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En Bourgogne-Franche-Comté, le rêve hydrogène devient réalité

Les stations d'approvisionnement entrent en service, les entreprises s'installent et les laboratoires tournent à pleine puissance… En Bourgogne-Franche-Comté, l'écosystème hydrogène passe du projet à la réalité.

Décryptage  |  Energie  |    |  Nadia Gorbatko
En Bourgogne-Franche-Comté, le rêve hydrogène devient réalité

Courtisée de toutes parts, la société McPhy a pris sa décision durant l'automne dernier. C'est finalement au sein de l'aéroparc de Fontaine, à 10 kilomètres de Belfort, que le groupe drômois installera sa gigafactory d'électrolyseurs. Dès le premier semestre 2024, il y testera et y fabriquera des équipements de nouvelle génération de grande taille (jusqu'à 100 mégawatts ou plus), avec l'objectif d'atteindre progressivement une capacité de production de 1 gigawatt (GW) par an. S'il souhaite un jour se tourner vers les membranes échangeuses d'anions (AEM) à haut rendement, il pourra s'adresser à Gen-Hy, qui va inaugurer sa propre usine cette année, à une vingtaine de kilomètres de là, sur le site Technoland 2 d'Allenjoie, au nord-est de Montbéliard. « Le permis de construire est en cours de dépôt », précise son président, Sébastien Le Pollès.

Lauréat en 2020 du concours d'innovation i-Nov de l'Ademe, l'ancien essaimage de FlexFuel est le seul, en France, à avoir conçu et développé ses propres membranes. Dans un premier temps, il produira de quoi équiper 330 MW d'électrolyseurs. Son voisin ne sera autre que Faurecia qui, à partir de cette année, y fabriquera en série des réservoirs d'hydrogène à haute pression. Centre mondial d'expertise sur ce vecteur énergétique pour l'ensemble du groupe, le site R&D de l'équipementier se trouve déjà, quant à lui, à une vingtaine de kilomètres de là, plus au sud.

Des dizaines d'entreprises spécialisées

Pour faire certifier ses produits, Faurecia n'aura pas à chercher bien loin. Baptisé Isthy, le premier centre d'essais et de certification des systèmes de stockage d'hydrogène français aura en effet tout juste ouvert ses portes, à Fontaine lui aussi, sous la houlette de REI-Groupe (Rougeot Energie Invest), en association avec l'université de Franche-Comté. Dans l'aire urbaine de Belfort se trouvent aussi H2Sys, spécialisée dans les groupes électrogènes hydrogène ; Mincatec, un développeur de systèmes de stockage d'hydrogène sous forme solide ; et, bien sûr, Alstom, qui y travaille sur deux projets liés à l'hydrogène centrés sur le fret : une locomotive de manœuvre, et un wagon générateur à pile à combustible de forte puissance. Plus au nord, à Héricourt, en Haute-Saône, l'entreprise Gaussin se consacre, pour sa part, aux engins de manutention lourde (trailers), pour les ports et les aéroports notamment.

 
Nous disposons désormais d'un maillage développé et d'une expertise que peu de régions proposent  
Damien Meslot, Grand-Belfort
 
Mais ce territoire n'est pas le seul, dans la région, à accueillir des entreprises de la sphère hydrogène. Cheffe de projet chargée de cette filière au sein de l'agence de développement économique régionale, Nathalie Loch en dénombre près d'une cinquantaine spécialisés en Bourgogne-Franche-Comté, comme Mahytec, qui fabrique des réservoirs haute pression pour le stationnaire (type P4) dans le Jura ; Sundyne, qui produit des compresseurs à membranes, à Dijon ; ou Oreca, qui développe son propre moteur de compétition à combustion hydrogène dans la Nièvre, à deux pas du circuit de Magny-Cours. La société vient d'ailleurs d'y installer son premier banc d'essai destiné à ce type d'équipement.

Vingt ans d'expérience

« Si l'on compte celles qui participent à la chaîne de valeur de l'hydrogène tout en ayant des activités sur d'autres marchés, on arrive à une centaine d'entreprises, indique Nathalie Loch. Et chaque semaine, je suis sollicitée par de nouvelles qui souhaitent se diversifier. Toutes sont très motivées. » D'ici à 2025, la région mise ainsi sur la création d'un millier d'emplois dans ce secteur, dont 450 pour McPhy, 120 pour Gen-Hy et 100 pour Mahytec. Un dynamisme que la Bourgogne-Franche-Comté doit à sa forte empreinte industrielle et automobile, mais aussi à l'instinct précurseur de ses dirigeants.

