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Centre de stockage réversible profond de déchets nucléaires, le débat s'ouvre en France

C'était écrit dans la loi de 2006 et c'est décidé : le débat public sur le projet de stockage géologique de déchets nucléaires HAVL et MAVL se déroulera cette année. Décryptage des enjeux en cette veille du lancement de la procédure.

Diaporama  |  Déchets  |    |  Camille Saïsset Actu-Environnement.com
Centre de stockage réversible profond de déchets nucléaires, le débat s'ouvre en France

Dans sa séance du 6 février 2013, le président de la Commission nationale du débat public (CNDP) a décidé du calendrier du débat public sur le projet de création d'un centre de stockage réversible profond de déchets radioactifs en Meuse/Haute-Marne, appelé Cigéo comme Centre industriel de stockage géologique par l'Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra), maître d'ouvrage. Il se déroulera en 15 réunions publiques et sur le net durant deux périodes : du 15 mai au 31 juillet et du 1er septembre au 15 octobre. Ce calendrier conforme à la loi de 2006 relative à la gestion des déchets radioactifs, s'accompagne de deux recommandations : qu'à l'occasion du débat soient explicitées les questions financières et l'adaptabilité du projet aux évolutions de la politique nucléaire. La première fait écho à l'absence de visibilité sur les investissements nécessaires à la réalisation du projet : l'annonce par l'Andra d'une augmentation des coûts de 15 Mds€ (chiffre 2005) à 35 Mds€ (chiffre 2009) a fait bondir les producteurs de déchets et tarit toute évocation du sujet. La seconde fait écho au débat actuel sur la transition énergétique, et l'exigence d'une quarantaine d'associations que celui-ci ne se déroule pas en simultané avec le débat public sur le projet de Cigéo, afin de permettre leur contribution aux deux dynamiques. Une exigence absolue sur le plan national, relative sur le plan local étant donné qu'à l'heure actuelle, ce débat sur la transition énergétique n'est pas encore lancé dans les Régions Lorraine et Champagne-Ardenne concernées par le projet de Cigéo.

A la veille du lancement du débat public, une visite Ministérielle...

Le laboratoire de Meuse/Haute-Marne, dit "de Bure", géré par l'Andra et dédié aux études sur le stockage géologique de déchets nucléaires préfigure les installations souterraines du Cigéo de part le dimensionnement de ses galeries et de ses alvéoles de stockage. Pour se rendre compte de la réalité, la ministre en charge de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie Delphine Batho est venue le visiter lundi 4 février, avant de présider la première réunion du Comité de Haut Niveau du quinquennat du Président F. Hollande. "Le stockage géologique apparaît comme la solution de référence, la plus sûre. Il est normal qu'il y ait ce débat public. C'est ce qu'a prévu la loi de la République", a-t-elle déclaré à cette occasion rappelant au passage les 3 principes auxquels elle tient : "réversibilité, démocratie et transparence".

Dans les galeries souterraines du laboratoire, seul un discret signe en noir et blanc devant une porte fermée suggère la manipulation d'échantillons de matières radioactives. En cette veille du débat public et par conséquent de Demande d'autorisation de construction (DAC) du stockage souterrain de déchets nucléaires de haute et de moyenne activité à vie longue (HA et MA à VL), dont la date, 2015, est également inscrite dans la loi de 2006, la ministre a eu droit à la présentation des travaux de recherche en cours.

