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Démantèlement de la centrale de Brennilis : la question des déchets radioactifs tourne au casse-tête

L'ASN a rejeté le dossier de démantèlement complet déposé par EDF. En cause, l'absence de solution de stockage pour les déchets, suite à l'arrêt de la construction de l'Iceda sur la centrale du Bugey. Une situation qui pourrait s'éterniser.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Démantèlement de la centrale de Brennilis : la question des déchets radioactifs tourne au casse-tête

Lundi 22 octobre 2012, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est revenue sur le motif justifiant son rejet du dossier de demande d'autorisation présenté par EDF pour le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère). Le stockage des déchets radioactifs de la centrale mise en service en 1965 et arrêtée en 1985 constitue le point noir du dossier. Actuellement, EDF dispose d'une autorisation de démantèlement partiel concernant notamment les échangeurs de chaleur et les structures de la station de traitement des effluents.

Dossier incomplet

L'ASN, sollicitée par le Gouvernement pour se prononcer sur la recevabilité du dossier avant qu'il ne soit soumis à enquête publique, juge que "ce nouveau dossier ne permet pas d'appréhender tous les enjeux liés au projet de démantèlement : la construction de l'Installation de conditionnement et d'entreposage des déchets activés (Iceda), bien que largement engagée à Bugey dans l'Ain, est en effet désormais à l'arrêt".

Certes, "EDF a justifié la stratégie de démantèlement retenue", considère l'ASN, néanmoins elle "recommande au Gouvernement que ce dossier soit complété avant d'être à nouveau soumis à une enquête publique, afin qu'il prenne pleinement en compte l'avis de la commission d'enquête publique du 15 mars 2010".

Au chapitre déchets radioactifs, l'avis de la commission d'enquête pointe tout particulièrement que "la quasi-totalité des opposants au projet de démantèlement ont souligné l'absence de lieu d'entreposage et de stockage pour les déchets de faible et moyenne activité (FMA) à vie longue". Or, "la Commission locale d'information (CLI) exclut l'entreposage sur le site", indique l'avis, ajoutant que la CLI "sollicite des précisions sur la solution qui serait envisagée si « l'installation Iceda n'était pas opérationnelle à la date indiquée »". Sans grande surprise, "ceux qui souhaitent la reprise des opérations de démantèlement ne font pas état des problèmes de stockage, ni d'entreposage des déchets radioactifs", rapporte la commission d'enquête.

Pour sa part, la commission tranche et formule un avis particulièrement critique sur ce point. Rappelant que "démanteler consiste à déplacer la radioactivité sans la réduire", elle juge que "sans la certitude de mise en service opérationnelle de l'Iceda pour l'entreposage, il n'est pas envisageable d'entreprendre les opérations de démantèlement du bloc réacteur". Et de conclure : "Par conséquent, la commission d'enquête émet un avis défavorable à la production de déchets radioactifs classés FMA à vie longue et à vie courte à envoi différé et à leur entreposage sur le site".

L'entreposage des déchets au point mort

Le démantèlement du réacteur de Brennilis devrait générer quelque 40 tonnes de déchets de moyenne activité à vie longue, issus du bloc réacteur, et environ 35 tonnes de déchet de faible et moyenne activité à vie courte à envoi différé. Autant de déchets qu'EDF escompte entreposer au Bugey en attendant que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) trouve un site en vue du stockage définitif…

Or, comme le rappelle l'ASN, le projet Iceda est arrêté depuis "l'annulation de son permis de construire, confirmée par la cour administrative de Lyon le 19 juin 2012". Un horticulteur riverain de la centrale avait attaqué le permis de construire soutenant que le site du Bugey n'avait pas vocation à recevoir les déchets du démantèlement en cours de différents réacteurs français. Il s'agit là d'un changement total du projet initial, a plaidé l'avocat du plaignant qui a trouvé une faille dans le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Vulbas (où est implanté le site) pour obtenir l'annulation du permis de construire. Le tribunal administratif de Lyon l'a suivi et a jugé le permis de construire non conforme au PLU qui interdit les occupations du sol "non liées" et "nécessaires" au fonctionnement de la centrale.

Un simple contretemps ?

Contacté par Actu-environnement, EDF indique que la demande de complément d'information de l'ASN procède des discussions habituelles entre l'entreprise et l'autorité de régulation lors de l'instruction de tels dossiers. Un porte-parole indique qu'EDF attend de recevoir la demande d'information complémentaire, précisant qu'"EDF ne sait pas quelles pièces complémentaires devront être produites".

Quant au retard pris dans la construction de l'Iceda, ce même porte-parole explique que la commune a entrepris une modification du PLU afin de le rendre compatible avec la présence du site d'entreposage. Une fois le PLU modifié, l'entreprise entend déposer une nouvelle demande de permis de construire pour l'Iceda. Le PLU devrait être modifié d'ici la fin de l'année, espère EDF qui compte obtenir le nouveau permis courant 2013 pour que l'Iceda soit opérationnelle en 2015. Il ne s'agirait donc que d'un contretemps qui ferait perdre environ un an à l'entreprise.

Pour l'instant, tout au moins, car, comme le rappelle le porte-parole d'EDF ce calendrier tient "sans compter d'éventuels recours". Là est le problème, puisqu'en juillet, l'exécutif du canton de Genève a déposé un recours auprès du Conseil d'Etat français contre l'Iceda situé à 70 km de Genève. Si peu de détails sur les motifs du recours ont filtré, la Tribune de Genève révélait néanmoins que l'argument principal fait état d'un danger potentiel pour Genève et que le canton a particulièrement ciblé des failles administratives dans le dossier.