Avec leur soutien, le FC Lab y a été créé il y a plus de vingt ans, initialement pour lancer des recherches sur les piles à combustible. À partir de 2012, financés par l'État et/ou la Région, plusieurs projets concrets ont commencé à émerger, comme la mise en circulation de la première flotte de véhicules à hydrogène en France : 10 quadricycles pour les facteurs, baptisés MobyPost. En 2016, l'ensemble de la région était retenu dans le cadre de l'appel à projets national « Territoires d'hydrogène ». Trois ans plus tard, le conseil régional consacrait 100 millions d'euros à une feuille de route ENRgHy pour soutenir l'essor de la filière : accompagnement des entreprises, investissement dans la recherche et l'innovation, développement des formations… Une enveloppe identique à celle que Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, négociait d'arrache-pied avec le gouvernement, à la même date et pour le même objectif, mais à l'échelle du pays.

Laboratoires et outils en appui

Depuis, tout un écosystème s'est installé. Porté par le laboratoire de recherche (Franche-Comté électronique mécanique thermique et optique – sciences et technologies), le FC Lab s'est transformé en unité d'appui à la recherche (UAR), composée de quatre laboratoires pour plus de 150 chercheurs. « Il réalise 70 % des publications scientifiques sur les piles à combustible », souligne Damien Meslot, président de la communauté d'agglomération du Grand-Belfort. Son objectif : soutenir les projets en facilitant le transfert des connaissances vers des applications industrielles.

Dans ce but, la structure propose du matériel ultra-performant, doté des propriétés attendues par l'utilisateur final, comme le banc d'essai Hyban, le plus puissant d'Europe (jusqu'à 120 kW), ou le banc de test vibroclimatique. Développé d'après les descriptions fines des besoins des équipes de recherche, un autre banc d'essai existe aussi au sein de l'université de technologie Belfort-Montbéliard (UTBM). Plusieurs BTS, licences professionnelles et autres masters ont par ailleurs été créés, ainsi que trois chaires au sein de l'UTBM en association avec McPhy, GRTgaz, l'Ineris ou Enedis. Les entreprises peuvent aussi s'appuyer sur plusieurs pôles d'expertises et d‘échanges : le Mecateamcluster, qui se consacre aux engins de maintenance ferroviaire ; la Vallée de l'énergie, spécialisée dans les systèmes complexes ; et le Pôle véhicules du futur, qui fédère quelque 500 membres, constructeurs et sous-traitants des régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est.

La production a débuté

Côté production, les choses se précisent également. Depuis 2021, la station AuxHYGen de Hynamics, à Auxerre, peut produire chaque jour jusqu'à 400 kg d'hydrogène vert, pour ravitailler cinq bus Safra de l'agglomération. Dans deux ans, elle devrait théoriquement passer à 1 200 kg quotidiens, l'objectif étant de remplacer l'intégralité de la flotte, soit 30 bus, en 2028. Une benne à ordures ménagères viendra aussi s'y recharger. Mais surtout, l'Auxerrois pourrait être le premier territoire français à accueillir un train de voyageurs à hydrogène, en 2025, entre Auxerre et Laroche-Migennes, via les trois TER bimodes électrique-hydrogène achetés en 2020 par la Bourgogne-Franche-Comté.

Multimodale, une autre station devrait être inaugurée cette année, à l'entrée de Belfort, à Danjoutin, pour l'approvisionnement des sept bus arrivés fin 2022, et des industriels du territoire, puis de 20 bus en 2025. D'une capacité d'un mégawatt, elle dépendra de l'électricité produite par des champs d'éoliennes du côté de Metz. À Dijon, complété par des énergies renouvelables, ce sera majoritairement l'incinérateur de déchets ménagers de la métropole qui fournira en électricité l'électrolyseur de McPhy destiné à la circulation des bus et des bennes à ordures de la collectivité. La station de l'agglomération de Mâcon, elle, devrait débuter ses activités en 2024 pour faire rouler neuf bus et six camions-bennes en 2024. Elle sera également ouverte au public.

La pratique du collectif

« Recherche, innovation, développement, industrialisation, production, certification et usages : nous disposons désormais d'un maillage développé et d'une expertise que peu de régions proposent », constate Damien Meslot. Un écosystème dopé par l'habitude, prise au fil des années par chacun des acteurs, de raisonner en mode collectif. « État, Région, laboratoires, industries, services administratifs : les uns ne peuvent pas travailler sans les autres, analyse Nathalie Loch. La formation alimente l'industrie, qui s'appuie sur la recherche. Les entreprises coopèrent. De notre côté, au sein de l'agence économique, nous ne les accompagnons pas seulement pour leur implantation : nous les aidons dans leur structuration stratégique. Nous les intégrons aux marchés, aux réseaux régionaux ou nationaux, comme France Hydrogène. Nous les rendons visibles. »

Et c'est sans doute cela qui a orienté la décision de McPhy ou de Gen-Hy de venir s'installer dans la région. « Ici, non seulement il existe du foncier disponible mais nous avons été aidés pour le trouver, pour viabiliser le terrain, pour déposer le permis de construire, détaille Sébastien Le Pollès. Nous nous trouvons aussi dans un environnement très industriel, entourés d'entreprises de renom, de tous les sous-traitants pour la soudure, la métallurgie, le traitement de surface… Ils disposent d'un vrai savoir-faire, des outils, des machines… Ce sont tous ces détails qui font la différence. »

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