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Les négociations climatiques freinées par la remise en cause des décisions passées

En demandant une remise à plat du processus de prise de décision, la Russie a bloqué les travaux d'un des trois groupes de travail réunis à Bonn. Ce blocage devra être réglé rapidement, faute de quoi l'ensemble du processus pourrait être compromis.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Les négociations climatiques freinées par la remise en cause des décisions passées

Vendredi 14 juin, se sont achevées deux semaines de négociations tenues à Bonn (Allemagne) sous l'égide de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc). Si le secrétariat de la Ccnucc fait état "de progrès concrets" en vue de l'adoption d'un nouvel accord climatique international fin 2015, les événements intervenus lors de cette session officielle illustrent plutôt les difficultés récurrentes à négocier un accord satisfaisant les quelque 195 Etats signataires de la convention onusienne.

Parmi les décisions concrètes prises à Bonn, figure la désignation, par les membres du groupe des pays d'Amérique latine, du Pérou comme hôte de la conférence annuelle de la Ccnucc en 2014. Le Venezuela organisera une pré-réunion la même année. Cette conférence suivra celle de novembre 2013 à Varsovie et précédera celle qui devrait très probablement se tenir au Bourget (France) fin 2015.

Comme souvent, les délégations font état d'une bonne volonté et de discussions franches tout en concédant que le plus dur reste à faire, notamment s'agissant de la forme juridique du futur accord et des engagements des différents Etats. Mais cette fois, l'événement des négociations est l'impossibilité d'ouvrir les travaux d'un des trois groupes de travail suite à un blocage de fond des discussions.

 
Vers une hausse de 3,3°C Comme à l'accoutumé depuis l'échec de la conférence de Copenhague (Danemark) en 2009, les chercheurs du Potsdam Institute for Climate ont mis à jour le Climate Action Tracker censé traduire le cumul des engagements de limitation des émissions de gaz à effet de serre en élévation de la température moyenne globale d'ici la fin du siècle.
En l'occurrence, les engagements actuels entraineraient une hausse de 3,3°C, quand à Copenhague la communauté internationale s'est engagée à la maintenir en deçà de 2°C.
 
Consensus ou unanimité ?

L'ajournement des travaux du groupe de travail chargé d'assurer la mise en œuvre et le suivi des décisions (le Subsidiary Body for Implementation (SBI)) adoptées lors des grandes réunions annuelles de la Ccnucc est sans conteste le fait marquant des négociations. En effet, les travaux du SBI se sont achevés prématurément le 11 juin sans même adopter d'ordre du jour après que les négociateurs aient refusé d'y inclure une demande portée par la Russie, l'Ukraine et la Biélorussie relative aux procédures de prise de décision. Une situation "des plus malheureuses", a estimé Christiane Figueres, la secrétaire générale de la Ccnucc. En effet, faute de discussions à Bonn, les sujets à traiter dans le cadre du SBI prennent six mois de retard, a expliqué Quamrul Chowdury, le principal négociateur des pays les moins avancés (PMA), à l'agence de presse Bloomberg.

En cause, les décisions adoptées par consensus à Doha ne traduisent pas les préoccupations des trois Etats qui s'y sont opposés. Aussi, ces pays suggèrent-ils de remettre à plat la méthode de prise de décision. "Que veut dire « consensus » ?" a demandé Oleg Chamanov, le délégué russe, lors de la séance plénière, jugeant que le "processus [de prise de décision] est très malade", rapporte l'AFP. Pour les officiels russes, il devient donc "absolument nécessaire d'examiner la façon dont nous prenons des décisions".

Les discussions sur cet épineux problème de gouvernance devront progresser d'ici la prochaine conférence des parties (COP) qui se tiendra du 11 au 22 novembre à Varsovie (Pologne), a expliqué Tomasz Chruszczow, le président du SBI, estimant qu'"il est essentiel d'utiliser le temps disponible pour discuter au plus haut niveau ministériel de la façon dont on peut résoudre ce problème". Les ministres en charge des négociations climatiques se seraient probablement bien passés d'avoir à traiter ce nouveau sujet de tension, alors que l'agenda des négociations est déjà surchargé. Les négociateurs devront "faire en une semaine le travail prévu sur trois semaines", a résumé Christiana Figueres. Une gageure.

