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La Chine à la recherche de modèles urbains énergétiquement sobres

Le développement urbain chinois est considérable et les choix actuels détermineront en grande partie les émissions de CO2 des décennies futures. Si l'organisation des villes est déterminante, l'évolution des modes de vie l'est tout autant.

Aménagement  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
La Chine à la recherche de modèles urbains énergétiquement sobres
   

Jeudi 25 novembre, l'Agence française de développement (AFD) et l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) ont présenté le rapport de la Task Force "Développement urbain et efficacité énergétique" du Conseil chinois de coopération internationale sur l'environnement et le développement (CCICED). Financée pour partie par l'AFD et co-présidée par le professeur Jiang Yi, directeur du Centre de recherche sur l'efficacité énergétique des bâtiments de l'Université de Tsinghua, et Laurence Tubiana, directrice de l'Iddri, la Task Force a réuni des experts chinois et internationaux durant 18 mois. L'objectif était d'identifier les facteurs du développement urbain chinois qui détermineront la consommation énergétique des villes et les émissions de CO2 associées.

Les villes chinoises restent à construire

Sur une population d'environ 1,3 milliards d'habitants, la Chine compte plus de 600 millions d'urbains. "Le décompte est complexe, néanmoins on considère aujourd'hui qu'entre 48 et 50% des Chinois vivent en ville", explique le professeur Jiang Yi. Par ailleurs, "la croissance des villes est importante pour le développement chinois", juge le spécialiste, expliquant que "si on divise l'espace disponible par le nombre d'habitants, alors un Chinois 'dispose' de dix fois moins de terre qu'un Français." Le développement urbain est donc perçu comme une priorité permettant de libérer de l'espace pour l'agriculture. "Même si la frénésie finira pas s'arrêter, pour l'instant tout reste à construire en Chine", conclut le professeur chinois.

L'un des principaux problèmes posé par le développement urbain est le potentiel important d'émission de CO2 associé aux choix actuels. "Trois aspects doivent être pris en compte pour promouvoir un urbanisme de qualité : la taille des villes, leur densité et leur morphologie", explique Laurence Tubiana, la directrice de l'Iddri. Selon les réponses apportées à cette équation, la Chine sera prisonnière, ou non, d'un modèle fortement consommateur d'énergie.

Pour Bernard Château, directeur d'Enerdata, "il est nécessaire d'agir simultanément sur l'ensemble des facteurs et les outils existant le permettent." Il s'agit, par exemple, de bien répartir les services publics, les domiciles, les espaces dédiés aux activités économiques et les lieux de loisirs. De même, le choix des services offerts, notamment le choix entre transports publics et transports individuels ou celui entre systèmes de chauffage et de climatisation individuels ou réseaux urbains, est lui aussi particulièrement structurant. Enfin, la mise en place d'un signal-prix sur l'énergie, via des taxes par exemple, le déploiement des technologies sobres ou l'implication des autorités locales sont aussi des outils efficaces.

Les modes de vie au centre des interrogations

Cependant, les aspects propres à l'urbanisme ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte pour évaluer la capacité des Chinois à relever le défi énergétique urbain. Pour Jiang Yi, "il faut distinguer deux aspects en matière de consommation énergétique : la consommation nécessaire à la production de biens, qui croît avec le PIB, et celle associée à l'amélioration du bien être, qui n'est pas nécessairement liée au PIB."

S'agissant de l'amélioration du bien-être, les universitaires chinois ont étudié, pour six villes pays, la consommation énergétique par m2 de quelques bâtiments représentatifs, la qualité de vie ressentie par les habitants et leurs revenus. L'étude fait apparaître des écarts très importants entre la consommation énergétique des foyers d'un même bâtiment alors même que les logements sont identiques et le bien-être perçu n'est pas significativement différent. "La différence entre la consommation d'énergie des foyers étudiés s'explique par les modes de vie et non pas par le type de logement et les revenus", explique Jiang Yi, précisant que "c'est particulièrement vrai lorsque les systèmes de chauffage ou de climatisation sont individuels." Deux facteurs expliquent ces écarts. Il s'agit tout d'abord du réglage des appareils, selon que les habitants choisissent de chauffer ou refroidir plus ou moins leur logement. Le second est le mode d'utilisation de la climatisation et du chauffage, qui peut être continu ou limité à certaines périodes de la journée et certaines pièces du logement.

"Le mode de vie des habitants est extrêmement important", insiste le chercheur chinois, ajoutant que "si les comportements les plus énergivores se généralisent, on court à la catastrophe." L'étude révèle en particulier qu' "un petit changement dans le mode de vie peut provoquer une augmentation considérable de la consommation en énergie, si ce changement implique une conversion d'un service à basse intensité énergétique en un service à haute intensité énergétique et ce, sans vraiment améliorer les conditions de vie (prendre la voiture au lieu du métro par exemple)."

Un virage impulsé par Nicolas Stern

Favoriser les modes de vie consommant peu d'énergie est donc perçu comme une priorité pour la Task Force. Pour Laurence Tubiana, la société chinoise est aujourd'hui tiraillée entre deux modèles. Il y a "le modèle historique faiblement consommateur d'énergie et le modèle imitatif des modes de vie de l'OCDE qui induit une forte consommation énergétique", expliquant que "le second est à éviter absolument." Il s'agit de "magnifier la sobriété" en "désolidarisant le bien-être du plus-être", estime Bernard Château.

La Chine a-t-elle les ressources pour réussir cette transition ? Pour Laurence Tubiana, la réponse est claire : "l'économie verte n'est pas une rhétorique en Chine, la stratégie de développement a été radicalement modifiée en chine depuis 1992 et plus encore depuis 2007." La spécialiste de l'Iddri évoque en particulier le virage vers une société bas carbone, pris à la suite de la publication du rapport Stern en 2007 et qui devrait être particulièrement visible dans le 12eme Plan quinquennal. Autre piste avancée, les ressources culturelles chinoises, telles que le taoïsme qui "recherche l'harmonie entre l'homme et la nature", explique Jiang Yi.

Réactions1 réaction à cet article

 

C'est drôle de lire les inquiétudes, les réflexions et les conclusions!!! des occidentaux sur le développement de la Chine... mais quid de la même réflexion et des mêmes conclusions chez nous pour amorcer une marche arrière !

bel | 05 décembre 2010 à 17h29
 
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