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Boues rouges de Gardanne : le parc des Calanques autorise pour 30 ans le rejet d'effluents liquides

La parc national des Calanques vient d'autoriser Altéo à rejeter au large du parc les effluents liquides issus du traitement de la bauxite. Cette décision est contestée par Ségolène Royal qui a indiqué ne pas valider la décision en l'état.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Lundi 8 septembre, le conseil d'administration du parc national des Calanques a donné son autorisation à la poursuite pendant 30 ans des rejets des résidus liquides issus du traitement de la bauxite de l'usine d'alumine Altéo à Gardanne (Bouches-du-Rhône), rapporte l'AFP.

Une décision anticipée

"Le conseil d'administration a décidé d'autoriser ces rejets, mais avec des conditions fermes", a expliqué, lors d'une conférence de presse, Didier Réault, adjoint au maire de Marseille et président du parc, ajoutant que la décision s'impose au préfet. Le résultat du vote à bulletin secret a donné 30 voix pour la poursuite des rejets, 16 voix contre et 2 abstentions, précise La Provence.

Ces rejets s'accompagneront de "meilleurs contrôles et d'un meilleur suivi des eaux rejetées", a assuré le président du Parc, précisant que la poursuite de ces rejets pourraient être interrompus par arrêté préfectoral, si le groupe ne respectait pas ses engagements. L'exploitant de l'usine Altéo s'est engagé à réduire les volumes déversés de l'équivalent de "2.000 camions par an à 2 camions par an", explique l'élu marseillais.

Tous les ans, l'industriel devra rendre compte "dans le détail" de ses efforts pour réduire la quantité et la toxicité de ses rejets. De plus, l'Etat et le conseil scientifique du parc évalueront tous les cinq ans les progrès réalisés, a expliqué Didier Réault.

Cette décision n'est pas une réelle surprise, les textes règlementaires l'ayant largement anticipée. En effet, le décret d'avril 2012 créant le Parc national interdit, au sein du parc, de déposer, d'abandonner ou de jeter, à l'exception des emplacements désignés à cet effet, toute une série de déchets, matériaux ou objets. Néanmoins, l'article 22 vient apporter deux exceptions : les "rejets issus des stations d'épuration dans les zones [déjà] affectées par ces rejets" et les rejets de "résidus de traitement de bauxite issus de l'usine d'exploitation de l'alumine située à Gardanne" restent autorisés. Seul bémol, l'article 22 stipule que la seconde exception est "limitée jusqu'au 31 décembre 2015 s'agissant des résidus solides qualifiés de « boues rouges »". Le passage de rejets de boues rouges contenant des résidus solides à des rejets liquides avait bien été prévu dès la création du parc. A noter toutefois que les deux exceptions ci-dessus avaient fait l'objet d'un recours devant le Conseil d'Etat, recours rejeté en novembre 2013.

Doutes au ministère de l'Ecologie

Cependant, le feu vert donné à Altéo par le parc national des Calanques est loin de faire consensus, y compris au plus haut de l'Etat. Ainsi, Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, a marqué sa désapprobation via le site Internet Twitter. "Le CA du parc des Calanques a émis un avis positif aux boues rouges. Je ne donne pas de feu vert. Contrôles complémentaires indispensables", a-t-elle commenté dans un premier message complété par un second précisant que "parc naturel des Calanques et boues rouges : l'avis du CA n'est qu'un avis. En aucun cas une autorisation que je ne donnerai pas en l'état". Pour l'instant, la ministre ne dit pas être fermement opposée au projet et fait surtout part de ses doutes quant à la mise en œuvre de ces rejets, et en particulier les contrôles prévus.

Cette position n'est pas tout à fait identique à celle affichée en mars 2013 par Delphine Batho, alors en poste à Roquelaure. Dans une lettre que le collectif des opposants aux rejets de l'usine de Gardanne a fait circuler, la ministre indiquait que "ces rejets de boues rouges ne sont plus acceptables et doivent cesser". Elle appelait alors à ce que l'arrêté préfectoral encadrant ces rejets soit "strictement respecté". De plus, elle était beaucoup plus explicite que l'actuelle ministre de l'Ecologie au sujet des rejets liquides. "A l'issue de l'échéance du 31 décembre 2015, l'exploitant envisage de poursuivre les rejets en mer des eaux de procédé issues de la neutralisation et de le déshydratation des boues rouges", expliquait-elle, affirmant "[ne pas être] favorable à une telle demande".

Scientifiques et élus locaux

De même, comme le vote le traduit, la décision ne fait pas l'unanimité au sein du conseil d'administration du parc. Yves Lancelot, membre du conseil d'administration du parc, océanographe et ancien directeur de recherche au CNRS, a fait part de son désaccord. "C'est dramatique, ça me choque beaucoup", a-t-il commenté à l'issue du vote, expliquant qu'"on ne connaît pas [les risques], c'est bien le problème ! Pour le moment, il y a des inconnues énormes", rapporte l'AFP. Par ailleurs, il a émis de sérieux doutes sur la possibilité de "vérifier réellement ce que fait l'industriel", rapporte La Provence, ajoutant que l'opérateur de l'usine "va continuer à faire le minimum syndical, comme il l'a toujours fait". Et de déplorer que le conseil d'administration du parc "compte moins d'une douzaine de scientifiques et d'associatifs" parmi ses 51 membres. Effectivement, le conseil d'administration est "en majorité composé d'acteurs locaux (60%)", explique le parc national. Ces derniers sont des élus des collectivités locales concernées et des personnalités à compétence locale désignées par la ministre de l'Ecologie.

