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Captages d'eau potable : leur protection nécessite de jouer collectif

Une politique de protection des captages d'eau potable doit fédérer l'ensemble des acteurs concernés pour avoir une chance de réussir. Les agriculteurs sont souvent au premier plan, les convaincre de l'intérêt de leurs efforts est primordial.

Eau  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°361 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°361
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La France compte pas moins de 33.000 captages d'eau potable. Situés en zones urbaine et agricole, ces captages sont exposés aux pollutions diffuses : pesticides, nitrates mais aussi microbiologie, turbidité... Au cours des 20 dernières années, la dégradation de la qualité des eaux a conduit à la fermeture de plus de 7.500 d'entre eux, dont la plupart ont été remplacés. Pour éviter d'en arriver là ou d'être contraint de traiter chèrement ces eaux, le ministère de l'Environnement a relancé leur protection en juillet 2014. Aux 500 captages prioritaires identifiés pendant le Grenelle de l'environnement, se sont ajoutés 500 captages supplémentaires. Un plan d'action est prévu pour chacun.

Deux-tiers des plans d'action sont actés

"Les deux-tiers d'entre eux sont lancés, constate Didier Marteau, président de la commission agronomie-environnement à l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). Cela concerne 8% de la surface agricole commune (SAU) et 10% des agriculteurs français", a-t-il détaillé lors d'un colloque de l'APCA le 29 juin. Des chiffres qui témoignent de l'importance de ce sujet pour le monde agricole.

Et les résultats se font sentir dans certains bassins versants de rivières. "En Meurthe et Moselle, 29 exploitations regroupant 3.800 ha ont réussi à réduire la présence de nitrates dans l'eau de 50 à 35 mg/l. En Bretagne, 450 exploitations ont permis de réduire cette concentration à 45 mg/l", détaille Didier Marteau. De bons résultats qui ont convaincu la Commission européenne de lever en juillet 2015 les contraintes réglementaires qui pesaient depuis 2007 sur les exploitations agricoles de cinq prises d'eau de Bretagne. Une bonne nouvelle qui, un an après, encourage l'APCA à faire bénéficier l'ensemble de la profession des retours d'expériences et des bonnes pratiques.

Une adhésion pleine et entière de tous

Mettre en place un plan d'action autour d'un captage d'eau est un exercice délicat tant les acteurs concernés sont nombreux. Les retours d'expériences de ces dernières années permettent d'identifier des points clefs de réussite. Une animation fédératrice et une adhésion de principe de tous les acteurs en font partie. "La dynamique de la politique locale est essentielle", estime Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA. "Il faut une adhésion politique des agriculteurs, un soutien des organismes qui les représentent", confirme Vincent Valin, directeur des interventions de l'agence de l'eau Artois-Picardie.

A l'heure actuelle, l'agence participe à la création de 35 opérations de reconquête de la qualité des eaux (Orque). Chaque Orque est animée par la collectivité responsable de la production de l'eau, un bon point qui permet de mettre tous les acteurs autour de la table mais qui, en cas de changement de portage politique peut s'avérer fragile.

L'importance d'un état zéro partagé

Si la volonté politique doit être au rendez-vous, un autre point importe beaucoup : la réalisation d'un état des lieux complet et reconnu par tous. "Tout repose sur la phase de dialogue initial au risque de construire des plans d'actions à côté de la plaque", prévient Jean-Paul Bordes, chef du département recherche et développement à l'institut du végétal Arvalis. Tous les acteurs s'accordent sur la nécessité d'identifier clairement les niveaux de pollution et surtout toutes les sources possibles : milieu urbain, industrie, agriculture. Un état zéro précis permettra de fixer des objectifs partagés : "Il faut un plan d'actions multifacteurs", estime Vincent Valin de l'agence de l'eau Artois-Picardie. Il s'agit là de ne pas stigmatiser les agriculteurs pour les encourager à s'investir dans le programme. "Nous en avons marre d'être pointés du doigt, il faut rechercher tous les facteurs de pollution. Psychologiquement, ça change tout", estime Eric Thirouin de la FNSEA. "Il ne faut pas hésiter à hiérarchiser les causes, prévient toutefois Jean-Paul Bordes d'Arvalis. Il faut être pragmatique, aller là où le risque est le plus élevé. On ne va pas tout régler tout de suite. On ne peut pas mettre tout en œuvre en même temps. Il faut des actions ciblées".