Réactions10 réactions à cet article

 

Cet article montre bien la faille du nucléaire: nous construisons des centrales nucléaires ayant une durée de vie limitée et nous n'avons pas prévu cette fin de vie. Les générations futures y pourvoieront,.... si elles peuvent!
Vu les problèmes posés à EDF et aux autorités pour démanteller cette "petite unité", avec un tonage de déchet restreint, cela montre qu' il faut vraiement s'attaquer dés maintenant à l'échelon suivant, une vrai centrale, et résoudre sereinement les difficultés. Fessenheim a toujours été contreversé par son lieu d'implantation, elle a atteint son age de vie, pour être prolongé de nombreux investissement doivent être prévu et cela ne fait que repousser le problème de 10 ans, montrons que nous savons faire (il faut l'espèrer).

Duport Claude | 25 octobre 2012 à 09h39
 
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Pourquoi avons-nous construit tant de centrales? Pour subvenir aux besoins en énergie d'une population sans cesse en augmentation.
Tans que nous ne ferons pas le nécessaire pour stabiliser notre population nous aurons besoin de plus en plus d'énergie.
Appliquons, dans notre pays et dans le monde entier, une démographie responsable comme le préconise l'association Démographie Responsable

René03 | 25 octobre 2012 à 10h52
 
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On touche ici au fameux "retour à l'herbe". Pour faire simple le discours est : après le fonctionnement on rend le site à la nature en retirant toute trace de radioactivité.

Évidement, cela marche si l'on trouve un lieu pour entreposer (avant de stocker définitivement) les déchets. S'il y en a pas, les déchets restent sur site en attendant le stockage définitif. Dans ce cas, le discours sur "le retour à l'herbe" tombe à l'eau. Surtout que le stockage définitif n'est pas pour demain, ni même pour 2025 comme prévu par la loi.

Bien sûr, il ne s'agit là que du plus visible, les déchets. Le retour à l'herbe est aussi décrié s'agissant des aspects moins visible : la radioactivité disséminée ici et là (nappes phréatiques par ex).

wareika | 25 octobre 2012 à 11h21
 
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"En attendant que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) trouve un site en vue du stockage définitif…"

Le problème c'est que les déchets de moyenne activité à vie longue ont une durée de vie ... longue...de quelques milliers à quelques centaines de milliers d’années.

Cette durée va bien au delà de ce que nous pouvons maîtriser.....l'homme de Néandertal a disparu il y a environ 30 000 ans et l'homme de cro-Magnon (homo sapiens sapiens) a peint Lascaux il y a 18 000 ans environ.

On fait comment pour prévenir nos descendants qu'il y a un petit cadeau planqué sous terre ? (lorsque cela sera le cas car pour le moment ça réchauffe les piscines de la Hague).

Baudouin | 25 octobre 2012 à 12h39
 
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Cet article montre bien la faille du nucléaire (bis...) : pour le tuer définitivement, rien de meilleur que des recours sans fin sur des points uniquement administratifs (jamais sur les problèmes techniques ou de santé publique, ce qui montre a contrario qu'ils sont correctement traités en amont), soulevés par des pervers malfaisants qui n'ont que ça à faire ! Parce que, in fine, on en fait quoi des déchets ? Comme en Angleterre, où on projette de couler du béton dans les centrales et les laisser sur place, comme autant de totems maléfiques ???

dmg | 25 octobre 2012 à 18h11
 
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Dans les prochaines décennies, aurons-nous l'énergie ("fossile") pour gérer "le nucléaire" -et ses déchets- qui est actuellement dépendant du pétrole?
Démographie responsable? La démographie est une "science" ou du moins une discipline étudiant les populations humaines. Est-elle responsable? Pas vraiment car elle évacue généralement les questions des ressources accessibles et envoie Malthus comme argument !
Depuis 1900, la population mondiale s'est multipliée par 4 environ, mais la consommation d'énergie par 12 ! Le problème principal est notre mode de vie, notre niveau de consommation.

roro | 25 octobre 2012 à 18h32
 
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La nécessité du démantèlement ne coule pas de source à mes yeux.
Une fois le combustible enlevé, pourquoi ne pas laisser ces vieilles centrales épuiser tranquillement leur radioactivité?
Notre paysage est truffé de vestiges de l'activité passée.
Certains sont passés d'un statut guerrier à un statut de patrimoine , les châteaux forts certes, mais beaucoup font encore pustules les blockhaus qu'ils soient allemands ou français, sans parler de la base de sous-marins de Lorient.
Les vestiges de l'activité industrielle ou minière de surface, vieilles carcasses d'usines, terrils et surtout les galeries qui s'affaissent tous les ans déstabilisant le sol de surface. Ces effondrements n'étant pas prêts de s’arrêter.

Pourquoi vouloir absolument démanteler? | 26 octobre 2012 à 13h36
 
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Tout à fait d'accord pour laisser les centrales dans le paysage ! C'est exactement ce que je fais de mes paquets de chips après mes pique-nique dans la nature.

On ne sait pas quoi faire des centrales nucléaires ? Laissons les pourrir, et en même temps assurons nous que les ENR ont la vie dure. Dans quel monde vit-on ...

Ndeb | 26 octobre 2012 à 15h02
 
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Quand la majorité politique change ,les décisions pour résoudre ce problème d'arrêt du nucléaire changent ,alors que le problème du stockage des déchets n'est ni à droite ,ni à gauche! C'est celui des générations futures qui devront vivre avec ! on ne sait pas encore oû ,
Une fois de plus, on décide dans l'immédiat et fait confiance au futur,
ce qui n'est plus acceptable ! Laissez du temps au temps dans ce domaine est un danger pour l'avenir des jeunes.

A | 26 octobre 2012 à 17h18
 
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botanicus | 28 octobre 2012 à 17h00
 
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