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Négociations climat : Fukushima pèse sur l'avenir du protocole de Kyoto

La reprise des négociations onusiennes sur la lutte contre les changements climatiques a abouti à l'adoption d'une "feuille de route" pour 2011. Faute de consensus politique, les négociateurs se penchent sur les détails techniques.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Négociations climat : Fukushima pèse sur l'avenir du protocole de Kyoto
Les négociateurs lors de la Conférence de Cancun
© UNFCCC
   

"Pour que Durban soit un succès, il faudra aborder les questions politiques qui n'ont pas reçu de réponse" à Cancun, prévenait Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à l'ouverture de la session de négociation de Bangkok (Thaïlande). La responsable onusienne estimait que "le plus important [est] le niveau d'ambition et la nature légale des engagements portant sur les réductions d'émission de gaz à effet de serre (GES) après 2012", rapporte l'AFP.

Le Japon plus que jamais réticent à prolonger le protocole de Kyoto

Au cœur de cette articulation entre les réductions des émissions de GES et les engagements contraignants, l'avenir du protocole de Kyoto à partir de 2013 reste un sujet de conflit récurrent entre pays riches et pays du Sud depuis l'échec de Copenhague.

En décembre 2010, à l'ouverture de la conférence de Cancun, le Japon avait fermement annoncé qu'il refusait d'envisager une deuxième période d'engagement sous le protocole "quelles que soient les conditions." Trois mois après, Akira Yamada, le négociateur japonais, confirme à l'AFP que les autorités japonaises n'ont pas "pas changé de position et n'en [changeront] pas !"

Si le Japon reste ferme sur ses positions, le regard porté par la communauté internationale a radicalement changé depuis Cancun. Après le tremblement de terre du 11 mars, l'arrêt d'une dizaine de réacteurs nucléaires et la catastrophe de Fukushima, "personne ne critique directement le Japon" constate Akira Yamada. La situation hors norme vécue par le Japon depuis un mois risque d'accroître durablement le recours aux énergies fossiles, rendant d'autant plus difficile un engagement du pays qui ne parvient pas à respecter l'objectif fixé pour la première période d'engagement du protocole.

Pire, l'engagement de réduire de 25% les émissions de GES d'ici 2020 par rapport à 1990, pris par l'actuel gouvernement japonais et inscrit en annexe de l'accord signé à Copenhague (Danemark), pourrait être remis en cause dans les mois à venir. Cet objectif "dépendait notamment de la construction de nouvelles centrales nucléaires", explique à l'AFP Naoyuki Yamagishi du WWF. De plus, le représentant du WWF anticipe, que "la grande incertitude dans laquelle se trouve le Japon le rende plus rigide dans les négociations."

Chacun campe sur ses positions

Par ailleurs, les Etats-Unis ont confirmé qu'ils s'opposent à un accord qui ne réunirait pas les principaux émetteurs de GES. L'AFP rapporte que Todd Stern, le principal négociateur américain a jugé qu'il faut abolir le "pare-feu" entre les pays émergents et les pays développés. "Beaucoup de pays en développement continuent à vouloir maintenir un pare-feu entre pays développés et en développement", a-t-il souligné, ajoutant que "c'est injustifié et incompatible avec la solution des problèmes." Et de conclure que les Etats-Unis "[n'approuveront] pas un nouvel accord qui maintiendrait une ligne de partage désormais dépassée." Une position d'autant plus ferme qu'alors que les négociateurs se réunissait à Bangkok, la Chambre des Représentants adoptait un texte empêchant l'Agence américaine de l'environnement (EPA) de réguler les émissions de GES. Si le texte n'a aucune chance de passer au Sénat américain, qui a déjà rejeté un texte similaire, dans une telle situation le négociateur américain ne peut que "réaffirmer que [les Etats-Unis respecteront leur] engagement" de réduire de 17% les émissions de GES d'ici 2020 par rapport à 2005, face au scepticisme de certains interlocuteurs.

L'Union européenne, pour sa part, devrait se prononcer "d'ici l'été", selon Serge Lepeltier, le nouveau négociateur français, précisant que "la France est l'un des pays qui poussent le plus pour ça, mais c'est vrai que ce n'est pas encore arbitré au niveau européen." Reste que selon l'ancien ministre de l'écologie, il ne faut pas qu'il "n'y ait que l'Europe" à s'engager de nouveau. Une condition qui semble particulièrement difficile à remplir à l'heure actuelle.

À l'opposé, la plupart des pays en développement font du prolongement du protocole une condition préalable à leur engagement. Ils tiennent en particulier au maintien de la reconnaissance des "responsabilités historiques" sous-jacente à l'effort contraignant auxquels ont souscrit les signataires du protocole.

Un agenda de négociation pour 2011

Faute de progrès sur l'avenir du protocole, les négociateurs cherchent à concrétiser certains points de l'accord obtenu à Cancun en décembre 2010. Cependant, de nombreux pays en développement estiment que cette approche détourne les négociations du sujet le plus sensible, c'est-à-dire la limitation à 2°C de la hausse de la température moyenne du Globe d'ici à la fin du siècle par rapport à l'ère préindustrielle. Une situation qui tourne au blocage aussi bien sur les thèmes politiques que techniques.

"Notre sentiment général est que les choses avancent lentement, beaucoup trop lentement au goût de l'Europe", a déclaré Connie Hedegaard, la commissaire européenne au Climat, citée par l'AFP. Pour la Commissaire européenne, "à ce rythme, nous n'arriverons jamais à boucler notre programme d'ici la fin de l'année" car "On perd trop de temps à débattre sur la forme. Il est urgent de se pencher sur le fond." Un avis partagé par Dessina Williams, la représentante de l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis), qui juge que "passer autant de temps sur les questions procédurales est extrêmement frustrant".

Que retenir finalement de cette première réunion annuelle ? Rien de bien concret, si ce n'est une "feuille de route" encadrant les négociations de 2011 jusqu'à la conférence de l'ONU de Durban (Afrique du Sud) en décembre.

Comme de coutume, la secrétaire exécutive de la CCNUCC a qualifié de "positive et constructive", la rencontre de Bangkok. Cependant, Christiana Figueres a aussi admis une certaine déception et "[devoir] confesser [qu'elle pensait] que ça irait plus vite que ça." Une position qui tranche avec l'optimisme habituel des responsables onusiens.

Les négociateurs se retrouveront du 6 au 17 juin pour une deuxième session de négociation à Bonn (Allemagne).

Réactions1 réaction à cet article

 

merci moi je pense que le Japon doit faire ce qui l'arrenge cela est un droit indeniable

ab dourrahmane | 14 avril 2011 à 10h54
 
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