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Cancer : état des lieux sur l'environnement et les expositions professionnelles

Pour la quatrième année consécutive, l'Institut national du cancer publie une synthèse des données relatives au cancer. Focus sur les facteurs environnementaux et les expositions professionnelles.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

Le Plan cancer 2009-2013 prévoit la publication d'un rapport de synthèse annuel des données relatives aux cancers. Conformément à cet engagement, l'Institut national du cancer (INCa) publie son rapport sur "La situation du cancer en France en 2011". Ce document, extrêmement riche, traite aussi bien de l'épidémiologie des cancers, que de la prévention, du dépistage, de l'offre de soins, des conditions de vie avec la maladie ou de la recherche. Un point sur les principaux facteurs de risques liés à l'environnement et aux expositions professionnelles s'impose.

Imputabilité multifactorielle

"Un consensus général sur les liens entre des substances ou des situations à risque présentes dans nos environnements et certains cancers (…) se dégage", souligne le rapport.

Ces pathologies se distinguent par une imputabilité multifactorielle (multiplicité des facteurs de risques, importance du degré et de la durée d'exposition…) et des signaux faibles, c'est-à-dire "des facteurs environnementaux qui confèrent une augmentation faible, voire modérée du risque de cancer". Toutefois, ces facteurs sont susceptibles "d'avoir un impact sanitaire important en nombre de cas et décès si l'exposition (…) est très répandue dans la population", nuancent les auteurs.

Parmi les autres caractéristiques de ces pathologies : l'absence de logique dose/effet et des situations de vulnérabilité variables selon les individus.

"Les estimations quantitatives du poids des facteurs environnementaux dans la survenue des cancers (…) varie fortement, notamment en fonction de la définition et des limites attribuées au champ de l'environnement", avertit en outre l'étude.

Expositions professionnelles

"L'incidence des cancers d'origine professionnelle est estimée entre 11.000 et 23.000 nouveaux cas par an", indique l'INCa. En 2009, 1.830 cas de cancers ont été indemnisés par la Cnam, soit une augmentation de 9,1 % par rapport à 2008. "Cette augmentation traduit un meilleur repérage et une meilleure reconnaissance des cancers d'origine professionnelle, et non pas une augmentation de l'incidence de ces cancers. Ces pathologies restent néanmoins largement sous-reconnues et sous-indemnisées", estiment les auteurs du rapport.

La sous-évaluation du recensement des cas serait liée à l'insuffisance d'informations fiables sur l'exposition antérieure du professionnel. Plusieurs éléments doivent en effet être pris en compte : de nombreux facteurs de risques, la traçabilité incomplète des expositions, le temps de latence important entre exposition et survenue de la maladie, de même que la difficulté à évaluer le risque cancérogène : pics d'exposition, effets des faibles doses, expositions cumulées.

Selon l'expertise Inserm de 2008, pour les neufs localisations de cancers les plus fréquentes, différents facteurs professionnels sont reconnus parmi lesquels l'amiante, certains métaux, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), le radon, les radiations ionisantes ou le benzène.

L'INCa souligne les fortes inégalités d'exposition aux cancérogènes. "Soixante-dix pour cent des salariés exposés sont des ouvriers et 20 % correspondent à des professions intermédiaires de l'industrie et de la santé", indique ainsi le rapport. Les hommes représentent 84 % des salariés exposés car "les secteurs les plus exposés sont essentiellement masculins". Cinq secteurs d'activités concentrent la moitié des salariés exposés : construction, commerce et réparation automobile, métallurgie, services opérationnels et santé.

De fortes disparités existent également selon le type d'entreprise concerné. "Les grandes entreprises disposent généralement de moyens plus importants pour prévenir, traiter et limiter les expositions aux cancérogènes et ont plus facilement recours à l'externalisation des activités à risque, par le biais de la sous-traitance", analyse le rapport.

