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Alors que le climat change, les prévisions météo sont-elles encore fiables ?

Les événements météorologiques extrêmes survenus cet été questionnent le rôle qu'y joue le changement climatique et la fiabilité des alertes météo. Dès la rentrée, Élisabeth Borne va lancer l'élaboration d'un nouveau plan national d'adaptation.

Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet
Alors que le climat change, les prévisions météo sont-elles encore fiables ?

Canicules record, sécheresses inédites et orages dévastateurs... Avec la multiplication des événements météorologiques extrêmes qu'a connus la France cet été, peut-on encore se fier aux prévisions météorologiques ? L'idée d'un changement climatique progressant plus vite que les prévisions établies par les scientifiques est pourtant contestée par de nombreux météorologues et les climatologues, ce que confirme à Actu-Environnement Fabio D'Andrea, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique de l'École normale supérieure à Paris. Le scientifique souligne d'abord l'importance de comprendre la distinction entre la météo et le climat, « différents, pas seulement en termes d'échéance de la prévision météorologique, mais aussi de la nature même de la prévision ».

La météorologie décrit le temps qu'il fait à un instant donné et prévoit le temps qu'il fera sur un temps court (jour, semaine, trois mois au maximum). Les prévisions météorologiques sont déterminées « à tel endroit, à tel moment » pour estimer « telle température, telles précipitations, telle pression atmosphérique, etc. », rappelle-t-il. En revanche, la prévision climatique, « de type statistique, s'intéresse à des moyennes de probabilités d'événements qui sont étudiées sur le long terme ». Les modèles climatiques fournissent des scénarios plausibles de l'enchaînement des conditions météorologiques pendant plusieurs décennies, notamment en fonction de l'évolution des teneurs en gaz à effet de serre.

Les modèles météo intègrent la donne du changement climatique, mais…

« On peut imaginer que le changement climatique puisse modifier, de manière moyenne et permanente, certains paramètres de l'atmosphère, et que certaines parties des modèles de prévisions pourraient être moins adaptées à cette nouvelle distribution de paramètres due au changement climatique. Or, dans les faits, il n'y a aucune étude (actuelle) qui montre si, d'un côté, les prévisions des modèles sont moins bonnes depuis qu'il y a le changement climatique. Il n'y a aucune preuve de cela ni aucun indice. Et de l'autre non plus, il n'y a pas d'études, à ma connaissance, qui disent que la prévisibilité même de l'atmosphère soit changée à cause du changement climatique », explique Fabio D'Andrea.

 
Il n'y a pas d'études, à ma connaissance, qui disent que la prévisibilité même de l'atmosphère soit changée à cause du changement climatique.  
Fabio D'Andrea, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique
 
Le changement climatique « ne compliquera pas plus que cela les prévisions météo, a aussi assuré, à Libération, Jean-Pierre Chaboureau, chercheur au Laboratoire d'aérologie de l'université de Toulouse-CNRS. Car les modèles météo sont basés sur les équations de la physique, or celle-ci ne change pas, elle est universelle. Ce qui change, ce sont les conditions de l'atmosphère, températures ou humidité. Or les modèles intègrent cette nouvelle donne du changement climatique et ses conséquences ».

… les orages restent difficiles à prévoir

Fabio D'Andrea met aussi en avant l'amélioration de la qualité des prévisions météorologiques depuis les années 1980, grâce aux progrès de l'observation (avec les données satellitaires), à des modèles de prévision plus précis et à une puissance de calcul accrue. Face aux épisodes climatiques extrêmes qu'a connus la France cet été 2022, la pression s'est accentuée sur Météo-France et ses alertes. Depuis la mi-juin dernier, l'organisme a prédit les quatre vagues de chaleur qui ont touché l'Hexagone, y compris encore cette semaine. Mais après les orages meurtriers et les vents violents qui ont frappé la Corse, le 18 août, l'établissement public de météorologie est pointé du doigt. Les prévisionnistes ont expliqué avoir été « surpris par les valeurs tout à fait exceptionnelles des rafales, qui n'avaient jamais été observées auparavant », et ils ont évoqué un phénomène météorologique « difficilement prévisible ». Les orages « sont le résultat de processus complexes qui touchent une zone géographique très limitée. Il est donc difficile de prévoir ce genre de phénomène », explique Météo-France. Les climatologues et les géographes interviewés par les médias reconnaissent aussi les difficultés pour anticiper les orages, à l'instar du spécialiste Fabio D'Andrea. « Les orages sont plus difficiles à prévoir et frappent sur une échelle de quelques dizaines de kilomètres. On peut prévoir les conditions potentielles d'orages et leur intensité, mais il faut toujours tenir compte des incertitudes statistiques s'agissant de ce type d'évènement », indique le chercheur.

Les modèles numériques de prévisions météorologiques à plus haute résolution permettent cependant de progresser dans la prévision des phénomènes dangereux, y compris les orages. Grâce à une maille de 1,3 km, l'un des modèles utilisés par Météo-France, dénommé Arome, peut décrire plus précisément les processus physiques responsables du déclenchement des orages. Toutefois si, en Corse, les simulations produites par Arome laissaient suggérer un orage « proche de celui qui a été observé », d'autres simulations « qui paraissaient plus vraisemblables le situaient plus en mer », a précisé le prévisionniste François Gourand, à Météo-France, selon l'AFP.

