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Partenariat coopératives agricoles-énergéticiens : maillon manquant de l'industrialisation de la méthanisation

Christian-Guillaume Marchal, Chef de projet chez BeCitizen, revient sur l'opportunité du rôle des coopératives agricoles pour prendre en charge un développement structuré de la filière méthanisation agricole en France.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Chaque année à l'occasion du salon de l'Agriculture, le sujet revient irrémédiablement avec la régularité du marronnier : la méthanisation agricole, promise à un rapide essor sur le modèle de son voisin allemand. Pourtant, près de 7 ans après la mise en place des premières incitations et la mise en place de tarifs d'achat sur l'électricité en 2006, force est de constater que la France n'arrive pas à faire émerger une filière nationale de méthanisation. Alors qu'il existe en Allemagne plus de 7.000 unités de méthanisation représentant une puissance équivalente à 2 tranches nucléaires, la France compte seulement une centaine d'installations - 156 exactement selon le dernier recensement réalisé par Bioénergie International - dont un nombre non négligeable à l'équilibre financier fragile.

Structurer la fillière…

Changer de braquet est nécessaire. Encore faut-il un pilote pour cela… Aujourd'hui, il semble vital que la filière agricole s'y attelle collectivement, comme elle a su le faire avec succès pour d'autres infrastructures, et s'implique concrètement dans l'industrialisation attendue du modèle. La méthanisation a assurément sa place dans le « projet agro-écologique pour la France » défendu par Stéphane Le Foll : nouvelle activité et nouveaux revenus en substitution de la PAC, assurance contre les cycles économiques, bénéfices environnementaux, réflexion globale sur la gestion de la matière organique et fertilisante. Première bénéficiaire de ce développement, la filière agricole peut jouer un rôle majeur dans la structuration de la filière et contribuer à lever les obstacles actuels.

N'osant pas s'attarder sur le sujet polémique du recours aux cultures énergétiques, le récent rapport du CGAAER a bien identifié les 4 freins majeurs au développement de la méthanisation : isolement des porteurs de projet, valorisation économique limitée des bénéfices apportés par le digestat, manque de visibilité sur le gisement et des coûts de développement et d'installation qui minent la viabilité économique des projets. Pour une fois, ce ne sont pas le cadre réglementaire ou les incitations financières les facteurs bloquants. « L'Etat ne peut pas tout » pourrait-on dire… Le problème vient du fait que le marché n'a pas été en mesure de faire émerger d'acteur capable de structurer la filière autour de lui, de l'orienter vers la qualité et de forcer son industrialisation. Conséquence : les projets portés par des individus isolés sont tous spécifiques et pâtissent donc des handicaps de projets pilotes aussi bien sur le plan opérationnel que de la rentabilité financière. L'Allemagne nous montre que la standardisation et l'industrialisation d'un modèle – quel qu'il soit – sont des conditions sine qua none à un véritable essor de la méthanisation.

… grâce aux acteurs locaux

Alors qui ? Dans les débats actuels de la transition énergétique, un consensus émerge sur la pertinence d'une maille locale capable d'adapter et d'optimiser les différents leviers. Guichet unique des collectivités locales, les acteurs locaux sont en effet les plus pertinents pour prendre des décisions et accompagner les initiatives sur leur territoire. Dans la méthanisation agricole, qui mieux que la coopérative agricole est en mesure de prendre en charge un développement structuré de la filière. La coopérative dispose de nombreux atouts pour cela : elle connait son territoire et les impératifs agronomiques, des relations commerciales préexistent avec ses adhérents agriculteurs avec lesquelles un lien de confiance s'est construit : la coopérative, structure pérenne par excellence, agit par nature dans leur intérêt.

Le rôle de la coopérative à travers une nouvelle offre de service à proposer à ses adhérents serait de coordonner l'expertise, de structurer la filière et d'accompagner sur le long-terme le porteur de projet depuis la conception, lors de la réalisation et pendant la phase d'exploitation du méthaniseur. Cette intervention pourra passer aussi par la structuration de nouvelles filières d'approvisionnement utilisant par exemple la menue-paille ou des couverts végétaux, ou l'étude de filières complémentaires comme le couplage séchage de plaquettes ou de fourrage. Ce rôle structurant de la coopérative facilitera la standardisation nécessaire pour générer de substantielles économies d'échelle - sans forcément affecter la marge des constructeurs qui y trouveront le volume qu'ils n'ont pas aujourd'hui.

