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Chaleur renouvelable : la concurrence des énergies fossiles plombe les filières

Le développement de la chaleur renouvelable est en berne. Les bas tarifs des énergies fossiles ne la rendent pas compétitive. Seule une hausse de la contribution énergie-carbone et un soutien étatique plus marqué pourraient changer la donne.

Energie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°370 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°370
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L'énergie, ce n'est pas que l'électricité : 47% de l'énergie est consommée en France sous forme de chaleur. A l'heure actuelle, seuls 18% de cette consommation sont assouvis par de la chaleur d'origine renouvelable ou de récupération. En cause ? Une concurrence accrue des énergies fossiles et notamment du gaz qui fournit aujourd'hui 30% des besoins. Pourtant, la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) fixe des objectifs ambitieux : la chaleur renouvelable devra répondre à 38% des besoins de chaleur d'ici à 2023 avec une production de 19 Mtep soit un doublement par rapport à aujourd'hui. Un défi pour ce secteur qualifié de "géant dormant".

La géothermie à la traîne

 
Il va falloir accroître la production de chaleur de 1 à 2 Mtep tous les cinq ans  
Alexandre Dozières, ministère de l'Environnement
 
La première filière à être mise à contribution sera la biomasse car "c'est la moins chère", estime Alexandre Dozières, chef de bureau des économies d'énergie et de la chaleur renouvelable au ministère de l'Environnement. "Il va falloir accroître la production de chaleur de 1 à 2 Mtep tous les cinq ans", a-t-il prévenu à l'occasion d'une journée de l'Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate) dédiée à la chaleur renouvelable. Le second segment sur lequel il faudra s'appuyer sera les pompes à chaleur (PAC). "Les PAC ont dépassé leurs objectifs pour 2017 et la France est le premier marché européen", rassure Alexandre Dozières. Les pompes à chaleur devront produire 2,2 Mtep en 2018 contre 1,6 Mtep en 2016.

Le ministère mise également sur les filières matures du biogaz (production à multiplier par cinq entre 2012 et 2018) et de la géothermie de basse et moyenne énergie (production à multiplier par deux entre 2012 et 2018). Des objectifs qui, selon l'Association française des professionnels de la géothermie (AFPG), ne seront pas atteints vu le rythme actuel. "Le marché de la géothermie pour les particuliers décline. Le cadre n'est plus assez incitatif, l'aérothermie reste moins chère à mettre en place. Dans la construction neuve, le gaz reste privilégié", regrette Jean-Jacques Graff, président de l'AFPG.

Selon une étude réalisée par l'association en septembre 2016, le marché des pompes à chaleur géothermique (PACg) pour le secteur du particulier a chuté d'environ 15% chaque année depuis 2010. Le marché du collectif et du tertiaire arrive à se stabiliser car les grosses puissances en jeu ont peu de concurrence avec l'aérothermie, les coûts d'exploitation sont bas et la technologie permet de produire de la chaleur et aussi du froid en été, un atout majeur. Le parc d'installation géothermique a atteint 2.280 MWth fin 2015. La PPE vise 4.440 MWth fin 2030 soit un rythme annuel de 145 MWth. "Nous n'y sommes pas", prévient Jean-Jacques Graff.

Des soutiens multiples mais incohérents

Pour encourager la chaleur renouvelable, le ministère a prévu toute une panoplie de soutiens financiers pour "aider au passage à l'acte" : règlementation thermique des bâtiments pour rendre les énergies renouvelables incontournables, consultation pour limiter les conflits d'usage en matière de biomasse, crédit d'impôt sur les équipements économes (CITE), fonds Air bois pour encourager le chauffage au bois, sans oublier les aides supplémentaires des collectivités. Mais les professionnels de la géothermie et du solaire thermique dénoncent des aides incohérentes : "Le CITE de 30% est également accordé aux installations de gaz. Il faudrait une incitation supplémentaire spécifique aux énergies renouvelables", demande Jean-Jacques Graff. "Il manque de l'équité entre les technologies, remarque François Gibert, vice-président d'Enerplan. La réglementation actuelle détruit le solaire thermique". Si les deux filières attendent beaucoup de l'Etat, pour Alexandre Donzière du ministère de l'Environnement, la priorité doit être d'accélérer le fonds chaleur en doublant son enveloppe. Une promesse de Ségolène Royal, qui n'a pas été tenue mais qui reste nécessaire.