Mieux anticiper les événements extrêmes

Après les deux épisodes pluvio-orageux consécutifs qui ont sévi en Corse, les 18 et 19 août, le Conseil des ministres a confirmé, le 24 août, la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour l'île. L'arrêté est paru, ce 25 août, au Journal officiel. Pour mieux anticiper ces phénomènes, l'acquisition de cinq bouées météorologiques va aussi être réalisée sur l'île de Beauté.

Avec le changement climatique, les événements climatiques extrêmes sont donc plus nombreux, notamment les pluies intenses et les vagues de chaleur, alerte Méteo-France. Il y a par conséquent plus d'enjeux autour des alertes météo, afin d'améliorer la réponse aux situations d'urgence et la protection des populations.

Comme annoncé en Conseil des ministres, dès la rentrée, la Première ministre Élisabeth Borne lancera la préparation du troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC). Ce PNACC devrait accentuer les travaux sur l'amélioration de l'observation et de la prévision des phénomènes, de l'information sur la vigilance et l'alerte des populations. Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, sera chargé de son élaboration, en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés et en lien avec tous les ministères intéressés. « Ce nécessaire travail sur l'adaptation aux impacts des dérèglements environnementaux se fera de pair avec les efforts visant à atténuer le changement climatique en doublant le rythme de baisse de nos émissions de gaz à effet de serre », ajoute le gouvernement.

Réactions13 réactions à cet article

 

les modèles prennent en compte le déplacement des masses d'air mais pas la couverture végétale des sols alors que 70% des précipitations proviennent de l' évapotranspiration (cf nouvelle représentation du cycle de l'eau INRAE) ! Dans les rapports du GIEC il est clairement écrit qu'il n'y aura pas moins d'eau mais une dégradation dans la répartition annuelle des pluies (inondations et sécheresses) ! Inondation c’est quand l’eau repart trop vite vers la mer, sécheresse c’est quand elle est repartie trop vite… Sur les continents, la régulation thermique de l'atmosphère est automatique tant que les surfaces exposées au soleil sont couvertes d'eau ou de végétation. « si tu plantes des conifères achète des canadairs » Depuis plus de 30 ans l’ONF fait planter des conifères parce que ça consomme moins d’eau, résultat ça évacue moins de chaleur, apporte moins de pluie et brule tous les étés ...L’urgence climatique c’est de gérer intelligemment les excès d’eau pour ne plus en manquer, ce sont uniquement les zones sèches qui brulent !

laurent | 26 août 2022 à 09h08
 
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J'avoue inquiétude et perplexité. Notre jardin, autrefois humide, est hyper-sec, les prévisions météo de pluie sont un échec, la météo ne fait pas pleuvoir. J'ai installé des tuyaux d'arrosage en prévision d'incendie, le puits se vide doucement, il y a encore un agriculteur qui arrose grâce à un forage, mais sinon, le désert, presque pas une goutte depuis 2 mois, et le soleil, l'air chaud. Certains arbres résistent, noisetier, pruniers, châtaignier, ... c'est déjà ça.Mais le satellite météo, lui, est clair, il y a peu de chance de plus, ça va au Nord de l'Europe.

28plouki | 26 août 2022 à 10h20
 
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Un biais qui n'est pas évoqué dans l'article : les prévisions météo qui sont diffusées au public sont le résultat d'un choix effectué par le prévisionniste parmi toute une série de calculs. C'est son feeling qui le conduit à choisir un scenario plutôt qu'un autre. On ne peut donc pas sèchement mettre en doute les modèles météo eux-mêmes. Par exemple, on a dit que la tempête de 1999 n'avait pas été prévue : c'est faux, certains calculs y conduisaient, mais les prévisionnistes avaient considéré que cette configuration n'était pas probable. S'il y a des modifications à faire, c'est plutôt dans cette évaluation des possibles.

dmg | 26 août 2022 à 14h08
 
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@dmg : il suffit de regarder les vidéos satellites , les orages et les précipitations se forment sur les zones avec de l'eau ou une végétation importante et vivante, pas dans les déserts ! il est urgent de faire baisser les températures des continents avec de la végétation vivante l'été (20°c de moins) pour diminuer l'amplitude thermique avec les mers et ainsi baisser la puissance des accidents climatiques ! Si la planète était entièrement recouverte d'eau le climat serait océanique (donc tempéré) partout, a surface égale une forêt de feuillus (surtout pas de conifère) a l'impact climatique d'un océan ! Quand ce n'est pas Vert c'est un désert, si tu plantes des conifères achète des canadairs ...

laurent | 26 août 2022 à 15h05
 
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La mode des conifères (pin Douglas) est liée à la construction bois, écologique. Le châtaignier se vend mal, malgré ses qualités, mais il ne fait pas de jolis planches ! Tout est lié.
Les prévisions météo sont claires mais elles ont un pourcentage de probabilité (20% 60%) qui les transforment en imprévision. On peut faire mieux mais ce sera plus cher, et cela existe déjà.

