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Actu-Environnement

Catastrophes naturelles : la facture des assureurs pourrait doubler en France d'ici 2040

En marge de la COP 21, l'association française de l'assurance alerte sur le coût des aléas climatiques qui pourrait grimper jusqu'à 92 milliards d'euros d'ici 2040 en France métropolitaine. Soit près du double de la facture des 25 années précédentes. 04 décembre 2015

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Sécheresses, inondations, submersions marines, tempêtes, grêles, neige dans l'Hexagone… Ces aléas naturels ont coûté, entre 1988 et 2013, 48 milliards d'euros aux assureurs. Soit une facture d'1,86 milliard d'euros de dommages matériels par an, chiffre l'Association française de l'assurance (Afa). Au cours des 25 dernières années, les assureurs ont ainsi indemnisé annuellement en moyenne 431.000 sinistrés.

Les coûts des aléas naturels pourraient doubler, entre 2014 et 2039, et franchir les 92 milliards d'euros en France métropolitaine, prévient l'Afa, partenaire officiel de la Conférence Paris Climat (COP 21), dans une étude parue ce 3 décembre. Celle-ci se concentre sur les dommages directs causés aux biens par les aléas naturels, y compris les pertes d'exploitation. L'étude n'intègre pas les dommages corporels ainsi que les dommages causés aux récoltes non engrangées des exploitants agricoles.

Le climat, deuxième facteur du surcoût des dégâts

"Les coûts cumulés des dégâts liés à la sécheresse, aux inondations, aux submersions marines et aux effets du vent, sur cette période, augmenteraient de 90% en euros constants par rapport à ceux des 25 années précédentes", alerte l'Afa. Soit une hausse de 44 milliards d'euros.

Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce surcoût d'ici 2040. Le premier facteur est "l'enrichissement global de la France" (densité et valeur moyenne des logements, des entreprises, des biens des collectivités territoriales) qui "conduira naturellement à une augmentation des conséquences d'un événement climatique", expliquent les assureurs. Ce facteur "enrichissement" représente 43% du surcoût estimé, soit 19 milliards d'euros. Le changement climatique d'ici à 2040, et notamment les effets d'une hausse des températures, est le deuxième facteur. Son impact est estimé à 13 milliards d'euros. La répartition géographique des richesses sur le territoire métropolitain et la variation naturelle du climat auront quant à elles des conséquences évaluées respectivement à 8 et 4 milliards d'euros.

Ainsi, le coût de la sécheresse pourrait passer de 8 à 21 milliards d'euros d'indemnisations à l'horizon 2040. L'impact du changement climatique "est conséquent" et représente 60% de ce surcoût (soit 8 milliards d'euros). Concernant les inondations (issues des cours d'eau), l'addition passerait de 16 à 34 milliards d'euros. Soit +104% d'indemnisations par rapport à 1988 et 2013.

Facture salée des tempêtes

La France a également déjà subi 84 submersions marines, ces 30 dernières années. "La plupart sans conséquences majeures" hormis la tempête Xynthia en février 2010. Sur les 25 dernières années, le coût des submersions marines pour les assureurs a représenté 1 Md€ (dont 800 M€ pour Xynthia). D'ici 2040, l'Afa table sur un surcoût compris entre 3,2 et 4,2 milliards d'euros.

Les tempêtes, quant à elles, ont constitué l'aléa climatique le plus coûteux pour les assureurs depuis 1990. Les tempêtes Lothar et Martin de 1999 ont coûté 13,4 milliards d'euros. Leur caractère exceptionnel "amène à intégrer un facteur aléa climatique négatif" d'ici 2040. L'étude projette donc d'indemniser 33 milliards d'euros à cette échéance. Elle ne prend toutefois pas en compte les effets du réchauffement sur ce risque de tempêtes face à "une grande incertitude scientifique".

Des mesures de prévention et de protection à adapter

Cette étude "met en exergue l'importance d'adapter dès maintenant les politiques de prévention et le développement de la culture du risque dans notre pays", souligne le climatologue Jean Jouzel qui l'a préfacée.

Les assureurs observent en effet sur le terrain "des insuffisances" dans l'application "concrète" des politiques de prévention, estime l'Afa. Dans un livre blanc paru également ce 3 décembre, elle formule 34 propositions. Les assureurs appellent tout d'abord à intensifier les politiques publiques de prévention et protection. Comment ? En accélérant, notamment, le processus de prescription, d'approbation et de mise en oeuvre des Plans de prévention des risques littoraux (PPRL) non encore prescrits ou approuvés sur les communes prioritaires. Autre recommandation : réformer le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM) "tant du point de vue de sa gouvernance, de ses missions, de son contrôle que de sa maîtrise de la dépense". Les diagnostics des sols devraient également "être obligatoires", lors de toutes constructions ou cessions de terrain construit ou constructible, situées sur une zone répertoriée à risques et annexer le diagnostic à l'acte notarié du terrain.

L'Afa propose également des mesures visant à moderniser le régime d'assurance des catastrophes naturelles, en donnant la possibilité pour l'assureur de fixer "librement la franchise de cette garantie pour les contrats d'assurance couvrant des capitaux supérieurs à 50 M€, et pour ceux couvrant des collectivités territoriales quelle que soit leur taille". L'Afa recommande aussi de transférer l'indemnisation des sinistres résultant de la sécheresse "au régime de l'assurance de responsabilité décennale construction pour toute construction nouvelle répondant à l'obligation d'étude de sols".

"Ces publications constituent une contribution significative des assureurs français à la politique d'adaptation de notre pays au changement climatique", a déclaré Bernard Spitz, président de l'Afa. "Assureurs et réassureurs sont engagés dans la lutte contre le changement climatique à trois titres. Ils indemnisent les conséquences des aléas naturels. Ils organisent des mesures de prévention. Enfin, ils financent l'économie en investissant à long terme".

A l'initiative de l'Afa, 26 fédérations européennes et internationales d'assureurs et réassureurs ont appelé le 27 novembre les parties prenantes aux négociations, à parvenir à un accord permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici la fin du siècle. "Il nous semble essentiel aux côtés de nos homologues européens et internationaux d'appeler au succès des négociations", a ajouté M. Spitz. "Nous n'avons pas le choix : un monde à +2°C serait encore assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus", a prévenu en octobre dernier Henri De Castries, PDG d'Axa.

Réactions1 réaction à cet article

 

On peut faire confiance aux assureurs pour qu'ils ne soient pas pris au dépourvu par l'évolution des dépenses ; à leur place je profiterai de la pub sur le changement climatique pour créer une nouvelle taxe spécifique, applicable sur tous les contrats, comme la surtaxe "carburant" des compagnies aériennes, que l'on a oublié de faire disparaitre, lors de la baisse des cours.

Levieux | 07 décembre 2015 à 17h26
 
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