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“ Le succès de l'Ademe est de voir les acteurs de terrain s'approprier les thématiques qu'elle porte ”

A l'occasion des 25 ans de l'Ademe, son président Bruno Lechevin fait le point sur les missions de l'Agence, les grandes étapes qui ont marqué son histoire et les perspectives pour cette agence devenue le bras armé de la loi de transition énergétique.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°369 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°369
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“ Le succès de l'Ademe est de voir les acteurs de terrain s'approprier les thématiques qu'elle porte ”
Bruno Lechevin
Président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe)
   

Actu-Environnement.com : Quels ont été les temps forts de la construction de l'Ademe au cours de ce dernier quart de siècle ?

Bruno Lechevin : Créée en 1992, l'Ademe résulte de la fusion de trois agences environnementales : l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie (AFME), née en 1982 suite au choc pétrolier, l'Agence pour la qualité de l'air et l'Agence nationale pour la récupération et l'élimination des déchets. Ce rapprochement lui a permis de mutualiser les expertises et de développer la transversalité qui font aujourd'hui sa force.

Si on veut citer quelques étapes importantes, on peut évoquer en 1994, le lancement par l'Etat et l'Ademe d'un plan bois-énergie intégrant la problématique emploi/développement local. Vingt-cinq ans plus tard, ça reste un thème d'actualité. Autre sujet emblématique, c'est la création des Espaces info énergie en 2001. Aujourd'hui, ceux-ci renseignent près de 170.000 ménages par an et doivent trouver un dimensionnement encore plus important avec le plan de rénovation de plus de 500.000 logements par an à partir de 2017. Avec la mise en place des plateformes territoriales de la rénovation énergétique, on entend stimuler la demande en travaux de rénovation des particuliers et faciliter leur passage à l'acte, en mobilisant les financements nécessaires. Notre objectif est d'atteindre les 200 plateformes d'ici 2018 !

Dans d'autres domaines, on peut évoquer en 2001, l'approche environnementale de l'urbanisme où l'Ademe a élaboré une méthode qui aide à intégrer les enjeux de développement durable dans tous les projets et documents d'urbanisme. A partir de 2004, on peut aussi citer l'accompagnement des Plans climat des collectivités territoriales. Leur pertinence a été confirmée par la loi de transition énergétique qui les a rendus obligatoires pour les collectivités de plus de 20.000 habitants en 2018. Il est toujours intéressant de noter que des choses initiées il y a vingt ans sont confortées notamment dans la période récente autour de la dynamique de cette loi. Ces outils ont été pertinents au fil du temps et confirmés par les objectifs climatiques de l'Accord de Paris et la loi de transition énergétique.

Autres éléments historiques : en 2004, le plan de prévention des déchets en trois axes (mobilisation des acteurs, stabilisation des déchets et assimilés, fonds déchets). Depuis 2009, le fonds chaleur a intégré le portefeuille de l'Ademe et soutient la biomasse, la géothermie, tout en ayant comme ambition de décarboner à un prix inférieur de la chaleur produite à partir d'EnR. Même en cette période d'incertitudes sur le prix des énergies fossiles, il faut continuer à monter des projets et trouver des solutions pour inciter les collectivités à s'engager en faveur du fonds chaleur. Indépendamment des tonnes équivalent pétrole économisées, ces politiques publiques contribuent à faire émerger un nouveau modèle de croissance, elles créent de la valeur et de l'emploi.

AE : Les circonstances politiques vous paraissent-elles plus favorables aux missions de l'Ademe aujourd'hui qu'il y a 25 ans ?

BL : La question est de savoir si l'Ademe a su être au rendez-vous au moment où les problèmes environnementaux faisaient moins la une de l'actualité – il est vrai qu'il y a vingt ans, on ne parlait pas de transition énergétique et la question du climat était débattue dans des cercles plus restreints. Or aujourd'hui, l'Ademe est totalement légitime au travers de l'expertise qu'elle a développée au fil des années et son rôle est plus que jamais renforcé comme l'opérateur de l'Etat pour la mise en œuvre d'objectifs aussi importants que ceux de la loi de transition énergétique. Désormais, nous ne sommes plus seulement dans l'expérimentation, nous sommes dans une dimension nouvelle qui est celle de l'accélération et de la généralisation. Nous devons être à la recherche d'alliances notamment avec les territoires car c'est là que la transition énergétique est véritablement en action.

