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Recyclage : un chiffres d'affaires 2016 en baisse, malgré le reprise de la collecte

En 2016, le chiffre d'affaires du marché du recyclage s'inscrit en baisse. Pourtant, les tonnages collectés progressent. Les professionnels restent optimistes pour 2017, malgré les restrictions d'importation décidées par la Chine.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Ce jeudi 19 octobre, la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) a présenté les chiffres du recyclage pour 2016 (doc). Les 2.160 établissements des 1.250 entreprises du secteur ont bien travaillé l'an dernier : la barre des 100 millions de tonnes collectées a été atteinte pour la première fois. Toutefois, le chiffre d'affaires (CA) est en recul à 8,15 milliards d'euros (-1,8%). L'opinion des professionnels est donc mitigée : 58% considèrent que 2016 est un bon cru pour le secteur. Conséquence directe de la baisse du CA, les entreprises ont moins investi en 2016 (465 millions, en baisse des 2,3%).

L'année 2017 s'annonce mieux : 71% des acteurs interrogés s'attendent à une embellie. Mais la profession reste attentive car "les débouchés évoluent, notamment avec la Chine" qui a décidé de restreindre l'importation de déchets, explique le président de Federec, Jean-Philippe Carpentier. Les professionnels estiment toutefois qu'il s'agit d'une position de négociation et qu'elle devrait être assouplie. En effet, la fixation de critères de qualité (0,3% d'impuretés pour certaines matières) plus strictes que ceux appliqués en Europe (1,4% d'impuretés) est difficilement tenable : ils sont difficilement mesurables et posent des questions juridiques.

Pour améliorer la situation, le secteur attend beaucoup de l'augmentation des tonnages dirigés vers le recyclage plutôt que l'enfouissement. Du côté des débouchés, Federec fonde quelques espoirs sur les soutiens à l'incorporation de matières recyclées dans les produits finis. "L'alignement des planètes est favorable", estime Jean-Philippe Carpentier, évoquant la volonté du gouvernement et de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) d'avancer en ce sens.

 
Les CSR cherchent des débouchés Les capacités de production annuelle de combustibles solides de récupération (CSR) atteignent 800.000 tonnes. Mais les débouchés restent faibles, à 240.000 tonnes, essentiellement en cimenterie. Le problème devient sérieux pour les acteurs du secteur, d'autant qu'en 2025 la production pourrait s'établir à 2,5 millions de tonnes.
Pour soutenir la filière, la fédération travaille avec les pouvoirs publics sur un dispositif de soutien tarifaire pour l'électricité produite à partir de CSR. Federec réalise aussi un benchmark des modes de valorisation développés en Europe.
 
Les filières locales tirent leur épingle du jeu

Avec 39,6 millions de tonnes collectées (+1,5%), les déchets de chantiers du bâtiment poursuivent leur tendance haussière. Le CA atteint 1,74 milliards d'euros et la tendance devrait perdurer : "on va vers des années positives en terme de construction", estime Erwan Lemeur. Le président de la filière évoque en particulier le dynamisme des grandes agglomérations, le projet du Grand Paris symbolisant la tendance.

Du côté des papiers et cartons, le tonnage collecté progresse de 1,5% à 7,23 millions de tonnes, pour un CA de 887 millions d'euros (+9,5%). Toutefois, la collecte des papiers continue de baisser (-1,4% en 2016, après -9,5% en 2015). La hausse du taux de collecte ne compense pas la baisse du gisement. Avec une hausse de 3% en 2016, après +2,2% en 2015, la collecte des cartons se porte bien. Le développement du e-commerce explique cette évolution. Pour les années à venir, "la demande reste soutenue" pour les cartons, alors que la situation "est plus compliquée, c'est un euphémisme", pour les papiers, explique Pascal Genneviève, président de la filière. D'autant que les restrictions chinoises poussent à la baisse les prix de reprise et l'Europe manque de papeteries.

Les biodéchets bénéficient des objectifs de valorisation établis depuis 2012. La collecte progresse de 2,3% (30,7 millions de tonnes) et le CA décolle de 10,3% (à 149 millions d'euros). Les volumes de verre collectés progressent aussi de 2,4%, à 2,31 millions de tonnes, pour un CA de 101 millions d'euros (+2%). Le principal chantier du secteur reste la collecte du verre plat (un gisement de 200.000 de tonnes, laissé en friche) qui devrait bientôt faire l'objet d'un engagement pour la croissance verte (ECV).

Restent les textiles qui affichent une hausse de 7,7% de la collecte à 210.000 tonnes pour un CA de 80 millions d'euros (+6%). Mais la filière est précaire : elle dépend essentiellement des recettes liées à la réutilisation, la cession des lots destinés à l'effilochage, aux chiffons d'essuyage et aux combustibles solides de récupération (CSR) étant réalisée à perte. La hausse, actée en juillet 2017, du soutien de 65 à 82,5 euros par tonne est donc une bonne nouvelle pour la filière.

Les prix de reprise pèsent encore sur le secteur

A l'opposé, le CA est en recul pour les métaux non-ferreux (-6% à 2,72 milliards d'euros), les ferrailles (-2,8% à 2,10 milliards d'euros), les plastiques (-3% à 194 millions d'euros), le bois (-16% à 169 millions d'euros) et les solvants (CA non communiqué).

A chaque fois, la baisse des prix ne compense pas la hausse de la collecte. "Les entreprises sont plutôt malmenées", constate Marie-Pierre Mescam, présidente de la branche métal. Ce commentaire vaut pour la plupart des filières qui voient leur CA reculer. A cela s'ajoute les interrogations sur l'avenir des exportations vers la Chine, en particulier pour les ferrailles et les plastiques. C'est le cas, par exemple, du polyéthylène téréphtalate (PET) vierge et du polyéthylène (PE) vierge. "La situation n'est pas amenée à s'améliorer", déplore-t-elle, alors que ces deux résines représentent respectivement 31% et 38% des tonnages collectés. La filière des métaux non-ferreux se montre toutefois plus optimiste pour 2017 grâce à la hausse du prix du cuivre, du plomb et du zinc. Mais les entreprises devront d'abord écouler leurs stocks excédentaires de déchets non-ferreux, qui pèsent sur leur fonds de roulement, pour profiter pleinement de l'embellie… Un problème de stock que rencontre aussi la filière bois : 600.000 tonnes attendent de trouver preneur. "On essaye de garder le moral", admet Pascal Léon, président de la filière.

Les restrictions chinoises modifient aussi le marché des matières exportables. Mais Christophe Viant, président de la filière plastiques, y voit une occasion pour mobiliser les opérateurs européens. "La bonne nouvelle, c'est que ça va nous mettre face à nos responsabilités", espère-t-il. Reste que la Chine accueillait beaucoup de plastiques difficilement recyclables, essentiellement des films plastique issus des emballages. Problème : ces plastiques sont de plus en plus collectés.

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