Les principaux facteurs de risque étudiés

Parmi les principaux facteurs de risque, avérés ou potentiels, liés à l'environnement ou aux expositions professionnelles figurent les radiations ionisantes, les ondes électromagnétiques, le chlordécone, le radon, les ultraviolets ou encore les nanomatériaux.

Concernant les radiations ionisantes, le rapport rappelle les conclusions du groupe de travail pluraliste chargé d'approfondir les connaissances sur les risques de leucémie autour des installations nucléaires de base (INB). Selon ce rapport, l'état des connaissances ne permet pas d'établir un lien mais la poursuite des recherches s'impose.

Quant aux ondes électromagnétiques présentes dans l'environnement et en milieu professionnel, l'impact est controversé. Le rapport rappelle que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l'OMS a classé, en mai 2011, les champs électromagnétiques de radiofréquences, y compris ceux émis par les téléphones portables et sans fil, comme pouvant être cancérogènes pour l'homme (2B). En bref, "le lien entre exposition au téléphone mobile et tumeur cérébrale est faible (…) mais a été considéré comme crédible".

Les champs électromagnétiques d'extrêmement basses fréquences ont été classés "cancérogènes possibles pour l'homme (2B)" par le Circ en 2002. Un rapport d'expertise de l'Anses publié en mars 2010 montre une association statistique entre l'exposition aux champs électromagnétiques produits par les lignes à très haute tension et des leucémies infantiles. Cependant, le risque reste débattu selon l'Inserm.

Largement utilisé dans les Antilles françaises entre 1973 et 1993 comme insecticide, le chlordécone est classé comme potentiellement cancérigène pour l'homme par le Circ (groupe 2B). Le caractère cancérigène de ce perturbateur endocrinien est en revanche prouvé depuis 1989 chez le rat et la souris. Des chercheurs de l'Inserm ont suggéré en juin 2010, pour la première fois dans une étude épidémiologique, "une possible association entre exposition au chlordécone et survenue d'un cancer de la prostate", rappelle le rapport.

Le radon a été classé "cancérogène pulmonaire certain pour l'homme" par le Circ en 1987. Il représente le second facteur de risque de cancer du poumon après le tabac. Pourtant, près de 62 % des personnes interrogées dans le baromètre Inpes-IRSN de 2008 déclarent n'avoir jamais entendu parler du radon, déplorent les auteurs du rapport.

"Les risques pour la santé humaine et pour l'environnement [des nanomatériaux] ainsi que l'évaluation de l'exposition de la population sont très mal connus", souligne l'INCa. Parmi les mécanismes potentiellement toxiques des nanoparticules, "la production d'espèces réactives de l'oxygène a été décrite", souligne le rapport. Ces phénomènes pourraient conduire à des mécanismes de cancérogénèse. Toutefois, "même si une action directe et/ou indirecte sur l'ADN a été mise en évidence in vitro, les connaissances scientifiques dans ce domaine ne permettent pas d'extrapoler à l'homme", indiquent les auteurs du rapport.

Parmi les principaux facteurs de risque, avérés ou potentiels, ceux liés à l'environnement ou aux expositions professionnelles tiennent une bonne place. Mais ils ne doivent pas occulter les autres risques, largement traités par l'INCa par ailleurs dans son rapport : tabac, alcool, alimentation ou encore agents infectieux…

Réactions1 réaction à cet article

 

Au sujet des risques de cancer en lien avec des expositions environnementales ou professionnelles, l’unité cancer environnement du centre Léon Bérard (centre de lutte contre le cancer à Lyon) a mis en place un portail d’information des publics : www.cancer-environnement.fr.
Vous y trouverez des synthèses des données actuelles de la science par substance (amiante, radon, benzène, champs électromagnétiques, etc) ou par type de cancer (poumon, foie, mésothéliome, prostate, sein, etc).
Bonne lecture !

CLB-CE | 24 janvier 2012 à 17h39
 
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