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La difficile détermination du juste prix du bois énergie

Le bois, en passant du statut de déchet forestier à celui de ressource énergétique, vit une profonde mutation. L'établissement d'un prix juste déterminera l'avenir de cette filière jugée essentielle pour atteindre les objectifs du Grenelle.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
La difficile détermination du juste prix du bois énergie
   

Pour 2020, le Grenelle fixe l'objectif de production d'énergie renouvelable à 37 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), dont près d'un tiers est assigné au bois énergie. Si globalement, les professionnels estiment que la ressource française en bois devrait permettre d'atteindre cet objectif, sa mobilisation semble délicate.

Quelles sont les actions prioritaires pour mobiliser les ressources disponibles ? C'est à cette question qu'ont tenté de répondre les participants à la table ronde organisée le 30 juin 2011 par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) lors de la première édition du Colloque national biomasse.

Assurer l'approvisionnement

"Il y a deux rythmes distincts, le rythme long de la filière bois et le rythme court de l'énergéticien", explique Michel Boyadjian, directeur des approvisionnements de Soven, filiale de l'énergéticien Cofely, ajoutant que "la difficulté tient dans le fait que la réalisation des objectifs du Grenelle impose une cadence soutenue." Il s'agit donc de trouver rapidement des outils qui permettent de sortir le bois des forêts françaises.

Par ailleurs, un projet de chaufferie biomasse, qui s'engage à fournir une quantité fixée de chaleur et/ou d'électricité à un prix déterminé, implique un approvisionnement sur 10 à 20 ans. La durée "est [donc] un gros sujet", complète Michel Boyadjian.

Afin d'assurer un approvisionnement pérenne sur de longues périodes, énergéticiens et forestiers s'accordent sur un point : la création d'un mécanisme qui satisfasse les deux parties et assure des livraisons de bois à long terme est essentielle. Si de nombreux éléments sont pris en compte dans cette négociation, le prix de vente du bois énergie est sans conteste l'élément déterminant pour le succès des discussions.

Sortir de la logique des déchets…

"La rémunération des propriétaires est un point de départ incontournable" estime Michel Boyadjian précisant qu"elle apportera la solution au problème". "Il faut payer le bois" confirme Pierre de Montlivault, directeur des nouvelles offres énergétiques de Dalkia, rappelant qu'"on est parti sur l'illusion d'une énergie qui ne valait rien, même si aujourd'hui on en revient."

Du point de vue des forestiers, l'ajustement des prix reste à matérialiser. Le prix du bois énergie "reste un prix plancher" estime Benoît Fraud, directeur d'ONF Energie, filiale de l'Office national des forêts, qui explique que la vente de plaquettes forestières ne représente que 1 % du chiffre d'affaires de l'Office, très loin derrière la vente de bois d'œuvre. Un point confirmé par Luc Bouvarel, directeur général de la Forêt privée française, qui estime que "le prix du m3 de bois est identique, en euros constants, à celui payé en 1983."

Pour Jean-Pierre Michel, président de France bois forêts, cette situation s'explique par l'histoire du bois énergie en France. "Pendant longtemps, on parlait de déchet, il fallait alors payer pour sortir les branchages des forêts", explique-t-il, ajoutant qu'aujourd'hui les plaquettes forestières acquièrent de la valeur. "On ne veut pas que le prix du bois énergie atteigne celui du bois d'œuvre, mais on ne veut pas que le bois énergie soit considéré comme un déchet", résume Luc Bouvarel.

… pour initier une logique énergétique

Si tout le monde s'accorde pour "payer le bois" et "ne plus le considérer comme un déchet", il semble néanmoins que la définition du prix juste constitue une réelle difficulté. En l'occurrence, énergéticiens et forestiers cherchent à définir un indice permettant une revalorisation du prix du bois dans le temps. Une question en particulier divise pour l'instant les parties : faut-il indexer le prix du bois sur celui de l'énergie, et du pétrole en particulier ?

"Ce serait dommage", estime le représentant de l'énergéticien Cofely qui "préfère un indice autoporté." Même point de vue pour le représentant de Dalkia qui estime qu'"il ne faut pas indexer le prix du bois sur celui du pétrole, même s'il est clair que le prix de la 'chaleur bois' est amené à augmenter."

"Pourquoi parler en m3 de bois ?", demande pour sa part Luc Bouvarel, directeur général de la Forêt privée française, ajoutant "pourquoi ne parlerions-nous pas en kilowatt heure ?" Pour Alain Jacquet, directeur de la coopérative Forêt et bois de l'Est, "on ne peut pas s'affranchir du prix du pétrole, car le consommateur fait la comparaison." Il estime notamment que si le prix du pétrole croît, la demande se portera sur les énergies alternatives, dont le bois.