Plusieurs coopératives comme Vivescia ou Terrena se sont déjà engagées sur cette voie démontrant l'intérêt stratégique de développer le modèle. Dans cette nouvelle aventure, elles ne sont pas nécessairement seules et une logique partenariale avec d'autres acteurs de la chaine de valeur démultipliera leur proposition de valeur. A titre d'exemple, pour un énergéticien, la méthanisation est un actif de production de valeur (c'est la seule énergie renouvelable permanente de base, capable d'être stockée et de contribuer à la gestion des pics de demande) mais très peu s'y engagent par manque d'accès aux projets. Parions sur des partenariats stratégiques gagnant-gagnant et imaginons qu'à terme un agriculteur gagnera de l'argent grâce à la valorisation sur les marchés de l'électricité de sa capacité de stockage d'énergie - sur la base d'un conseil technique et opérationnel de sa coopérative et d'un partenaire industriel comme EDF ou GDF Suez.

Pour les coopératives, cet investissement renforcera leur rôle pivot comme vecteurs d'activités dans les territoires et aussi dans le développement de nouveaux modèles agricoles. La transition vers ces modèles nécessitera l'apport d'expertise et la création d'offres de services, qui seront des nouveaux leviers d'activités pour la coopérative. L'ère de l'agriculteur énergéticien est arrivée : il est plus que temps de connecter tous les maillons qui en feront le succès.

Avis d'expert proposé par Christian-Guillaume Marchal, Chef de projet chez BeCitizen, responsable de l'expertise méthanisation

Réactions5 réactions à cet article

 

pas très bon souvenir de l'engouement pour les biocarburants à base de colza

DL | 16 avril 2013 à 10h18
 
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Anciennement chef de projet, et devenu entrepreneur depuis quelques années, j'observe la filière Biogaz depuis maintenant 4 ans. Le recours aux Coopératives agricoles sonnerait la fin de cette filière. Ces entités n'ont ni les compétences ni la volonté de conduire le développement d'une filière aussi complexe et d'utilité collective.
La filière biogaz doit rester flexible et préconiser le sur-mesure. On ne peut pas appliquer le Fordisme partout.
Quand on sort de son bureau et que l'on constate les liens entre Coop et industrie chimique, raison de plus pour ne pas initier une telle organisation. Le digestat doit être une opportunité pour les techniques de culture sur sol vivant.

SuperBiogaz | 16 avril 2013 à 10h53
 
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Methaniser les déchets : oui ! (mais y a t'il des résidus toujours polluants pour certains déchets agricoles ? car dans ce cas là, attention à l'effet rebond)

Methaniser les céréales : non !!! car ce serait obscène et illogique : mieux vaut faire baisser le prix de la farine et aider gratuitement en cas de famines dans le monde.

Lionel | 16 avril 2013 à 11h21
 
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Méthaniser les lisiers, pourquoi pas, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un greenwashing de l'élevage industriel. En France on annonce 2 milliards € pour créer 2000 emplois dans cette filière, ça fait cher l'emploi : 1 million €, qui seraient autrement plus créateurs s'ils étaient investis dans de la vraie agronomie. D'autre part les digestats ont un rapport C/N plus bas que les lisiers d'origine puisque le carbone a été exporté en CH4. il donc faut rapporter du carbone pour les composter. Si ce carbone vient de déchets végétaux ( bois, feuilles, herbe, fruits & légumes) très bien, mais s'il s'agit pour ça de cultiver des céréales à coups d'engrais et de pesticides...Non, je ne veux pas d'un agriculteur énergéticien mais d'un paysan producteur de nourriture, qui éventuellement tire parti de ses déchets. Le mot agroécologie employé par M Le Foll est une imposture, limiter l'agroécologie à un peu moins de pesticides et à la méthanisation est inqualifiable. De plus, affirmer que la méthanisation résoud les problèmes de pollution azotée est une preuve d'incompétence ou un mensonge.

degolarson | 17 avril 2013 à 16h44
 
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Pour parvenir à une production "industrielle" de gaz, comme en Allemagne, il faut disposer de matière première abondante, facilement accessible et de qualité stable. Ce n'est pas le cas pour l'agriculture par essence tributaire des saisons !
C'est la raison pour laquelle, en Allemagne, les agriculteurs utilisent plus ou moins de céréales pour stabiliser leur matière première. La filière méthanisation ne pourra se développer sans recourir à beaucoup de céréales que si on sait faire marcher des digesteurs avec des produits très variés et à teneur en eau très variable.
Parmi les matières premières à exploiter figurent pour beaucoup les déchets verts que l'on retrouve dans toutes les déchetteries (que l'on peut évaluer à 2 t/ha/an). Et bien sûr les pailles, fumiers, ...
Je ne crois pas que les coopératives agricoles soient en général les mieux placées pour piloter la R&D de la méthanisation.
Pour commencer, des études des caractéristiques physico-chimiques des différents déchets suivant leur saisonnalité, le mix le meilleur à trouver tout au long de l'année, et en déduire le traitement à appliquer à chaque cuvée !
Puis définir les stocks des différents composants pour assurer une production à peu près continue.
Le gaz doit servir essentiellement sous cette forme (stockable) et éviter d'en faire directement de l'électricité.

Fr. Hubert | 17 avril 2013 à 17h18
 
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