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Le changement, pour gagner du pouvoir d'achat

Le phénomène des gilets jaunes témoigne de la difficulté de modifier les comportements en vue de la transition écologique. Mais pour Dominique Bidou, consultant et président d'honneur du CIDB, ne rien faire coûtera encore plus cher.

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Le changement, pour gagner du pouvoir d'achat
Dominique Bidou
Consultant et président d'honneur du CIDB
© Bernard Suard, ministère de l'Ecologie
   

Une opinion souvent exprimée est que l'environnement, le développement durable et la lutte contre le dérèglement climatique coûtent cher. Elle est renforcée par les nombreux discours sur le coût et le financement de la transition, porté par les écologistes eux-mêmes, qui se tirent ainsi "une balle dans le pied". La réalité est que c'est le non-environnement ou le non-durable qui coûte cher. Nicholas Stern l'a clairement montré en ce qui concerne l'effet de serre, et bien d'autres travaux en disent autant sur d'autres aspects comme les discriminations (selon France Stratégie) ou l'accroissement des inégalités (selon l'OCDE notamment). Pourquoi un tel décalage, qui empêche tout débat démocratique et permet aux démagogues de tous poils de prospérer ?

Des bénéfices invisibles

Tout d'abord, les coûts évités n'apparaissent guère. Qui va considérer que la baisse des accidents de la route correspond à une hausse de revenus ? La prévention sous toutes ses formes, source de nombreuses économies, se mesure plus aux charges qu'elle exige, financières et comportementales, qu'aux bénéfices qu'elle produit.

Ensuite, les calculs des "experts" et ceux du grand public n'intègrent pas les mêmes choses. Le coût de la pollution atmosphérique, ou celui du bruit, de l'ordre de 100 et 60 milliards d'euros chaque année, par exemple, peut être durement ressenti mais n'entre pas dans le calcul du pouvoir d'achat. De même, le prix de la dégradation de la biodiversité, ou de l'épuisement de telle ressource halieutique est absent du ressenti de tout un chacun. L'usage du patrimoine commun n'est pas pris en compte.

Les bénéfices d'une politique environnementale volontariste apparaissent ainsi virtuels, pour plus tard et pour les autres. Elles provoquent légitimement des réserves et des réactions d'hostilité. Mais il n'y a pas de fatalité des "surcoûts" de l'environnement, bien au contraire.

Le choix de la qualité

Les ressources naturelles étant limitées, le génie humain est appelé à prendre le relai comme matière première de la croissance. Le talent, la créativité. Un gisement potentiel d'économies. Une condition à cela : accepter de changer ses habitudes. Prenons trois exemples, l'alimentation, la mobilité et le logement.

Une alimentation de qualité, notamment bio, coûte plus cher que le tout-venant, mais seulement si on ne change pas de menu. Réduisez la part de viande dans votre ordinaire, vous ferez une économie que vous pouvez réinjecter dans la qualité, de la viande qui restera et des produits végétaux. Pour le même budget, vous mangerez plus sain et plus gouteux tout en faisant du bien à la planète. Ajoutez-y une prédilection pour les produits locaux et de saison, et vous ferez de sérieuses économies tout en mangeant mieux.

La voiture, autre exemple qui provoque parfois des réactions violentes et de l'exaspération. Pour vous qui n'avez pas le choix, qui avez besoin de votre voiture tous les jours, même si le carburant coûte plus cher, vous pouvez faire des économies, toujours si vous acceptez de changer. Adoptez la conduite douce, ou écoconduite. Economie de 15 à 25 % (source : Auto plus). Remplissez et partagez les voitures avec un covoiturage du quotidien, Internet offre aujourd'hui des facilités à exploiter pour y arriver. Et le nouvel autostop comme le projet Rezopouce est arrivé. Le changement, donc, pour mieux utiliser la voiture, est une source d'économies substantielles. Il faut pour cela introduire plus de souplesse et un peu d'organisation, plutôt que de l'argent. Et si, grâce à ce type de solution, vous pouvez vous passer d'une deuxième voiture, quelle économie !

Troisième exemple, le logement. Bien sûr, si un immeuble HQE ou équivalent est un immeuble traditionnel auquel on ajoute des exigences, il coûtera plus cher. Mais il ne faut pas que ce soit "comme avant " plus des capteurs solaires ou tout autre équipement emblématique. C'est un autre type de construction qu'il faut créer. Si on le conçoit dès la rédaction du cahier des charges, l'expérience montre que l'on peut offrir un logement à la fois agréable et performant pour le même prix et parfois moins cher. Et en plus, il sera plus avantageux à faire fonctionner année après année.

Donner envie de faire autrement

Combiner environnement et pouvoir d'achat, ici et maintenant, pour tous, est à notre portée, et c'est la voie à choisir pour obtenir l'adhésion et la participation active de chacun à la "transition". Le discours dominant sur le développement durable et la lutte contre le dérèglement climatique met en avant le coût de la transition, ce qui n'est pas très engageant. Mais il s'agit de dépenser l'argent autrement, pas d'en dépenser plus, bien au contraire. Il faut donner envie de cet "autrement", qui a déjà pris corps ici et là. Une société ne se bouscule pas comme ça, dans un monde fortement inégal, avec des populations aux aspirations et aux modes de vie très variés. Faire émerger de nouveaux modèles de développement, attractifs et offrant une gamme d'opportunités telle que chacun trouvera son bonheur : Vous l'avez deviné, cette recherche de nouveaux modèles n'est autre que le développement durable. C'est un changement culturel, qui peut aller vite s'il est bien proposé comme un progrès et non une obligation. Une dynamique qui se renforce d'elle-même une fois qu'elle est lancée. Les youtubeurs nous disent "on est prêt". Ça tombe bien, le temps presse !

Chronique proposée par Dominique Bidou, consultant et président d'honneur du Centre d'information et de documentation sur le bruit (CIDB)

Réactions2 réactions à cet article

 

Si seulement toute cette énergie déployée par les gilets pouvait ensuite servir à penser autrement, plutôt que s'acharner à maintenir à tout prix l'existant.
Souhaitons que la consultation des territoires ne soit pas qu'une esbroufe, et permette à tous de remettre en question le modèle global mais aussi nos modèles individuel.

Bonnes fêtes de fin d'année sobres.

Viniasco | 13 décembre 2018 à 09h59
 
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Un article intelligent et argumenté, c'est agréable à lire. Battre en brèche l'idée si répandue que protection de l'environnement = surcoût = pas possible dans les conditions budgétaires actuelles est un axe de travail fort intéressant et prometteur.
Mais concrètement, comment arrive-t-on à convaincre un/une élu(e) et son/sa DGS qu'il faut faire un pas de côté de la ligne budgétaire habituelle afin de découvrir un nouvel angle de vue, une nouvelle approche, "dépenser autrement" comme indiqué dans l'article ?
Je note également que l'auteur utilise le terme de "développement durable" et l'associe au génie humain comme relais de la croissance puisqu'il constate que les ressources naturelles sont limitées. Quel écho cet argumentaire reçoit-il auprès de décideurs bercés dès leur plus jeune âge au mythe de la croissance économique (à part sans doute flatter quelques égos sur-dimensionnés dès qu'est prononcé le terme "génie humain") ?

Pégase | 14 décembre 2018 à 10h43
 
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