En l'état, le désaccord semble donc total entre énergéticiens et forestiers.

Les aides publiques à la rescousse

Faute d'accord dans l'immédiat, les parties prenantes s'intéressent aussi aux divers financements publics qui pourraient simplifier la mise en place d'un modèle économique viable et satisfaisant pour tous. Du côté des producteurs d'énergie, le prix d'achat de l'énergie est central puisqu'il détermine la rentabilité des projets, la demande en bois et le prix du bois. "Il faut pérenniser le Fonds chaleur", estime Pierre de Montlivault, qui déplore qu'"il n'y ait pas eu de hausse du financement du Fonds entre 2010 et 2011, contrairement aux engagements de l'Etat."

Pour les forestiers, si la vente du bois énergie n'est pas suffisante, la rémunération des services environnementaux pourrait apporter un complément qui incite à la gestion durable des forêts. Il s'agit notamment de rémunérer le rôle des forêts dans le cycle de l'eau, via par exemple une taxe sur la consommation d'eau, ou la séquestration du carbone. S'agissant de la séquestration du carbone, "on parle de quelques millions d'euros par an sur les milliards d'euros que pourraient rapporter les enchères des permis d'émissions", explique Jean-Pierre Michel qui défend de tels financements en soutien à la sylviculture.

Réactions6 réactions à cet article

 

pourquoi ne pas l'indexer sur le prix de la construction ...
mais encore une fois ce sont les lobby et les technocrates qui fonts trainer c'est pathétique .....!!!

mederic | 13 juillet 2011 à 08h58
 
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Le prix moyen du m3 dde bois est peut-être le même qu'en 1983 mais ce qui est sûr c'est qu'il a prit environ +36% (oist en moyenne annuelle environ 8%) entre 2006 et 2010 (cf arrêtés fixant le prix des énergies dans l'établissements des Diagnostics de Performance Energétique) !

ASTER Diagnostics Immobiliers | 14 juillet 2011 à 12h27
 
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"payer le bois" et "ne plus le considérer comme un déchet",
"on ne peut pas s'affranchir du prix du pétrole, car le consommateur fait la comparaison."

La taxe carbone permettrait de corriger le prix actuel du pétrole en regard de son coût à long terme, ce qui le rendrait beaucoup moins compétitif que le bois énergie.
Ainsi, on créerait une demande de bois et l'augmentation des prix nous pousserait à valoriser ce qui aujourd'hui est considérer comme déchet.
Pas besoin d'indexation des prix et cie, suffit juste d'imputer aux prix des ressources leur vrai coût à long terme pour notre société.

jp-42 | 17 juillet 2011 à 14h17
 
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Le client compare le prix du bois de chauffage au prix du fuel. Agrément de la cheminée en plus. Décider des prix en "haut lieu" ne me paraît pas possible. Il se vend actuellement plus cher près des villes et loin des forêts. Peut on imaginer autre chose que l'offre et la demande ?

Patrice Denis | 20 juillet 2011 à 15h26
 
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Je viens d'écrire que le prix du bois de chauffage doit permettre de payer, bien au dessus du smic, le bûcheron + les charges + le débardage + les frais de tracteur , en laissant une marge pour qu'on ne préfère pas laisser le bois pourrir en forêt. Le juste prix c'est aussi le prix qui permet le remplacement. Un bûcheron faisant de 5 à 10 stères par jour, selon les bois et les emplacements.

Patrice Denis | 20 juillet 2011 à 15h37
 
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Oui, je pense qu'on peut imaginer autre chose qu'un prix basé sur l'offr et la demande, je m'explique.

En 2006 avec l'obligation des DPE, certaines personnes, en montagne notamment, proposait des tarifs allant de 300 € à 700 € pour un bien classique ... voilà le résultat d'une politique tarifiaire basée uniquement sur ces deux critères.

Personnellement j'ai toujours vendu mon travail avant tout par rapport au temps passé, du coup j'étais à l'époque entre 100 et 150 € quand je suis aujourd'hui entre 80 et 140 €. Mes premiers mois d'activité on été remplis de missions, ce n'est pas pour autant que j'ai profité de la situation pour monter mes tarifs quand des concurrents étaient au double de moi. A chacun sa vision du bon prix.

ASTER Diagnostics Immobiliers | 20 juillet 2011 à 21h27
 
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