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Certification des énergies renouvelables : la première mise en œuvre de la blockchain en France ?

La blockchain ouvre des possibilités nouvelles pour les énergies renouvelables. Sa structure permet de garantir les origines des productions, un point majeur dans un contexte de multiplication des offres d'énergie verte. Détail avec Vivien Fourcade et Isabelle Viennois de CGI Business Consulting.

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Environnement & Technique N°374 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°374
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La multiplication des offres en matière d'énergie renouvelable, électricité et bio-méthane, par les fournisseurs hexagonaux tels Direct Energie, ekWateur, ou ENGIE pose la question de la certification du caractère renouvelable de l'énergie. Cette dernière est essentielle en raison de l'intermittence de la production d'énergie renouvelable et de l'impossibilité de la distinguer physiquement des énergies grises. Cette certification est d'ailleurs une obligation légale pour les fournisseurs via les registres de garanties d'origine.

A l'heure où le renouvellement des délégations de service public aux gestionnaires de ces registres approche, la pertinence de la blockchain pour certifier le caractère renouvelable de l'énergie est plus que jamais d'actualité.

Comment la blockchain permet-elle de certifier l'origine renouvelable de l'énergie ?

La blockchain présente plusieurs fonctionnalités, qui permettent de certifier l'origine renouvelable de l'énergie à savoir :

  • un registre sécurisé, qui à l'instar d'un livre de compte permet de tracer, d'horodater et de stocker des données et des transactions de façon sécurisée grâce à des procédés cryptographiques avancés et une procédure d'authentification reposant sur un système de double clé (clé privé et clé publique),
  • un registre partagé et décentralisé, accessible à tous les membres et qui permet d'effectuer des transactions en temps réel, qui sont ensuite enregistrées pour toujours dans le registre et traçables à tout moment,
  • un registre actif, qui au moyen de contrats virtuels (Smart Contract), permet l'automatisation de transactions si certaines conditions spécifiques sont réunies.

Quels sont les avantages de la blockchain pour la gestion des garanties d'origine ?

La blockchain présente plusieurs avantages décisifs pour la gestion des registres de garanties d'origine :

  • Elle assure la traçabilité et l'inviolabilité des certificats de garanties d'origine, ainsi que la sécurité des opérations sur le registre ;
  • Elle permet une réduction des coûts pour les utilisateurs du registre, grâce à la suppression des frais d'utilisation du registre et une baisse drastique du coût des opérations, remplacés par des coûts de minages bien moindres ;
  • Elle rend possible l'automatisation des opérations et des transactions.

A court terme, la création automatique de garanties d'origine pourrait se faire, soit sur la base des données de production d'énergie transmises par les gestionnaires de réseaux, soit via des capteurs spécifiques in situ. Le transfert automatique de garanties d'origine entre les acteurs du marché liés par un contrat de fourniture serait exécuté automatiquement par des Smart Contract. Quant au transfert par trading, l'automatisation est envisageable à moyen terme via des algorithmes complexes, adossés à des Smart Contract à développer. Etant donné l'intégration des marchés européens de garanties d'origine via l'AIB, une automatisation du trading nécessiterait que les autres registres nationaux optent aussi pour la technologie blockchain.

La blockchain permettrait aussi d'automatiser à court terme l'annulation des garanties d'origine : soit à l'issue de leurs dates de validité, soit lors de leurs utilisations par les fournisseurs, ou sur la base des données des gestionnaires de réseaux.

Quelles sont les menaces et les opportunités de la blockchain pour les gestionnaires de registre ?

La propriété révolutionnaire de la blockchain qu'est la désintermédiation des tiers de confiance fait peser une menace forte sur les gestionnaires des registres de garanties d'origine, Powernext et GRDF.

On peut imaginer que les utilisateurs des registres décident la création d'un consortium blockchain afin d'ubériser Powernext et GRDF. Un tel consortium pourrait avoir pour objectif de mettre en œuvre une alternative blockchain et de faire pression auprès des autorités pour y basculer la gestion du registre. On pourrait également imaginer que ce consortium se porte candidat aux appels d'offres de renouvellement des délégations de service public.

Autrement envisageable, le gouvernement pourrait décider de profiter du renouvellement des délégations de service public pour opérer un changement en faveur de la blockchain. Ce changement pourrait s'effectuer en choisissant un délégataire chargé d'assurer la transition entre le registre actuel et le registre sur blockchain.

Afin de conserver la gestion du registre, surtout si cette activité s'avère stratégique bien qu'elle ne soit pas très lucrative, Powernext et GRDF pourraient proposer de basculer le registre sur la blockchain dans le cadre du renouvellement de l'appel d'offre. Cette option leur permettrait de garder la gestion du registre, de diminuer les frais et de réduire fortement les velléités de désintermédiation des fournisseurs d'énergie.

Une technologie prometteuse et appelée à devenir incontournable

Les nombreux avantages de la blockchain pour la certification des énergies renouvelables et la gestion des registres de garanties d'origine concourent à la rendre incontournable à moyen terme. Hormis des inconvénients systémiques (impossibilité de modifier ou d'effacer les données dans la blockchain, infrastructure spécifique à adopter), la blockchain ne présente pas d'inconvénients majeurs pour le cas qui nous intéresse ici. La technologie est certes amenée à évoluer dans les prochaines années, mais elle est suffisamment mature pour opérer les registres de garanties d'origine. Il ne reste plus qu'à savoir par qui et sous quelle forme. Gageons que les acteurs qui se lanceront les premiers seront les grands gagnants de la blockchainisation.

Avis d'expert proposé par Vivien Fourcade et Isabelle Viennois, respectivement consultant pour les activités Energie & Utilities et directrice des activités conseil Energie & Utilities chez CGI Business Consulting

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour,
merci pour cet article éclairant et optimiste.
Cordialement,

Isabelle Meurville | 10 octobre 2017 à 11h35
 
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Pour info,chez ekWateur la block chain est déjà une réalité : nous acceptons le § SolarCoin comme moyen de paiement, c'est à dire que nous utilisons déjà la blockchain pour permettre à nos clients de choisir leur producteur solaire avec traçabilité garantie :-)

Julien Tchernia | 11 octobre 2017 à 10h31
 
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