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Bonne qualité des masses d'eau : le bassin Artois-Picardie face à un défi de taille

Le bassin Artois-Picardie s'est fixé un objectif d'atteindre un bon état pour 50 % de ses masses d'eau superficielles en 2027. Le chemin sera long pour atteindre les 100 % demandés par la DCE. Retour sur les principales pressions.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Bonne qualité des masses d'eau : le bassin Artois-Picardie face à un défi de taille

La marche à franchir pour l'atteinte de la bonne qualité des masses d'eau est importante dans le bassin Artois-Picardie : son dernier état des lieux montre que 24 % d'entre-elles répondent à cet objectif, 41 % sont dans un état moyen, 19 % médiocre et 12 % mauvais.

Initialement, ce bon état était attendu à l'horizon 2015 pour toutes les masses d'eau selon la Directive cadre européenne sur l'eau. Le texte prévoyait toutefois des possibilités de report d'échéance ou d'objectifs moins stricts - sous réserve de leur justification jusqu'en 2027.

Au final, trois cycles de six ans étaient prévus, au cours desquels les États-membres devaient réaliser à chaque fois une évaluation - un état des lieux - et s'appuyer sur ce dernier afin de concevoir les actions à mettre en œuvre pour viser le bon état. Les documents pour le dernier cycle prévu de 2022 à 2027 entrent aujourd'hui dans les dernières phases de leur élaboration : le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et son programme de mesure sont en consultation publique jusqu'au 1er septembre.

Un objectif de bon état pour la moitié des eaux de surface

Au niveau du bassin Artois-Picardie, le projet de Sdage ne vise un bon état ou potentiel écologique que pour la moitié de ses masses d'eau de surface d'ici 2027. Pour ses eaux souterraines, la situation est plus favorable concernant l'état écologique : le document compte faire progresser sa dernière nappe pour laquelle le niveau est insatisfaisant (médiocre) pour atteindre un bon état quantitatif de toutes les masses d'eau souterraines.

Concernant l'état chimique, la majorité des eaux de surface (89%) devraient profiter d'une échéance plus lointaine ou d'objectifs moins stricts. De la même manière, des assouplissements sont prévus pour la plupart des eaux souterraines (71 %).

Si au final les ambitions apparaissent modestes, c'est que l'inversion de la tendance ne sera pas aisée. Entièrement compris dans la région des Hauts-de-France, ce bassin présente un certain nombre de particularités : la présence de 1000 kms de canaux, rivières canalisées ou wateringues; une densité d'habitants deux fois plus élevée que la moyenne française ; la présence de secteur fortement industrialisés mais également des zones rurales agricoles et l'absence de grand fleuve. « L'absence de fleuve à grand débit ne favorise pas la dilution de la pollution, souligne l'état des lieux. Associée à une forte densité de population et d'industries, cette situation impacte la qualité de l'eau et des rivières qui restent globalement moyenne ».

Un fonctionnement du réseau d'assainissement à revoir

Parmi les pressions ponctuelles les plus impactantes : des dysfonctionnements du réseau d'assainissement du fait d'une mauvaise gestion des eaux pluviales ou de problèmes de raccordement (entre 41 à 66% de pression totale ponctuelle). À noter également : seules 30 % des installations en assainissement non collectif du bassin sont conformes.

Du coté des industries, l'agence a estimé que les flux de pollution en macropolluants des établissements représentaient entre 10 et 15 % de la pression ponctuelle totale. Les deux plus grosses activités polluantes sont l'industrie agro-alimentaire et la métallurgie.

Concernant les pollutions diffuses, l'azote pèse sur la qualité de l'eau du bassin. Tout le bassin est classé en zone sensible pour l'eutrophisation. Les entrées d'azote sont principalement issues de la fertilisation minérale (60 %) et organique (25 %). « La pression en azote issue de l'activité agricole diminue (-75 % en 20 ans) sans pour autant laisser entrevoir une amélioration de la qualité « en azote » des eaux souterraines », indique l'état des lieux.

Au final, 50 % des masses d'eau de surface sont déclassées du fait du phosphore et des nitrates,  58 % par des polluants spécifiques (pesticides et métaux lourds).

Les HAP dégradent les eaux superficielles

L'ensemble des masses d'eau de surface mais également les eaux souterraines de l'Authie, de la Somme amont sont dégradées du fait de la présence d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ou du Fluoranthène. « Le département du Nord est le deuxième émetteur de HAP – après l'Isère -, note l'état des lieux. La piste de la pollution atmosphérique est principalement citée ».

Des pressions historiques avec des substances comme l'atrazine et ses métabolites - l'isoproturon, l'oxadixyl dont l'usage est interdit - continue de peser sur une grande partie du bassin. Et l'impact des pesticides ne semble pas prendre le chemin d'une amélioration. « Depuis 2012, les quantités de produits phytosanitaires vendues sur le bassin ont augmenté de + 33 %, constate l'état des lieux. 65 % des masses d'eau souterraines sont déclassées par les pesticides ».

 
Quels sont les risques de non atteinte du bon état ? L'Agence de l'eau a évalué les risques de non atteinte du bon état en 2027. Au final, 85 % des masses d'eau de surface risquent de ne pas atteindre le bon état écologique, 90 % pour le bon état chimique. Concernant les masses d'eau souterraine, 76 % présentent un risque de ne pas atteindre le bon état chimique ou quantitatif. Cette évaluation permet de réaliser un contrôle sur les masses d'eau à risque.
 

Par ailleurs, environ 60 % des masses d'eau évaluées présentent une altération forte d'au moins un des éléments de qualité hydromorphologique (régime hydrologique, morphologie des cours d'eau, continuité écologique).

Concernant les prélèvements sur le bassin, pour les usages agricoles et la production d'eau potable, l'origine est essentiellement de l'eau souterraine. Les prélèvements pour l'industrie ont tendance à s'équilibrer entre les eaux de nappe et de surface.

« L'actualisation réalisée en 2019 ne fait pas apparaître les tensions observées sur les années 2017 à 2019, particulièrement marquées par une recharge insuffisante des nappes par rapport à la normale et des épisodes sévères de sécheresse qui ont nécessité la prise de mesures de restriction sur une grande partie du bassin Artois-Picardie », indique l'Agence de l'eau. Toutefois, pour les cours d'eau, elle note des points de vigilance à garder en tête avec le réchauffement climatique « L'augmentation de la fréquence et de l'intensité des étiages et la baisse des niveaux d'eau dans le lit mineur peuvent avoir des incidences sur les milieux telles que la baisse de la capacité auto-épuratrice du milieu (concentration des pollutions, eutrophisation) avec ses conséquences directes sur les espèces vivantes, la déconnexion des annexes alluviales – détérioration ou destruction de zones humides - avec perte de frayères », explique-t-elle.

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