Le développement de la chaleur renouvelable dépend beaucoup du prix des énergies fossiles avec lesquels elle est directement en concurrence. Une chaudière biomasse coûte encore 3 à 4 fois plus cher que son équivalent gaz. Pour Rémi Chabrillat, directeur Productions et Energies durables à l'Ademe, le fonds chaleur avec ses subventions permet de combler le fossé et rendre plus attractive la chaleur renouvelable. "Mais la baisse du prix du gaz ces dernières années renchérit les projets et ne permet pas au fonds chaleur d'en soutenir davantage". Le fonds chaleur a financé, entre 2009 et 2016, 3.900 projets pour un budget d'1,6 millions d'euros. Depuis 2014, il soutient plus fortement la récupération de chaleur fatale, la géothermie par PAC ou encore le biogaz et un peu moins la biomasse solide. Pour Rémi Chabrillat, le renforcement de la compétitivité de la chaleur renouvelable passera inéluctablement par une hausse de la contribution climat énergie (CEC). "C'est un élément fondamental. C'est le socle qui définit le niveau de soutien pour rétablir une forme de compétitivité entre les énergies fossiles et les énergies renouvelables. Avec une CEC à 100 euros la tonne en 2030, le gaz coûte 20 euros supplémentaires par MWh", illustre le spécialiste.

Des réseaux de chaleur en manque de notoriété

Le développement de la chaleur renouvelable passera également par les réseaux de chaleur. La PPE est claire sur ce point : il faut multiplier par cinq la quantité de chaleur distribuée en réseau. La France compte aujourd'hui 559 réseaux de chaleur contre 365 en 2015. Le taux d'utilisation d'énergie renouvelable ou de récupération atteint 50% contre 30% en 2008, ce qui montre la bonne progression en la matière. Mais cela reste insuffisant. Il va falloir agrandir et surtout accroître le nombre de réseaux de chaleur.

Pour cela, en décembre 2016, la ministre Ségolène Royal a lancé un appel à mobilisation des collectivités de plus de 10.000 habitants. Car pour réaliser ce facteur 5 prévu par la loi de transition énergétique, six à huit millions de logements devront être raccordés à un réseau de chaleur, selon l'association Amorce. Mais l'appel ne semble pas prendre dans les collectivités. "Nous avons organisé avec l'Ademe une première réunion d'information dans une région mais malheureusement aucune collectivité invitée n'a répondu présente", regrette Nicolas Garnier, délégué général de l'association Amorce. "Le réseau de chaleur est l'alpha et l'omega d'un plan climat", argumente-t-il. C'est donc tout un travail de sensibilisation que l'association doit mener pour convaincre les villes de sauter le pas : "L'avenir des réseaux de chaleur se situe dans le réseau urbain dense ancien. Il faut leur démontrer que s'ils ne le font pas, ils vont le regretter", explique Nicolas Garnier qui argumente : "Alors qu'un cinquième des Français est en précarité énergétique, le réseau de chaleur livre une énergie compétitive et dont le prix est stable". Mais l'envergure et le coût des travaux peuvent rebuter de nombreux maires frileux à l'idée de s'endetter. Pour Nicolas Garnier, il est donc plus qu'urgent de "requalifier le soutien à la chaleur renouvelable" en "réinventant une nouvelle ingénierie financière" au travers d'un "fonds chaleur 2.0".

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