : "le bois énergie est parti sur une logique de recyclage des déchets", déplore Pierre Ducray, directeur de l'Union de la coopération forestière française (UCFF), qui juge que "nous n'en sommes plus là, il faut développer une vraie filière qui s'inscrive dans une démarche sylvicole."

Conflit d'usage ou saine compétion ?

"Le bois énergie s'inscrit dans une filière, il faut le souligner", synthétise Jacques Ferling, concluant qu'"il faut donc écarter la notion de conflit d'usage, il y a une saine compétition entre acteurs économiques." Pour fournir 100.000 tonnes de bois énergie, il faut trouver des débouchés pour 200.000 à 300.000 tonnes de bois dans les autres segments de la filière, explique Pierre Ducray, qui confirme que "parler de compétition est effectivement plus intelligent que de parler de conflit."

Dans ce contexte, l'ONF préconise de renforcer le dialogue et la cohésion entre les acteurs. Sur ce point, "il n'est pas normal que le bois construction n'utilise que des résineux", regrette le directeur de l'Office, d'autant plus que la ressource disponible est avant tout constituée de feuillus.

Une démarche locale

Un autre point est incontournable, selon les experts : le marché du bois est avant tout local. "Le principal problème rencontré par un opérateur de chaufferie biomasse est la difficulté d'assurer un approvisionnement local sur 10 à 15 ans", estime Pascal Viné. Un point de vue partagé par Pierre Ducray qui juge cependant que "les contrats d'approvisionnement à long terme permettent aux propriétaires d'investir pour produire durablement du bois." Certes, mais "les grandes installations ne doivent pas mettre en péril les équilibres locaux", prévient Jacques Ferling.

Si l'aspect local est mis en avant, la dynamique du marché européen fait peser une menace sur le développement du bois énergie en France : l'Allemagne est maintenant déficitaire en bois et la Belgique, l'Espagne et l'Italie le sont depuis plusieurs années déjà. Un risque d'autant plus fort que le bois se vend deux fois plus cher en Allemagne, indique Pascal Viné…

Finalement, arriverons-nous à atteindre les objectifs français assignés au bois énergie ? Pascal Viné est sceptique : "avec les appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie, on a atteint les limites maximales d'approvisionnement et si on n'investit pas l'objectif ne sera pas atteint." Dans un tel contexte, la "saine compétition entre acteurs économiques" pourrait virer au conflit ouvert.

Réactions4 réactions à cet article

 

Effectivement ,il suffit d'assister à des réunions filière bois et Production
de Bio-carburants ,pour constater que les prévisions de disponibilités de
cette BIOMASSE sont trop optimistes,car les demandeurs d'autorisation
pour exploiter les forêts débordent largement sur les ressources renouvelables! La rentabilité de la ressource prime ,hélas, sur le développement durable.

arthur | 10 juillet 2011 à 20h39
 
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Les prix du bois de chauffage pour le particulier ont explosé ces dernières années de façon phénoménale, et cela même en région de production. Ce ne sont certainement pas les coûts de production qui sont les responsables, mais l'allongement des dents des propriétaires des forêts. La spéculation est là, en témoigne l'augmentation incroyable des surfaces de zones déboisées en dépit de toute logique environnementale ou écologique: faire du fric, vite.

onésime | 14 juillet 2011 à 11h45
 
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Pour travailler au CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière), je peux vous assurer que ni les propriétaires, ni les bucherons ne profitent de cette augmentation du bois!
Ce sont les gens qui vendent le bois de chauffage qui se font plus de marge. Dela pose d'ailleurs un énorme problème : malgré cette augmentation, on ne peut pas aller chercher du bois à des coûts de mobilisation plus important puisque l'on n'augmente que la marge du vendeur et des intermédiaires.
En ce qui concerne la mobilisation de la ressource, les prévisions sont en effet trop optimistes, c'est un fait : non prise en compte du désir de vendre du bois, de l'âge des forêts... Cependant, on peu mobiliser mieux et plus : cela répond aussi à un engeux sociétal : la coupe rase est aujourd'hui mal vue, elle sort de notre vision culturelle de la forêt : il devient donc important, en dehors même des autres problématique (protection danger naturels, protection des sols, adaptation au changements climatiques...) de raisonner de plus en plus au passage en futaie irrégulière.
On peut en discuter des heures, sachant que tout dépend du contexte : la forêt est très variée et à chaque forêt ses solutions.
En conclusion, bien se renseigner avant de publier des messages!

jean | 04 août 2011 à 11h45
 
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@ jean

Pour vivre depuis plus de vingt ans dans une région forestière et utiliser le bois comme moyen de chauffage, je persiste et signe:
ici, le bois coupé à 1 km de chez moi, livré (en 1 m) à partir du point d'abattage, a tellement augmenté que le bûcheron -que je connais bien et depuis longtemps- en est gêné lorsqu'il me présente la facture. Et qu'on ne vienne pas me raconter que c'est la livraison - laquelle est directe- et la sortie de forêt qui est la cause de cette explosion: le processus n' a pas varié depuis 20 ans. La société qui vend ce bois est toujours la même, et en fait, elle est essentiellement composée des ayant-droits sur le domaine où s'effectuent les coupes, i.e. les propriétaires. Il est exact que le bûcheron n' a pas vu sa paye s'améliorer, mais il a bien vu celle des propriétaires le faire, puisqu'il assite aux réunions "stratégiques" du groupement forestier.

Onésime | 05 août 2011 à 11h40
 
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