Autre étape importante, c'est en 2010 que l'Ademe est devenue l'un des opérateurs du programme des investissements d'avenir : l'Ademe a lancé les premiers appels à manifestation d'intérêt dans les domaines de l'économie circulaire, la chimie verte, les véhicules du futur... C'est un métier nouveau pour l'Ademe qui montre ainsi sa capacité à s'adapter, sans pour autant perdre ses fondamentaux. En l'occurrence, nous sommes allés au-delà de nos missions d'accompagnement de la recherche, nous devons développer notre implication dans l'innovation dans les entreprises. Ces dernières années, ce sont 2,2 milliards (Mds) d'euros qui ont été engagés dans les investissements d'avenir. Six cents projets ont été soutenus, pas seulement dans des grandes entreprises, mais aussi dans des PME. L'Ademe est ainsi devenue un acteur apportant de l'ingénierie financière pour l'innovation auprès d'acteurs proches du marché à travers des projets pilotes.

AE : Est-ce à dire que le modèle économique de l'Ademe a évolué ? La Cour des comptes insiste sur le fait que les engagements pris par l'Agence à la demande du ministère de l'Environnement ne sont pas financés au-delà de 2017, comment expliquez-vous ces incertitudes ? La stratégie de l'Ademe s'oriente-t-elle vers des prises de participation dans le privé, vers un modèle plus autofinanceur ?

BL : Il faut regarder les choses comme elles sont. Il est vrai que l'Ademe a eu la chance ces dernières années de voir son budget incitatif d'engagement respecté, et ce quelles que soient les contraintes qui ont pu peser sur les finances publiques. Pendant un temps, il y avait un fonds de roulement qui était le fruit des politiques post-Grenelle. Ce fonds s'est progressivement restreint et comme il y a des écarts entre les autorisations d'engagement et les versements effectifs lorsque les projets sont réalisés, on en arrive à la situation que la Cour des comptes a soulignée, à savoir que progressivement il faudra remettre au pot si on ne veut pas être en difficulté à partir de 2018. Pour nous, cette situation n'est pas nouvelle, on ne la découvre pas. Cela fait deux ans que nous alertons nos tutelles respectives sur les risques que peut générer cette situation. Celle-ci est parfaitement connue de nos tutelles. D'ailleurs, la ministre, dans la lettre qu'elle a adressée à la Cour des comptes, a exprimé que l'Etat garantirait les politiques portées par l'Agence, elle a assuré que l'équilibre financier de l'Ademe serait préservé. Il n'y a pas de raison que cela soit remis en cause. Ne serait-ce que parce que l'Ademe est reconnue comme l'opérateur des politiques de transition énergétique. Les objectifs de la COP 21 par rapport à la communauté internationale et l'Union européenne engagent la France quelles que soient les politiques menées demain.

AE : Comment pérenniser les moyens de l'Ademe ?

BL : Le dossier sera sur le bureau du futur ministre et je ne crois pas que les gouvernements puissent remettre en cause l'utilité de l'Ademe dans ses missions d'intérêt général à un moment où il nous faut amplifier, accélérer, généraliser la transition énergétique. Nous avons un contrat d'objectifs et de performance signé avec l'Etat dans ce sens. Pour ce faire, l'Ademe doit être en interaction avec tous les partenaires et elle est amenée à s'organiser pour répondre à ses missions.

On attend beaucoup de nous : développement de la chaleur renouvelable, lutte contre le gaspillage alimentaire, mise en œuvre de l'économie circulaire, soutien à l'innovation, penser la ville et la mobilité durables, il s'agit d'un beau projet de société. Organisation en perpétuel mouvement, l'Ademe doit garder cette longueur d'avance, pour être toujours plus réactive et agile et travailler en transversalité. C'est tout l'esprit de notre projet d'entreprise. L'Agence doit avoir un esprit "start-up" plutôt qu'entreprise installée. Le grand succès de l'Ademe, c'est que les grandes thématiques qu'elle porte sont désormais appropriées par les acteurs de terrain. Cela veut dire que l'Agence n'a plus besoin d'intervenir de la même manière, ce qui est une très bonne chose. Mais elle doit garder cette avance, car on est encore loin de l'objectif de division par deux de la consommation énergétique en 2050. L'Ademe doit continuer à être l'opérateur de la transition énergétique auprès des acteurs de terrain. C'est son ADN.