 
L'ampleur des besoins du Cigéo Selon la version du 24 janvier 2013 du Dossier du maître d'ouvrage (DMO) du débat public circulant sur le net avant même le lancement du débat public, le creusement des installations souterraines du Cigéo généreront 10 M de m3 de déblais « sur plus de 100 ans ». Les déchets industriels produits lors de la phase de construction sont estimés à 2 800 t/an, et à 1 000 t/an durant la phase d'exploitation.
L'approvisionnement en matériaux de construction durant la phase de construction du Cigéo nécessitera jusqu'à plus de 200 camions/jour, correspondant à 40/60 wagons/jr ou à 8/12 barges/jr. Les conditions actuelles d'approvisionnement en eau du laboratoire (par le forage d'un village de Haute-Marne) ne suffiront pas à répondre aux besoins du Cigéo, évalués à 500 m3/jr durant la phase travaux et à 100 m3/jr durant la phase exploitation. De même, si le laboratoire n'a pas eu besoin de se raccorder à la ligne THT 400 000 V Fessenheim-Méry sur Seine qui passe à proximité. Avec un besoin en électricité estimé à 90 MegaW, le Cigéo l'imposera, et par conséquent la construction d'un poste de transformation électrique.
 
Depuis 2005, 1,5 Mds€ ont été investis par l'Andra dans la recherche sur le stockage géologique de déchets nucléaires, dont 100 M€/an sur le laboratoire, précisera Marie-Claude Dupuis, la Directrice Générale de l'Andra. Ces travaux de recherche vont se poursuivre jusqu'en 2030 au moins, date de fin d'autorisation d'exploiter ce laboratoire, voire au-delà. Elles vont aussi se poursuivre dans les infrastructures mêmes du Cigéo, dont la mise en exploitation, en 2025, est aussi inscrite dans la loi.

Après cette visite, la ministre a rapidement reçu des représentants du mouvement d'opposition au projet Cigéo, dont certains en appellent au "boycott" du débat public qu'ils jugent "tronqué et trompeur". "La campagne électorale de François Hollande basée sur le « changement » et l'assainissement de la vie publique conduisait à un changement d'attitude vis-à-vis de ce projet, ce n'est pas le cas", a déclaré Michel Marie, permanent du Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) et représentant des associations d'opposants au conseil d'administration du Comité local d'information et de Suivi (Clis) du laboratoire.

Le soir même, le Clis tenait justement une Assemblée générale avec un débat initié par l'opposition, portant sur la démarche menée depuis 10 ans déjà par cette instance de concertation, afin d'évaluer le potentiel géothermique du territoire. L'enjeu est grand : si cette ressource s'avérait bien réelle, cela contredirait tout stockage de déchets nucléaires en cet endroit. Autre sujet à l'ordre du jour de cette AG : une modification des statuts du Clis concernant la représentativité au CA des organisations professionnelles, y compris agricoles qui n'y siègent pas. Pourtant, les agriculteurs sont directement concernés par le projet Cigéo, qui porte à 650 ha les terres déjà acquises par l'Andra (chiffre mai 2011) et à 324 ha les réserves acquises pour son compte par la Safer de Meuse et à 315 par celle de Haute-Marne (chiffres février 2012).

… Et une réunion du Comité de Haut Niveau

Pour la première fois, le Comité de Haut Niveau a vu la participation d'élus locaux, mais pas de tous ceux concernés par la Zone d'intérêt pour les recherches approfondies (ZIRA). En sortie, la ministre a annoncé la création d'un poste au sein de la Préfecture de Meuse, chargé d'élaborer le schéma interdépartemental de développement du territoire Meuse Haute-Marne destiné à accompagner le projet industriel Cigéo. Une ébauche de ce schéma a émergé fin 2012, portant notamment sur les aménagements routiers, ferroviaires et fluviales pour répondre aux besoins de transport de 3 "colis" de déchets/jour. Il devrait se discuter lors du débat public. Car si certains élus locaux rappellent que leur territoire a voté pour un laboratoire en 1994 et non pour un centre de stockage, d'autres se plaignent d'un manque de vision d'avenir pour élaborer leur SCOT ou autre projet d'aménagement.

Autre annonce de la ministre : la relance du projet de participation du CEA au développement local via le projet Syndièse : une usine de transformation de bois en carburant. "Classée Seveso" selon un élu local, elle nécessiterait un coût d'investissement inférieur à l'exigence de débat public.

Réactions5 réactions à cet article

 

Si les principes du débat de "réversibilité, démocratie et transparence" sont respectés, c’est ambitieux et courageux.
Mais y a-t-il d’autres alternatives, moins risquées ? car je pleins les élus et les populations, mis devant le fait accompli.

