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Canalisation d'eau : les communes font face aux risques sanitaires des matériaux

Les communes sont confrontées à la présence de matériaux dont l'innocuité pose question : les conduites en PVC et les revêtements époxy. Les solutions de gestion restent toutefois limitées.

Eau  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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Quelle gestion les collectivités ont-elles de certains matériaux problématiques présents dans leur réseau d'eau potable ? Vieillissantes, les canalisations posent en effet la question de leur renouvellement mais également de leur innocuité pour des conduites comme celles en PVC (posées avant 1980) ou avec un revêtement epoxy. Dans les grandes lignes, le réseau se composerait à 39% de canalisation en PVC, à 22% en fonte ductile, à 20% en fonte grise, à 13% en fonte indifférenciée, à 4% en amiante ciment et à 2% en acier/béton, selon une étude des Canaliseurs de France de 2002 (Cador 2002). Depuis 2012, pour mieux circonscrire les risques, une instruction de la Direction générale de la santé demande le repérage à l'échelle des communes des canalisations en PVC (posées avant 1980) susceptibles de dégager du chlorure de vinyle monomère (CVM). Considéré comme cancérigène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), ce dernier ne doit pas dépasser une concentration fixée à 0,5 microgramme par litre (µg/L) dans l'eau.

Les purges, une solution transitoire

Lors d'une journée de formation de l'Office international de l'eau (Oieau), différents acteurs ont partagé leurs expériences sur cette question. Ainsi, Anne-Laure Del Monte, chargée de la protection ressource en eau pour le Syndicat SDeau 50 et Jean Bodin, en charge de la cellule "eaux destinées à la consommation humaine" de l'Agence régionale de santé de Basse-Normandie, ont présenté les résultats d'études menées dans la Manche. Ce département comporte 12.000 km de canalisations dont 8.000 en PVC, posées avant 1980. L'équipe a tout d'abord recherché les fournisseurs de ce type de conduits, sans succès. "Il y a un nombre important de fabricants et d'intermédiaires, sans traçabilité possible", constate Anne-Laure Del Monte. Ils disposent de 75% des plans de réseau départemental (dont 20% modélisés). Une campagne de prélèvement a été réalisée sur les zones à risques identifiées comme les plus défavorables (temps de contact supérieur à 72h, température de l'eau supérieure à 15°C et extrémité d'antenne). "La plupart des réseaux investigués présentent des concentrations inférieures à 200 ppm (partie par million), note Anne-Laure Del Monte. C'est l'extrémité de l'antenne qui est la plus touchée : cela s'explique par le fait qu'il y ait peu d'habitants et donc un temps de contact élevé". L'ensemble des analyses réalisées dans la Manche depuis 2012 montre que pour les 47 collectivités investiguées (283 antennes), 44 analyses se sont révélées supérieures à la limite de qualité de 0,5 µg/L (dont sept supérieures à 2 µg/L).

Différentes solutions ont été testées pour réduire ces teneurs : réalisation de purges ponctuelles, utilisation de mousseur ou mise en carafe chez les consommateurs (pour que les CVM volatils s'évaporent). "La campagne de purge a permis un retour à des valeurs inférieures à 0,5 µg/L mais elles sont ensuite remontées à leur niveau initial une semaine après les opérations", souligne Anne-Laure Del Monte. Si le mousseur ne semble pas influencer la teneur en CVM, le passage en carafe (repos de 2h) permet toutefois leur diminution (de 2,6 à 1,3 µg/L). "Le mousseur a été utilisé à petit débit, il faut peut-être revoir la méthode", oppose Jean Bodin. Les deux intervenants ont pointé la difficulté à appréhender le relargage du CVM et d'analyser le risque sur des antennes multiples en milieu rural.

En Charente-Maritime, les analyses ont révélé un taux de dépassement du seuil du CVM de 7% en 2014 (11,3% en 2013). Les deux tiers du linéaire du réseau sont en PVC (dont 60% posés avant 1980). Le syndicat des eaux est confronté au coût du renouvellement de ce type de canalisation : 270 millions d'euros, soit l'équivalent de 33 ans d'investissement. L'option retenue pour pallier cette situation combine un renouvellement partiel du réseau, des purges nocturnes automatiques, des restrictions d'usage et une information de la population.