Réactions6 réactions à cet article

 

Il y a effectivement un écart qui se creuse sans cesse entre les thématiques académiques de l'ADEME et les acteurs de terrain, chercheurs et entrepreneurs sensibles à la performance d'application dans un temps court, d'autant que les stratégies prennent en compte aussi l'innovation frugale qui évolue dans tous les secteurs.

CLAUDIUS97 | 05 avril 2017 à 10h02
 
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La loi de transition énergétique est une loi essentiellement idéologique et irrationnelle, et ses surcoûts, à la charge des citoyens, sont déjà pharaoniques : 23 Md€ en 2016, et, si cette loi n'est pas révisée de fond en comble, 70 Md€/an en 2030.
http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/transition-energetique-dites-la-verite-aux-francais
Donc, nous payons tous ces surcoûts en sus des coûts de l'Ademe, lequel fait tout pour que ces surcoûts augmentent exponentiellement.

jipebe29 | 06 avril 2017 à 09h45
 
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) L’Ademe prévoit 100% d’EnR intermittentes à l’horizon 2050. Quelle serait la surface au sol des usines éoliennes et des centrales solaires ? Quel serait le prix du kWh ? Comment serait gérée l’intermittence (aléatoire pour l’éolien et fonction des heures de la journée et du cycle des saisons pour le solaire) ? Cela fait plus de 50 ans que l’on cherche une solution économiquement acceptable pour le stockage des fortes énergies, et on n’a rien trouvé. L’Ademe ose prétendre que ce problème sera résolu, sans trop en préciser ni les coûts ni la gabegie de ressources : ce n’est pas réaliste.

jipebe29 | 06 avril 2017 à 09h59
 
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Les politiques climat-énergie de notre pays (et de la plupart de pays de l’UE) sont basées sur l’hypothèse non prouvée que nos émissions de CO2 ont une action mesurable sur la température moyenne annuelle globale et sur le climat de notre planète. Il s’ensuit que les politiques énergétiques privilégient en principe les émissions bas carbone et elles sont censées, en outre, de fournir des moyens de production conformes aux standards d’une production rationnelle d’énergie électrique, à savoir :

1. Elle doit être pilotable, adaptable en temps réel aux fluctuations de la demande. En particulier, elle doit être capable de gérer les heures de pointe (HP) et de réduire la production en fonction de la baisse de la demande en heures creuses (HC).
2. Elle doit être indépendante des caprices d’Eole et des cycles de Phébus.
3. Elle doit avoir un impact mineur sur l’environnement et la biodiversité
4. Le réseau de transport ne doit pas être soumis à des fluctuations brutales et aléatoires
5. Le prix du kWh doit être compétitif
6. La sécurité d’approvisionnement doit être garantie

Or, les EnR intermittentes ne satisfont à aucun de ces critères. Leur développement inconsidéré relève de l’idéologie et non de la raison.

jipebe29 | 06 avril 2017 à 10h02
 
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Soit les thèses du GIEC sont exactes, et il importe de réduire intelligemment nos émissions de gaz satanique, soit elles sont fausses, et il n’y a aucune raison de réduire nos émissions, ce qui ravira la végétation qui adore le CO2.

On nous affirme que les EnR intermittentes sont LA solution pour réduire nos émissions de CO2. Voyons cela de plus près. En fait, elles nécessitent des centrales thermiques pour équilibrer le réseau de transport donc leur bilan carbone est particulièrement mauvais, information essentielle mais frappée d’omerta. On nous roule dans la farine en nous imposant des solutions totalement inadaptées. Cette adoration irrationnelle des EnR intermittentes, aux faibles facteurs de charge (23 % pour l’éolien et 14% pour le solaire) est vraiment incompréhensible. Tous les pays qui les ont développés inconsidérément (Espagne, Allemagne, Danemark) ont vu les prix de leur kWh déraper, et ils ont rétropédalé plus ou moins vigoureusement.

jipebe29 | 06 avril 2017 à 20h19
 
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L'ADEME aurait l'esprit start-up. Alors ça, ça fait franchement marrer quand on voit le mastodonte étatique et son aveuglement idéologique...
J'aurais davantage pensé à une grosse tirelire...
Excellente journée.

Albatros | 11 avril 2017 à 12h18
 
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