L'air chaud, encore et toujours

Derrière ces questions de procédure se cache en réalité un enjeu de taille pour la Russie et ses alliés : l'avenir de l'"air chaud", c'est-à-dire les crédits carbone excédentaires accordés aux pays de l'Est dans le cadre de la première période d'engagement sous le protocole de Kyoto. Lors de la conférence de Doha, les négociateurs n'avaient pas tranché sur l'avenir de ces quelque 13 milliards de tonnes de CO2 qui réduisent d'autant l'effort à fournir par les pays engagés dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L'accord de Doha prévoit le maintien de cet "air chaud" tout en limitant drastiquement son usage d'ici 2020 puisque les pays ayant reconduit leur engagement sous le protocole se sont engagés à ne pas y recourir. Une façon de repousser à plus tard la décision qui a passablement agacé les détenteurs de cet "air chaud", au premier rang desquels figure la Russie et ses 5,8 milliards de crédit Kyoto excédentaires.

Aujourd'hui le débat s'ouvre donc et la délégation russe a souhaité discuter des règles de gouvernance qui ont permis d'aboutir à une telle situation. Si ce n'est pas la première fois que de telles tensions pointent dans les négociations, cette fois c'est l'un des principaux pays qui s'en plaint. D'où le blocage. Surtout que certains négociateurs craignent le pire pour la suite. Un délégué cité par l'Earth Negociations Bulletin sous couvert d'anonymat, craint qu'en accédant à la requête des Russes, la Ccnucc ne crée un précédent pour les Etats ne souhaitant pas se conformer aux décisions adoptées lors des conférences des parties.

Réactions3 réactions à cet article

 

Je ne sais si le changement climatique c'est "maintenant" sous le régne de je ne sais quel rigolo qui prétenderait détenir le bon pendule ??? Si le changement climatique, c'est lié la pollution des Hommes (GES) et si le changement climatique, ce sont des changements fondamentaux de notre climat avec des pluviométrie multipliée par 2 annuellement, alors, nous allons évoluer vers des situations catastrophiques. Hormis une agriculture sous serre, notre agriculture est loin d'être préparée à de tels boulvresements par rapport à des nombreus paramétres (sols,adaptations des plantes et des animaux ... etc). Si le changement climatique est à l'image de 2013 où en 6 mois nous avons la pluvio moyenne annuelle, nous n'avons pas fini de connaitre des difficultés...En effet, la terre n 'a pluas besoin du ciel mais avec nos tracteurs de 200 cv et nos ordinateurs, tout celà reste sous les Hangars à contempler la pluie tomber... Quant à nos prévisionnsites, ce sont des gens qui gagnent leur vie et doivent justifier leurs salaires à remplir du papier et alimenter le numérique...Ils n en savent RIEN ??? Notre climat pourrait nous jouer des tours de "vache" qui remettraient en cause nos schémas de développement et pour lesquels nos ministres et nos politiques qui savent tout finiraient par prendre des chapeaux de guignoles...sans oublier ceux de l 'est et de l'ouest...

bertrand | 18 juin 2013 à 09h56
 
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Il est certain que la modélisation du climat et de ses variations est un casse-tête, tant les phénomènes qui interviennent dans la régulation sont complexes et pour certains inconnus. Toutefois, le dérèglement est en marche, il s'observe, et l'activité humaine l'influence en grande partie. D'où la nécessité d'agir rapidement

AlexG | 18 juin 2013 à 14h56
 
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Le pire est que l'excédent de crédit de la russie est liée à la récession plus qu'à des efforts... Ils tentent donc de monayer du vide, de l'inexistant...
S'ils avaient fortement investit pour diminuer les émissions, les bons de CO2 auraient été justifiés car cela aurait permis de partager l'investissement. Mais dans ce cas, ils se content de sortir la casquette et en avant la monnaie...

Sans compter que l'on parle de 3.3°C mais ce qu'il faudrait qu'ils donnent comme information c'est l'augmentation des transfert d'énergie pour arriver à l'équilibre des températures. En effet, entre 1 et 2°c, cela correspond à 50% d'énergie échangée entre l'athmosphère et la surface de la terre... donc entre 1 et 2°C, il y aura 50% plus d'ouragan, 50% plus pluie,vent... (et ce modèle mathématique là est globalement simple à démontrer)...j'ose pas imaginer à 3.3°C....

On ajoutera que des phénomènes sont en place qui sont de forts accélérateurs (permafrost qui fondent dégageant du méthane)... Et le point de non retour est aujourd'hui incalculable...

agoratempe | 24 juin 2013 à 13h07
 
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