28plouki | 26 août 2022 à 15h25
 
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Et le gouvernement français, fort de son omnicompétence et de ses intelligences supérieures, va réussir à "régler le climat" une bonne fois pour toutes. On en pleurerait de rire si ce n'était aussi triste.
L'action du gouvernement français est ridicule. Pour exemple :
Il est techniquement, financièrement et logiquement possible de réformer les retraites (cela a été fait dans des pays voisins comme les Pays-Bas).
Il est techniquement, financièrement et logiquement débile et impossible de "régler le climat".
Que fait le gouvernement : rien sur les retraites et un nombre désormais incalculable de lois et de paquets et de politiques climatiques...
Cherchez l'erreur. Ou autrement dit, de qui se moque-t-on ?
Allez, courage à tous ! Le pire n'est pas certain, contrairement à ce que nous serinent les prophètes de l'Apocalypse selon Saint Jean Jouzel (au fait, que devient-il, ce génie climatique ? A-t-il eu du beau temps cet été ?)

Albatros | 29 août 2022 à 14h52
 
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@Laurent Denise : qu'est-ce qui vous fait croire que les modèles météorologiques (en particulier Arome en France) ne sont pas couplés avec des modèles de surface qui comprennent la prise en compte du couvert végétal ?

Cyril31 | 30 août 2022 à 23h30
 
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Cyril31 la couverture végétale des forets est connue celle des sols agricoles varie selon les saisons, pourtant avec 70% de surface agricole l'impact est énorme ! une couverture végétale vivante l'été c'est 20°c de moins et une évaporation qui alimente les pluies, il ne pleut pas dans les déserts

laurent | 31 août 2022 à 12h39
 
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@Laurent:
Vous êtes un peu excessif concernant les surfaces agricoles qui représentent environ 50% de la surface des sols en France et non pas 70%.
Pour ce qui est des modèles météorologiques, par exemple Arome en France, je le répète, vous devriez vous renseigner et si pour le moment la prise en compte des sols agricoles est perfectible (comme tout modèle qui s'améliore d'itération en itération), elle existe.

Cyril31 | 31 août 2022 à 22h20
 
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La dérive du climat est une pression sur la biodiversité... En complétant les cartes météo par les degrés-jour entre 10°C et 30°C, cela conduit à une information sur la fragilité de la croissance de la flore et de la faune, et de la léthalité au-delà de 30°C. En y ajoutant l'information sur le déficit de pression de vapeur aves ses bornes hautes et basses, soit une composante d'humidité plus pertinente que l'humidité relative, cela permet de replacer la quantité des 3°C attendus en 2100 et sa qualité, non plus en valeur liée à l'eau solide et gazeuse 0°C-100°C, mais en relatif sur cette plage 10°C-30°C... ( comme l'épaisseur de l'atmosphère par rapport au rayon de la terre, la zone de vie de l'ordre de 2km par rapport à cette épaisseur )...etc...

MMM | 30 octobre 2022 à 10h03
 
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j'ai un peu du mal à comprendre, mais durant la dernière sècheresse j'ai senti que mon corps avait du mal non pas à cause de la chaleur, mais du manque d'humidité, je m'immergeais dans la baignoire par précaution.
Est-ce juste une impression ou bien existe-t-il une réalité physique derrière cela ? je ne sais pas.

28plouki | 31 octobre 2022 à 11h05
 
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Plutôt oui. L'homme est aussi "simplement" une machine thermique mais cette machine a besoin d'une zone de confort. Le confort est une paresse naturelle recherchée permettant finalement le minimum d'effort de régulation thermique pour bouger, digérer. Un bon cadre pour un bon ressenti de température-humidité met alors en oeuvre le moins de mécanismes de lutte contre le froid (tremblements ...) ou de lutte contre la chaleur (sueur...). A une température donnée, trop d'humidité associée contrarie la possibilité de se refroidir, un air vraiment trop sec est aussi un danger... Avoir en conséquence les cartes en températures est une bonne information et le déficit de pression de vapeur associée une seconde bonne information, d'où les températures ressenties qui les combinent pour simplifier... Quant à la biodiversité autour, les insectes ou les plantes par exemple, elle ne se plaint pas. Donc suivons au mieux ce qu'elle subit, sans pouvoir bouger parfois, en température et en humidité. L'intégration de la température entre 10°C et 30°C dans le temps pour elle, la biodiversité sauvage, est sa croissance et la pression de vapeur saturante une composante de conditions de fonctionnement qui a aussi 2 limites entre 0.4 et 1 kPa...

MMM | 31 octobre 2022 à 18h15
 
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le pire ennemi du vivant et du climat c'est la sécheresse des sols : la différence de température entre une surface verte (donc vivante) et une surface sèche dépasse les 20°c ... pas d'eau pas de vie pas de climat https://blogs.mediapart.fr/laurent-denise/blog/191019/la-vapeur-deau-est-le-principal-gaz-effet-de-serre

laurent | 04 novembre 2022 à 06h01
 
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