La Collectivité eau du bassin rennais (CEBR) s'est quant à elle appuyée sur le système d'information géographique (SIG) pour identifier les tronçons concernés et calculer les temps de séjour de l'eau. 2,5% du linéaire dateraient ainsi d'avant 1981. La collectivité a opté pour un remplacement de l'ensemble du PVC par des canalisations en polyéthylène haute densité (PeHD) dans le cadre de son programme pluri-annuel de renouvellement 2014-2017. Son réseau comporte également 53km de conduites en fonte grise réhabilitées avec une résine époxy. Toutefois, les analyses ne permettent pas de détecter la présence de bisphénol A (BPA).

Un relargage de BPA ?

Utilisées comme revêtement interne des réservoirs d'eau potable ou agréés pour la réhabilitation de canalisations d'eau potable, les résines époxy sont en effet suspectées de conduire à un relargage de BPA. La synthèse de l'époxy passe généralement par une polymérisation du bisphénol A (BPA) et d'épichlorydrine. Ce prépolymère est ensuite mélangé directement sur le lieu de la pose avec un durcisseur. Cette opération implique de respecter différents critères de température, d'humidité et de proportion des deux composants pour que le durcissement soit optimum et éviter le relargage de BPA.

Le Centre international de recherche sur l'eau et l'environnement (Cirsee) a mené en 2011 une étude sur le relargage potentiel du Bisphénol A et F pour trois types d'epoxy autorisés en France, Grande-Bretagne, USA pour le premier, en Espagne pour le second et en France pour le dernier. Les scientifiques ont réalisé des tests en laboratoire : ils ont immergé un échantillon de résine à température ambiante (20°C) dans les conditions d'un petit réservoir (10 à 15 m3) en présence et absence de désinfectants (chlore et dioxyde de chlore). Pour cela, ils ont contacté des fabricants de résine pour disposer d'un échantillon de leur produit. L'eau a été changée plusieurs fois par semaine et les mesures réalisées après une période de stagnation de 24h.

Le test d'immersion durant quatre mois montre qu'en présence d'une quantité résiduelle de désinfectant, la présence de BPA n'est pas détectée. "Une concentration de 0,2 à 0,3 mg/l de chlore doit être maintenue pour éviter la formation de chlorobisphénol, également perturbateur endocrinien", constate Auguste Bruchet, expert en chimie analytique dans le laboratoire de Suez environnement. Sans chlore ou dioxyde de chlore, "les quantités de BPA relarguées s'avèrent très faibles sauf pour l'échantillon 2", pointe Auguste Bruchet. Ce dernier, après avoir induit un faible niveau de bisphénol A dans l'eau, provoque au bout de cinq mois une augmentation de la concentration jusqu'à 180 ng/l. "Ce qui questionne les tests d'agrément qui ne prennent pas en compte le vieillissement", avance l'expert en chimie analytique.

L'équipe a réalisé également une campagne analytique sur sites réels. Les scientifiques ont prélevé de l'eau dans 27 réservoirs de la région parisienne (de 60 à 2.000 m3) et dans près de 120 canalisations réhabilités à Bordeaux. Si aucun des réservoirs d'eau potable n'a révélé la présence de bisphénols (ou de 2,4,6-trichlorophénol), la situation est différente pour les réseaux : une proportion importante libère en effet à la fois des bisphénols A et F (concentration maximale de 1 ug/l). Ces différences trouvent leurs sources dans le fait que le ratio surface/volume est plus élevé dans les canalisations et le temps de contact s'avère également plus important dans les réseaux. Autre explication : les conditions d'application du revêtement epoxy dans les tuyaux seraient moins favorables. Ces derniers peuvent en effet maintenir des poches d'humidité et la présence de dioxyde de chlore jouerait un rôle accélérateur. "Le relargage des bisphénols A et F reste faible lorsque les revêtements epoxy sont bien posés, note Auguste Bruchet. Dans certains pays, la mise en place du revêtement fait l'objet d'une certification. Nous conseillons de ne pas utiliser l'epoxy dans les canalisations, de maintenir une quantité résiduelle de désinfectant mais d'éviter le dioxyde de chlore".

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