Mobiliser, impliquer les acteurs dans les décisions afin d'éviter le sentiment d'avoir à subir les mesures… L'approche psychologique ne doit pas être négligée. Dans certains cas, la délimitation des aires de captage a été négociée, de même pour les zones plus proches soumises à contraintes environnementales (ZSCE). Dans d'autres, elles ont été imposées, parfois de manière illogique, au "doigt mouillé" de l'avis des agriculteurs concernés. La rancœur est encore présente, ce qui ne favorise pas la nécessaire remise en question des pratiques culturales. D'où l'intérêt que tout le monde tombe d'accord sur la situation de départ et les objectifs d'amélioration. "Après discussions, nous avons opté pour des objectifs de moyens plutôt que des objectifs de résultat, témoigne Vincent Valin d'Artois-Picardie. Et nous avons eu la bonne surprise de constater que les objectifs quantitatifs envisagés au départ ont été atteints plus vite que prévu notamment en matière de conversion à l'agriculture biologique".

Concilier production et environnement

Une fois les objectifs fixés, place aux actions. Mais dans la plupart des cas, les agriculteurs les appréhendent car elles sont synonymes de réduction de la production agricole et donc de leurs revenus. Le programme Azur dans l'Aisne a souhaité aller contre cette idée. "Notre premier objectif est de concilier la production avec l'environnement", résume Olivier Dauger, président de la chambre d'agriculture de l'Aisne. "Nous mettons à disposition une palette d'outils que l'agriculteur choisit". Ces outils sont surtout d'ordre agronomique pour apporter la bonne dose de fertilisant au bon moment et éviter les ruissellements de nitrates dans l'environnement. "Nous constatons des baisses des concentrations de nitrates dans les sols et les eaux souterraines", se satisfait Olivier Dauger.

"Il faut faire attention à l'impact économique des mesures mises en place", confirme Jean-Paul Bordes, qui préconise la réalisation d'une étude d'impact du plan d'action. "Personne n'est capable de prendre des mesures qui réduisent son revenu", renchérit Christophe de Rycke, vice-président de la chambre d'agriculture de Seine-et-Marne. Mais pour Vincent Valin de l'agence Artois-Picardie, le débat est plus profond et nécessite un changement de perception des agriculteurs. Selon lui, une réduction de rendement ne veut pas dire réduction des revenus : "Il faut que l'unité de compte ne soit plus le rendement à l'hectare mais la marge réelle", défend-il, en rappelant que les économies d'intrants sont aussi des économies d'argent.

Des conseils personnalisés pour garantir l'appropriation

Une fois le plan d'action lancé, rien ne vaut un suivi régulier et partagé. Tous les acteurs insistent sur la nécessité de rendre compte des progrès en comparant avec l'état initial. "Il est très important de quantifier et de valoriser les efforts", alerte Vincent Valin. Dans chacune des Orques lancées en Artois-Picardie, une carte présente tous les ans aux acteurs les améliorations observées. "Cela amène une émulation positive. Les agriculteurs se parlent entre eux et se convainquent de faire plus ou mieux". Le programme Azur s'appuie quant à lui sur le principe de l'amélioration continue avec une revue régulière des résultats et l'adaptation si besoin du plan d'actions.

Mais si la réflexion collective apporte de l'émulation, le conseil personnalisé ne doit pas être négligé. Lors de l'élaboration du plan d'actions de l'aire d'alimentation du captage de la fosse de Melun (Seine-et-Marne) caractérisée par un paysage agricole homogène, Christophe de Rycke a constaté des pratiques culturales bien différentes : "L'analyse des pratiques est primordiale même dans un département comme le nôtre avec 80% de grandes cultures. Nous avons des situations bien différentes. Une solution globale et unique n'est pas possible". Le vice-président de la chambre d'agriculture de Seine-et-Marne plaide pour un conseil personnalisé à l'agriculteur. "Il faut présenter les meilleures pratiques en présence du technicien de l'exploitation", insiste-il.

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