Néanmoins, la décision du conseil d'administration du parc est aussi salué par certains acteurs, à l'image de François-Michel Lambert, député écologiste de la circonscription sur laquelle se situe l'usine qui emploie environ 500 personnes. Jugeant que le dossier "fait l'objet de beaucoup d'approximations", il indique "[être] pour la recherche de solutions efficaces et disponibles afin de réduire au plus vite les pollutions générées par Altéo". Jugeant qu'"interdire aujourd'hui tout rejet solide et liquide dans la Méditerranée, c'est entrainer la fermeture immédiate de l'usine car aucune technologie de substitution n'est disponible", il "privilégie (…) pleinement le type de démarche enclenchée par le conseil d'administration du Parc des Calanques, qui favorise le partenariat entre le Parc des Calanques, Altéo, les services de l'Etat, les associations protectrices de l'environnement et les élus locaux".

Pour rappel, l'usine d'Alteo produit depuis 1893 de l'alumine à partir de la bauxite, selon le procédé Bayer de dissolution de l'alumine par de la soude, procédé mis au point quelques années auparavant. Depuis 1966, l'usine de Gardanne bénéficie du droit de rejeter les résidus du traitement de la bauxite une profondeur de 230 m dans le canyon de Cassidaigne, en plein cœur marin", rappelle le rapport annuel 2013 du parc. Cette autorisation prévoit la fin de tout rejet en mer de matières en suspension au 31 décembre 2015, conformément à l'arrêté préfectoral de 1996.

Réactions5 réactions à cet article

 

Ma foi, si l'entreprise est capable de filtrer ses boues pour retirer toute matière en suspension et une grande partie des métaux dissous et autres produit, alors c'est comme un rejet de step et là, c'est pas choquant. ... Si c'est un rejet de boues pure et simple c'est vraiment mauvais.

Terra | 11 septembre 2014 à 12h41
 
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Et l'on s'étonnera que beaucoup d'électeurs pensent "tous pourris" à propos des hommes politiques !
Comment "avaler" que le député "écologiste" accepte qu'une usine de sa circonscription rejette des produits toxiques (métaux lourds, en particulier) DANS UN PARC MARIN NATIONAL (par 320 m de fond seulement) au simple prétexte que la direction de l'usine promet de "faire des efforts" ?
De plus, pour bien connaitre Gardanne, je puis vous assurer que tout est rouge à 5 km à la ronde à cause des poussières.
Ajoutez à cela, pour compléter le tableau, qu'il y a AUSSI à Gardanne une CENTRALE THERMIQUE – bonjour les amis de l'écologie et autres anti-gaz à effet de serre – qui brûle un charbon parfois tellement riche en soufre qu'on a l'impression de respirer des vapeurs d'acide sulfurique !

Jeannévudautre | 13 septembre 2014 à 11h19
 
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Comment se fait il que depuis 1966 l'entreprise n'est pas cherchée et trouvée un moyen de substitution pour ses rejets, la solution de facilité, l'économie avant tout, la nature fera le reste.
Ce sont des pratiques d'un autre age, le chantage à l'emploi c'est trop facile , 50 ans d'immobilisme et de copinage et voila le résultat.

lio | 14 septembre 2014 à 10h38
 
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"Depuis 1966, l'usine de Gardanne bénéficie du droit de rejeter les résidus du traitement de la bauxite à une profondeur de 230 m dans le canyon de Cassidaigne, en plein cœur marin" ...
On va donc bientôt fêter le 50ième anniversaire : on a bien une petit idée de l'impact environnemental associé à cette pratique, non ? et j'imagine que les rejets d'hier étaient plus importants qu'aujourd'hui ? Alors si on ne voit rien c'est peut être qu'il n'y a pas (plus ?) grand chose à voir ... il est conforme ou pas ce rejet ? si oui, arrêtons de nous autoflageller, car zéro rejet signifie zéro activité, ne soyons pas naïfs à ce point ... quand vous achetez quelque chose (parce que pas cher) venant de Chine, vous vous posez la question de l'impact associé ?

pfiouuu | 15 septembre 2014 à 10h05
 
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Lio l'article n'est pas clair sur la nature des rejets autorisés par cette décision. Je me suis aussi fait piéger.

Il s'agit bien d'un procédé de substitution: on passe de boues (avec MES) à un effluent liquide dont les MES ont été extraites.

Concernant l'impact environnemental, il semble étudié et connu (cf lettre de Mme Batho dont le lien est dans l'article). Apparemment, le problème n'est pas écotoxicologique, mais le dépôt de sédiments sur le fond marin et bien sur le rejet d'eau non salée.

Je n'ai pas trouvé d'éléments sur la nature de ce rejet liquide. Selon ce que c'est, ça change tout.

dolgan | 15 septembre 2014 à 16h16
 
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