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Covid-19 et gestion des déchets organiques : faut-il enterrer la filière du retour au sol ?

La crise sanitaire a fortement ralenti la valorisation des déchets organiques et des interrogations subsistent sur l'innocuité des boues d'épuration. Mais faut-il pour autant tout remettre en cause ? Réponse avec Emmanuel Adler, président du Rispo.

Avis d'expert  |  Déchets  |    |  Actu-Environnement.com

Avec l'apparition brutale de la crise du coronavirus Sars-Cov-2 début 2020, la paralysie a frappé une majeure partie de l'activité économique, et les gestes « barrière » sont devenus, jusqu'à nouvel ordre, incontournables. Dans ce contexte très perturbé, quels sont les impacts sur la filière du retour au sol des déchets organiques, secteur tout particulièrement visé par les enjeux sanitaires, avec des traces de virus dans les eaux usées et boues d'épuration ? Pour mémoire, avec moins de 500 décès causés par la maladie de la vache folle entre 1986 et les années 2000, les mesures contraignantes adoptées en application du règlement européen (CE) n°1069/2009 pour recycler les sous-produits animaux restent toujours applicables. Un agrément administratif est exigé pour les sites de compostage comme de méthanisation, avec hygiénisation des lisiers et biodéchets de cuisine. Les conséquences de la crise actuelle peuvent se résumer à trois constats.

L'épandage de boues non hygiénisées est-il condamné et la filière du compostage sera-t-elle consolidée ?

Si les gestionnaires des déchets ménagers et assimilés ont observé des baisses notables des flux collectés, avec une réduction de près d'un tiers de la normale, en particulier sur la région parisienne comme en Savoie, les stations d'épuration des eaux usées n'ont, pour leur part, connu aucune baisse d'activité. Dans ces conditions, comme souligné dans la web-conférence du Rispo du 7 mai 2020, compte tenu de la présence de traces d'ARN viral dans les déjections humaines, le devenir des boues d'épuration fait l'objet de mesures de précaution. Le récent arrêté du 30 avril 2020 du ministère de la Transition écologique et solidaire a précisé les modalités d'épandage des boues, interdisant tout retour au sol des boues urbaines non hygiénisées, par compostage ou par chaulage. À défaut d'hygiénisation pour un retour au sol, les boues ne peuvent qu'être incinérées ou enfouies en décharge après avoir été déshydratées. Cette exigence se traduit par une augmentation sensible de l'activité des plateformes de compostage, avec près de 20 % d'apports supplémentaires, et par l'absence patente de solutions alternatives pour de très nombreuses petites stations d'épuration rurales produisant des boues liquides.

En comparaison avec la situation inquiétante vécue en 2019 avec le rapport Marois et sa recommandation irrationnelle d'interdire tout mélange de boues et biodéchets, le co-compostage a montré son utilité et a su regagner ses lettres de noblesse. Pour preuve, compte tenu du confinement, c'est la pénurie de déchets végétaux, structurant indispensable au process de compostage des boues dans un ratio massique moyen de 1/1, qui a contraint l'administration à procéder à la réouverture contrôlée des déchèteries. La continuité de fonctionnement des systèmes d'assainissement est à ce prix, tout particulièrement en France, qui valorise près de 80 % de ses boues d'épuration en agriculture (dont près de la moitié après compostage), alors que la situation en Allemagne est inverse, avec une incinération très majoritaire.

Corollaire du compostage des boues d'épuration, les unités de traitement mécano-biologiques, qui produisent du compost à partir d'ordures ménagères résiduelles, sortent également renforcées de cette crise, car elles assurent l'hygiénisation et permettent d'éviter la collecte, devenue sensible, des déchets de cuisine.

L'assurance qualité, chaînon manquant de la filière de valorisation organique

Bien que dotée d'un parc conséquent d'installations industrielles privées et publiques, avec près de 1 000 plateformes de compostage, un peu moins de 1 000 méthaniseurs et 20 000 stations d'épuration, la filière de valorisation des sous-produits organiques est très éclatée, avec une grande hétérogénéité d'acteurs (majors de l'eau, agriculteurs, PME, collectivités), et doit donc s'organiser pour survivre à la crise sanitaire. Cloisonné par des chapelles qui distinguent les sites de traitement en fonction des déchets traités (biodéchets, boues, OMR…), ce secteur reste très méconnu du grand public, avec peu de données agglomérées : il prête donc facilement le flanc aux critiques.

 
En comparaison avec la situation inquiétante vécue en 2019 avec le rapport Marois et sa recommandation irrationnelle d'interdire tout mélange de boues et biodéchets, le co-compostage a montré son utilité et a su regagner ses lettres de noblesse.  
 
Pourtant, toutes ces activités se caractérisent par des impacts majeurs similaires, avec des odeurs à circonscrire et des effluents liquides à gérer. Dans le double objectif de disposer d'un observatoire de la valorisation organique et d'assurer une homogénéité des pratiques, le développement d'un référentiel commun, socle d'un système d'assurance qualité couvrant la fabrication du compost ou du digestat, et l'exploitation, est nécessaire. À ce titre, la certification proposée par le Rispo, adoptée sur plus d'une trentaine d'usines, constitue un exemple à répliquer pour consolider une filière fragile sur laquelle pèse la menace d'une interdiction sanitaire. Pour éviter de systématiser l'hygiénisation, solution radicale à fort impact financier, il faut revoir les conditions de contrôle et déterminer de nouveaux indicateurs pertinents.

Biogaz et biométhane oubliés sur le chemin de la croissance verte ?

Composante majeure du verdissement du mix énergétique hexagonal, la filière de méthanisation risque, pour sa part, de se dégonfler sous l'action conjuguée d'un baril de pétrole à moins de 50 $ et de finances publiques en berne. Pour assurer sa survie, le secteur doit se professionnaliser et maîtriser ses coûts, en investissements comme en fonctionnement. Pour y parvenir, à l'instar de l'activité complémentaire de compostage, les professionnels du biogaz ont intérêt à se coordonner.

Comme pour le photovoltaïque, seul l'avenir dira si la filière française de la méthanisation saura survivre à des tarifs régulés réduits, voire supprimés.

Avis d'expert proposé par Emmanuel Adler, président du Réseau interprofessionnel des sous-produits organiques (Rispo)

Réactions2 réactions à cet article

 

La méthanisation n'a d'intérêt que pour les boues de step, sinon nos sols vont souffrir encore plus qu'avant ! 500 000€ de subventions par emploi direct créé, c'est ça la méthanisation, le tout pour peanuts d'énergie et tout un tas de désavantages. Ce n'est pas pour rien que l'OFATE prévoit une diminution de son utilisation très rapidement. Il faut arrêter cette ineptie dénoncée dés 2012 par l'ACadémie des Sciences Allemande.
Le CSNM raisonnée.

Daniel | 19 juin 2020 à 16h18
 
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Ce qui est sympa c'est la reconnaissance de l'utilité des déchets végétaux des particuliers, jardiner devient en plus utile, notre surface boisée est considérable, parfois même quand ça remplace de mauvaises landes pleines de cailloux, d'un coup de baguette magique, haies arbre fruitiers, et à la fin le compost ayant bien chauffé qui part enrichir les champs qui en ont bien besoin.

pemmore | 19 juin 2020 à 20h50
 
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