Pourquoi ne pas laisser les producteurs de déchets et exploitants de centrales atomiques trouver une solution et la financer seuls. Un peu comme tous les citoyens "normaux".
Alors que cela fait des années que l’on se débat (et que l’on ne débat pas) avec ce problème des déchets nucléaires, avant de tout cacher sous le tapis, n’y avait t’il pas quelques problèmes techniques à résoudre ? Tels le risque d’explosion du à l’hydrogène (news du 28 juin 2012, sur ce site) et autres petits détails irréversibles.

velka | 08 février 2013 à 10h54
 
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@valka

C'est ça, continuez a faire peur, la peur aide a réfléchir...C'est bien connu.

les solutions existent, comme la transmutation et l'enfouusssment de tel sorte que les déchets ne sressortiront jamais avant leur pahse d radicatvoté neutre. c'est bien l'obejt du centre cgeo.

Après, certains pensent que c''est moins risqué de balancer des millions de tonnes de CO2, entre autres, dans l’atmosphère, mais chacun son choix... Le court terme domine, et dans cette période, le charbon, le fioul et le gaz ne sont pas les meilleurs solutions pour le réchauffement, un pb de long terme.

Atomicboy44 | 10 février 2013 à 02h43
 
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Salut AtomicBoy44
Je suis plutôt d'accord avec toi pour ne pas passionner le débat en "c'est leur problème qu'ils le règlent".
Toutefois ta logique m’interpelle (ou me dépasse au choix):

"les solutions existent [...] les déchets ne ressortiront jamais avant leur phase de radioactivité neutre" (je me suis permis de corriger tes fautes de frappe au passage).

Comment on s'assure qu'ils vont y rester pendant plusieurs milliers d'années? Pour rappel l'homme peignait Lascaux il y a 16 000 ans. On sera quoi dans 16 000 ans de plus?

Alors si les gaz à effets de serre sont bien un problème à long terme, il en est de même pour les déchets nucléaires.

baudou1 | 11 février 2013 à 16h31
 
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Bonjour Velka
Juste une précision à la lecture de l'article et des comentaires :
Ce sont bien les exploitants de centrales et les producteurs de déchets (EDF, Areva,CEA essentiellement) qui vont financer ce centre Cigéo.
Par contre c'est l'Andra qui a en charge l'étude et la mise en place de la solution qui sera retenue.

hbiw13 | 13 février 2013 à 17h22
 
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@Baudou
"Comment on s'assure qu'ils vont y rester pendant plusieurs milliers d'années ?"

Le conteneur en INOX c'est 10 000 par piquetage minimum, démontré en laboratoire. Le Verre dans lequel est stocké la matière radioactive, c'est 400 000 ans. Les mouvements de l'argile se mesurent en plusieurs millions d'années, et il suffit de prendre des échantillons d'argile actuel pour voir ses mouvements et d'en dater les fibres ou matières qui permettent de la faire (fossiles de végétaux ou d'animaux, carbone 14...). Ça, c'est du travail de géologue.

De toute façon, il va bien falloir faire quelque chose avec ces matières dangereuses. Ce quelque chose se fera inékluctablement sur la planète, car il n'y a pas d'autres moyens. Soit on les stockent sous controle et on les rependra plus tard, soit on renvoient dans le manteau déjà radioactif, lui. Mais la, c'est compliqué de pas faire de plus grosses conneries. Le premier pb c'est le Pu239 car c'est lui qui concentre le plus de toxicité (en fait, plus de 90% de celle-ci dans les actinides), mais dans des RNR, il deviendra moins gênant.

Je vous remercie de m'avoir corrigé, mais pourquoi écarter tout de suite la solution de la transmutation dans votre correction ? Corriger n'est pas tronquer. Je sais que ce mot parait fantaisiste, mais cette opération a maintes fois été démontrée en Laboratoire.

Atomicboy44 | 17 avril 2013 à 03h23
 
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