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Cancers : la connaissance des facteurs environnementaux en progrès

Les facteurs environnementaux jouent un rôle prédominant dans la plupart des cancers. Mais, si la connaissance est en progrès, les agents cancérogènes restent encore mal identifiés.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

Dans le cadre du Plan cancer 2009-2013 et du Plan national santé environnement 2009-2013, l'Anses, l'Institut national du cancer (INCa) et l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) organisaient, le 12 décembre 2011 à Paris, un colloque international sur le thème "Cancers et expositions environnementales".

Le lien établi dans certaines localisations cancéreuses seulement

"Les épidémiologistes savent depuis longtemps que les facteurs environnementaux jouent un rôle prédominant dans la plupart des cancers", indique le Docteur David Christiani, professeur à l'Ecole de santé publique de Harvard (Etats-Unis), "même si l'agent (ou les agents) cancérogène(s) responsable (s) d'une exposition particulière n'est (ne sont) pas clairement identifié(s)".

"La connaissance de la place des facteurs environnementaux dans la survenue des cancers marque de nets progrès mais n'est cependant bien établie que dans certaines localisations cancéreuses et avec certains agents (amiante, arsenic, radon, papillomavirus, helicobacter, etc.)", ajoute l'Anses.

Parmi les facteurs environnementaux jouant un rôle prépondérant figurent les expositions à l'amiante, à l'arsenic, au chrome, aux émissions des fours à coke, ainsi que la fumée de tabac, confirme David Christiani. Pour le cancer du sein, les principaux facteurs de l'environnement identifiés sont "les radiations ionisantes et le travail posté qui entraîne la perturbation des rythmes circadiens", précise Françoise Clavel-Chapelon, initiatrice de la cohorte E3N en 1990.

Parmi les situations où l'exposition à des agents cancérogènes n'est pas clairement caractérisée figurent, à titre d'exemple, la fabrication et l'utilisation des peintures ou des produits en caoutchouc ainsi que la production d'électrodes de carbone. De même, "les effets potentiels des pesticides sur la santé restent mal compris", indique Jane Hoppin, épidémiologiste environnementale à l'Institut national des sciences de la santé environnementale (NIEHS – Etats-Unis).

Etiologie multifactorielle

"Une fois écartée la part attribuable principalement (..) aux comportements (tabac, alcool, exposition solaire, alimentation, activité physique…) et au vieillissement démographique, reste à apprécier le poids relatif des facteurs environnementaux physico-chimiques et microbiologiques car la très grande majorité des cancers ont une étiologique multifactorielle", indique l'Anses.

Mieux connaître les multiples facteurs susceptibles d'intervenir et leurs combinaisons est un des grands enjeux de la recherche actuelle, qui doit être pluridisciplinaire. "L'un des enjeux cruciaux de la caractérisation des expositions environnementales consiste à prendre efficacement en compte les expositions combinées à plusieurs produits chimiques", confirme Jacqueline Clavel, médecin et épidémiologiste à l'Inserm.

"La majorité des cancers ont une étiologie environnementale (au sens large), mais la contribution précise d'un facteur donné et l'interaction avec les autres facteurs de risque est difficile à expliquer. Ceci est dû, au moins en partie, aux difficultés à mesurer de façon précise les expositions individuelles, y compris dès le plus jeune âge", explique le docteur Christopher Wild, directeur du CIRC.

"L'incidence des principaux cancers peut varier d'un facteur de 5 à 100 selon les populations, et lorsque des groupes de populations migrent d'une région à faible risque vers une région à risque élevé, leur taux d'incidence rejoint presque toujours celui de leur nouvel environnement", relève David Christiani. L'observation des différences des taux d'incidence entre les populations a d'ailleurs fait progresser les connaissances sur les causes environnementales.

Prévention primaire

Des recherches du professeur Christiani, il ressort que les approches les plus efficaces pour diminuer la morbidité et la mortalité du cancer résident dans la prévention primaire. C'est-à-dire éviter d'introduire des agents cancérogènes dans l'environnement et éliminer l'exposition aux agents cancérogènes déjà présents. "Pour être efficace, la première approche nécessite que les substances cancérogènes soient identifiées avant qu'elles ne soient introduites dans l'environnement", précise le professeur. L'intérêt de la seconde approche a été démontré par des résultats tangibles. "L'angiosarcome du foie a disparu dans les pays où il n'y a plus d'exposition au chlorure de vinyle monomère", cite-t-il à titre d'exemple.

"La prévention des cancers à l'échelle mondiale exige une stratégie globale, intégrant des actions fortes et durables pour maîtriser les agents cancérogènes liés au mode de vie et pour contrôler l'exposition aux agents cancérogènes environnementaux reconnus tels que l'amiante, la silice, le radon ou le benzène", avertit David Christiani.

Il insiste également sur la nécessité de mettre en place "de nouvelles méthodes toxicogénomiques à haut rendement" pour évaluer les effets potentiels cancérogènes des substances chimiques industrielles. "Pour éviter de reproduire les erreurs commises dans le passé, il convient d'intensifier la recherche visant à identifier et maîtriser les risques liés aux agents cancérogènes industriels à ce jour non reconnus", ajoute-t-il.

"Ce qui fait défaut", précise le docteur Bette Meek, directrice adjointe de l'évaluation des risque chimiques au Centre McLaughlin (Canada), c'est "un cadre méthodologique global permettant de définir au mieux des priorités, estimer les expositions en s'appuyant sur un corpus de données, bien documentées dont l'approche doit être adaptée aux finalités évaluatives". En effet, "l'harmonisation de la caractérisation des expositions est essentielle pour éviter les conflits d'interprétation de données et pour prendre les meilleures décisions en matière de gestion des risques", conclut Jacqueline Clavel.

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