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Le Cereq confirme ''l'inadéquation formation-emploi'' dans l'environnement

Les jeunes diplômés issus de formations liées à l'environnement rencontrent plus de difficultés d'insertion que leurs homologues. En cause, une offre de diplômes qui passe à côté des besoins des entreprises, confirme le Cereq.

Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
Le Cereq confirme ''l'inadéquation formation-emploi'' dans l'environnement
   

Alors que la croissance verte promet un afflux d'emploi, une étude du Service d'observation et statistiques (SOeS) du Commissariat général au développement durable (CGDD) montrait déjà en mars 2010 que les étudiants formés en environnement peinaient à accéder rapidement à un emploi durable. D'autant le SOeS a observé un ralentissement du marché du travail du secteur. En 2008, le nombre de demandeurs d'emploi dans l'environnement a augmenté plus rapidement (+1,8%) que pour l'ensemble des demandes (0,7%). Tandis qu'en 2009, début de la crise, la hausse des demandes d'emploi sur les métiers environnementaux a atteint +27% !

Côté insertion professionnelle : le Centre d'études et de recherches sur la qualification (Cereq) et le SOeS ont analysé en 2007 les débouchés des étudiants et élèves, trois ans après la sortie de leurs formations en 2004. Dans cette étude co-pilotée, il est rappelé que ''l'explosion de l'offre de formation dans le domaine de l'environnement, débouche sur une arrivée massive de ces jeunes diplômés sur le marché du travail''. A la rentrée 2007-2008, 50.000 élèves et étudiants étaient inscrits en dernière année des formations initiales en environnement allant du CAP au master, alors qu'ils étaient 10.700 en 2004. Ainsi, la protection de la nature et l'aménagement du territoire restent en tête des formations universitaires de niveau I (DEA, DESS, master, diplôme d'ingénieur, doctorat) et de niveau II (licences généralistes et professionnelles) alors que les offres d'emploi dans ce domaine sont peu nombreuses. À l'inverse, la spécialité "Prévention et réduction des pollutions" attire beaucoup moins d'étudiants alors que les offres d'emploi sont plus nombreuses  dans ce secteur et que les salaires y sont plus élevés.

''Une insertion moins bonne que la moyenne''

En termes de formations, les meilleurs diplômes pour s'insérer sur le marché du travail sont le BAC, puis les BTS et DUT et enfin le doctorat. Les CAP-BEP, les DEUG et les maîtrises sont en revanche ''des diplômes ne permettant pas une insertion rapide sur le marché du travail'' aux côtés des non-diplômés. S'agissant des spécialités : "Forêts, espaces naturels, faune sauvage, pêche" s'avère être celle qui peine le plus à offrir une insertion de bonne qualité. Alors que ''les sortants des spécialités "Nettoyage, assainissement, protection de l'environnement", "Aménagement du territoire, développement, urbanisme" (...) ont respectivement 1,6 et 2,2 fois (...) plus de chances de s'insérer rapidement et durablement dans la vie professionnelle". Enfin, la discrimination sexuelle n'est pas en reste dans les métiers environnementaux : un homme a 1,6 fois plus de chances qu'une femme de s'insérer rapidement.

Vers un désenchantement des jeunes diplômés

Assisterait-on à une bulle des formations environnementales ? Oui, affirme le Cereq. ''Ces effectifs participent à l'afflux croissant d'offreurs de travail sur le marché, rendant les probabilités d'embauche plus faibles. Le décalage apparaît réel entre les aspirations des étudiants et des concepteurs de programmes de formation d'un côté, et la réalité du marché de l'emploi de l'autre'', explique-t-il.

Conclusions : les sortants des formations environnementales ont ''une probabilité d'accès rapide et durable à l'emploi de 35 % inférieure à celle des sortants de l'ensemble des formations''. En moyenne, entre 2004 et 2007, ils ont passé 8 mois au chômage, contre 5,7 mois pour l'ensemble des formations. Les sortants ''ont  32,7 % de risque supplémentaire de se retrouver durablement en dehors de l'emploi'', estime le Cereq. Les salaires médians resteraient également inférieurs en moyenne, selon l'étude. En moyenne, ils s'élèvent à 1.280 euros brut pour un premier emploi mais reste inférieur à celui des formations de même niveau (1.300 euros). Après 3 ans, le salaire médian des jeunes diplômés s'établirait quant à lui à 1.600 €/mois (contre 1.670 toutes formations confondues). Le salaire médian pour les sortants des domaines ''Pollutions, nuisances et risques : industrie et construction'' resterait en revanche supérieur (1.740 €/mois).

''Nous assistons à un véritable désenchantement lorsque ces jeunes sont confrontés à la réalité du marché du travail. L'absence de hiérarchie claire des niveaux de diplôme pour l'insertion professionnelle confirme qu'aujourd'hui l'adéquation entre l'offre et la demande de travail n'est pas mûre", conclut le Cereq.

Alors que faire pour inverser la tendance ? L'opportunité de travail résiderait plutôt dans le ''verdissement d'emplois traditionnels (bâtiment, logistique…)'' - prôné par le gouvernement dans son plan des métiers de la croissance verte d'ici 2020 - ''que dans la création nette d'emplois radicalement nouveaux'', note l'étude. Reste malgré tout à proposer des formations adéquates pour répondre à ces métiers ''verts et verdissants'', comme le soulignait aussi en juillet dernier Pôle Emploi dans une étude. S'agit-il d'un ''décalage temporel d'ajustement entre une offre de travail en forte croissance et une demande décalée temporellement ou économiquement ?, se demande le Cereq. Cette bulle va-t-elle se résorber d'elle-même ou va-t-on assister à une maturation du secteur dans les prochaines années ?, s'interroge-t-il encore. Autre question : faut-il alors mettre en place ''un accompagnement à l'entrepreneuriat dans le domaine des risques et de l'environnement'' conjointement à un renforcement des normes et réglementations pour ''contribuer'' à l'insertion des diplômés ? Autant dire qu'après un constat tardif d'une situation déjà bien connue, l'étude pose plus de questions qu'elle n'apporte de solutions. 

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