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Climat : la Chine affiche une position ferme (pour l'instant)

La Chine officialise les engagements pris fin 2014. L'occasion pour le premier émetteur mondial de préciser ses attentes, d'afficher son intransigeance et d'égratigner les pays développés. Sans évolution, la COP21 s'annonce tendue.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Mardi 30 juin, la Chine a officiellement présenté son engagement dans le cadre des négociations climatiques. Le document envoyé au secrétariat général de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc) apporte surtout des précisions politiques sur la nature même de l'engagement chinois, son contenu étant connu depuis l'accord sino-américain. Comme annoncé en novembre 2014, la Chine propose d'"atteindre un pic de ses émissions de CO2 vers 2030 et fera tous les efforts possibles pour l'atteindre plus rapidement".

 
Un engagement truffé de sous-entendus L'INDC chinois contient de nombreuses critiques masquées adressées aux pays développés, étant entendu que tout au long du texte la Chine se qualifie de pays en développement.

Ainsi, alors que les pays développés peinent à tenir la promesse de financer, à partir de 2020 et à hauteur de 100 milliards de dollars par an, les politiques climatiques des pays les plus démunis, la Chine se montre acerbe.

Elle estime que le financement apporté par les pays développés "devrait s'accroître tous les ans, en partant de 100 milliards de dollars par an en 2020".

Ensuite elle se pose en alternative. "La Chine créera le Fonds pour la coopération Sud-Sud en matière de changements climatiques, et offrira assistance et soutien, à la hauteur de ses moyens, aux autres pays en développement", indique le document.
 
La Chine, contrairement aux pays développés, n'est pas responsable de l'accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère, mais elle est prête à agir pour assurer son propre développement sur un mode durable et pour le bien de l'humanité, explique-t-elle en substance. Elle affiche surtout une très grande réticence à voir bouger la ligne entre, d'une part, les pays industrialisés contraints d'agir rapidement et fortement, du fait de leur responsabilité historique, et, d'autre part, les pays en développement qui en subissent les conséquences et n'ont pas d'obligation à agir aussi rapidement que les pays riches, compte tenu de leur responsabilité historiquement limitée.

La Serbie, l'Islande et la Corée du Sud ont elles aussi présenté leur engagement mardi. Avec la Chine, ce sont maintenant 44 pays ou groupes de pays, qui ont remis leur contribution intentionnelle déterminée au niveau national (INDC, pour Intended Nationally Determined Contribution) au secrétariat de la Ccnucc. Ces pays totalisent 59,22% des émissions mondiales. Les négociateurs internationaux avaient "invité" les Etats à communiquer "bien en avance" de la conférence de Paris leur contribution officielle, à l'issue de la conférence de Lima (Pérou) en décembre 2014. Elles devaient être présentées avant la fin du premier trimestre 2015 "pour les pays prêts à le faire".

La Chine reste un pays en développement

L'INDC précise la vision chinoise en matière de responsabilité historique et de différenciation entre pays industrialisés et pays en développement, des sujets au cœur des débats. Les responsables sont les pays industrialisés et la Chine reste un pays en développement qui sera durement touché, explique le document. Dès l'introduction, elle pointe la responsabilité historique des pays industrialisés : les changements climatiques résultent de "la consommation intensive d'énergie fossile par les pays développés". Quant à la Chine, elle se décrit comme "un pays en développement peuplé d'1,3 milliard d'habitants figurant parmi ces pays les plus sévèrement affectés par les impacts négatifs du changement climatique".

Bien sûr, le pays s'industrialise rapidement, admettent les autorités chinoises, et il ne reste pas inactif contre les changements climatiques. "La préservation des ressources et la protection de l'environnement sont devenus la clé de voute de la politique nationale", assure le document. Cet engagement ne correspond pas à une responsabilité mais à une politique de développement national qui vise à assurer la "sécurité économique, énergétique, écologique et alimentaire". Il traduit aussi "son sens des responsabilités", la Chine œuvrant pour "une gouvernance mondiale qui vise à forger une communauté de destin partagé pour l'humanité et à promouvoir un développement commun de tous les humains".

Par ailleurs, "le résultat de la négociation devra être en accord avec les principes d'équité et de responsabilités communes mais différenciées", prévient Pékin. Pour la Chine, la répartition des rôles reste parfaitement claire à ce stade des négociations : "les pays développés doivent (…) s'engager à réduire de façon ambitieuse les émissions de l'ensemble de leur économie d'ici 2030 [et] les pays en développement doivent (…) s'engager à mettre en œuvre diverses actions limitant leurs émissions". Bien sûr, les engagements des pays en développement restent conditionnés au soutien des pays développés en matière de financement, de transfert technologique et de renforcement des capacités.

Pourtant, avec 10,75 milliards de tonnes d'équivalent CO2 émises en 2010 (soit 23,84% du total mondiale, selon les chiffres de la Banque mondiale), la Chine est aujourd'hui le premier émetteur mondial. En 2010, les Etats-Unis, deuxième émetteur mondial, affichaient des émissions de l'ordre de 6,6 milliards de tonnes, soit 14,69%.

Un engagement flou

S'agissant des objectifs, conformément à l'accord signé avec les Etats-Unis en novembre 2014, les autorités chinoises proposent de réduire les émissions de CO2 du pays à partir de 2030, voire plus tôt si possible. De même, elles souhaitent porter à "environ 20%" la part des énergies décarbonées dans la consommation d'énergie primaire. L'engagement porte aussi sur les émissions de GES rapportées au PIB qui devront baisser de 60 à 65% entre 2005 et 2030. Enfin, la Chine propose d'accroître d'environ 4,5 milliards de mètres cubes son stock forestier entre 2005 et 2030. A noter que de très nombreuses mesures sont évoquées, mais qu'elles sont très rarement chiffrées et souvent vagues. Le document apparait bien souvent comme un catalogue de bonnes intentions.

Par ailleurs, cet engagement est un INDC hybride qui ne correspond pas aux deux types d'engagements pris jusqu'à maintenant.

Il ne constitue pas à proprement parler un engagement de réduction par rapport à un scénario au fil de l'eau, comme ceux du Mexique ou de l'Ethiopie. Il l'est implicitement, le sous-entendu étant que sans cet engagement le pic des émissions interviendrait au-delà de 2030. Mais il est impossible de mesurer la portée de l'effort car la Chine ne donne pas la date prévue pour son pic d'émission sans mise en œuvre de la politique climatique proposée.

Il ne constitue pas non plus un engagement de réduction des émissions en valeur absolue, comme ceux de l'Union européenne ou des Etats-Unis. Néanmoins, il entrouvre la porte pour un tel engagement au-delà de 2030. Si le pic est effectivement atteint à cette date, les futurs engagements chinois seront de fait des engagements de réduction plus ou moins rapide par rapport à la date du pic.

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