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Espèces en danger : les requins protégés par la Cites

L'édition 2013 de la réunion de la Cites s'est achevée jeudi à Bangkok par des décisions majeures sur les requins. En revanche, l'interdiction du commerce de l'ours polaire a de nouveau été rejetée tandis que son impuissance à sanctionner les braconniers a été pointée.

Décryptage  |  Biodiversité  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Espèces en danger : les requins protégés par la Cites

La seizième conférence des 178 pays membres de la convention sur le commerce International des espèces sauvages menacées d'extinction (Cites) s'est clôturée jeudi 14 mars à Bangkok (Thaïlande), après 12 jours de travaux, débouchant sur la régulation du commerce lucratif de cinq espèces de requins en les inscrivant à l'Annexe II de la Convention pour empêcher leur surexploitation (cf. encadré).

La proposition de mieux encadrer le contrôle et la préservation de trois espèces de requins-marteaux (hallicorne, grand et lisse), du requin océanique ou longimane et du requin-taupe commun, votée le 11 mars a été entérinée hier en plénière par les 2/3 des pays, alors que cette mesure avait été retoquée en 2010 lors de la précédente réunion à Doha (Qatar).

Prisées pour leurs ailerons ou leur chair, 143 espèces de requins sont menacées d'extinction, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Soutenue par l'Union européenne, les Etats-Unis, les Comores ou encore le Brésil et applaudie par les ONG, l'inscription de ces squales à cette annexe a fait face à l'hostilité constante des principaux pays asiatiques consommateurs dont le Japon en tête, la Chine, la Corée, et la Thaïlande pays hôte de la réunion ... et d'autres états pêcheurs comme le Danemark.

 
Comprendre la Cites En vigueur depuis 1975, la convention sur le commerce International des espèces sauvages menacées d'extinction (Cites) interdit ou régule le commerce international de plus de 34.000 espèces de faune et de flore protégées (5.000 espèces animales et 28.000 espèces végétales). L'Annexe I liste les espèces dont le commerce est totalement interdit tandis que l'Annexe II regroupe des espèces dont le commerce est réglementé.
Selon Interpol, des espèces animales et végétales d'une valeur de plus de 13 milliards d'euros seraient négociées au marché noir chaque année.
La prochaine réunion de la Cites aura lieu en Afrique du Sud.
 
Ces requins viennent s'ajouter aux 81 autres espèces de poisson figurant déjà dans l'Annexe II de la convention parmi le grand requin blanc, le requin-baleine et le requin-pèlerin. Cette annexe "imposera la délivrance de permis pour garantir que les exportations sont durables et légales", se sont félicitées les ONG Shark Trust et Shark Advocates International. La mesure entrera en vigueur dans 18 mois. Le double contrôle de la Cites va renforcer l'application de nombreuses règlementations nationales et d'organisations régionales de gestion des pêches en interdisant "le découpage des ailerons, le débarquement des espèces vulnérables de requins ou leur transbordement à bord d'autres navires", a précisé l'association Robin des Bois. "Nous sommes ravis que les Parties à la CITES aient décidé de combattre le commerce vorace des ailerons de requins, au nom duquel sont massacrés chaque année jusqu'à 100 millions de squales, et d'accorder une protection accrue à plusieurs espèces de requins", s'est réjoui le Dr Ralf Sonntag, spécialiste des requins du fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) en saluant "une décision historique" et "courageuse". D'autant que c'est un marché mondial très lucratif en proie au trafic illicite qui va être normalisé et exposé à des sanctions. Selon l'ONG Traffic, le commerce d'ailerons est estimé à plus de 480 millions de dollars par an.

La raie manta, dont les branchies sont prisées par la médecine chinoise, a également été inscrite à l'Annexe II régulant son commerce. Plus de 4.000 raies manta sont harponnées pour leurs branchies, selon l'UICN.

Le poisson-scie d'eau douce est quant à lui passé d'un classement en Annexe II à celui d'Annexe I de la Convention où sont déjà inscrits tous les autres poissons-scies, parachevant ainsi une interdiction mondiale du commerce international pour ces espèces en danger critique d'extinction. Il rejoint les 15 autres espèces de poissons figurant seulement sur cette liste.

L'UE "vend la peau de l'ours polaire"

Si ces espèces marines vulnérables ont vu leur protection primer sur les intérêts économiques contrairement à 2010, l'interdiction du commerce international de l'ours polaire est encore passée à la trappe parmi les mammifères ! Quatre jours seulement après l'ouverture de la réunion, les pays membres de la Cites avaient déjà refusé le 7 mars, de passer d'un classement en Annexe II à celui d'Annexe I pour l'ours polaire qui lui aurait permis d'interdire totalement ses exportations. Alors que la population actuelle de l'ours blanc est estimée entre 20 et 25.000, cette proposition d'embargo avait déjà été émise par les USA en 2010.

Soutenue par la Russie, la proposition américaine a été rejetée par 42 voix contre, 38 pour et 46 abstentions. La Russie et les Etats-Unis, deux des cinq pays accueillant ces ours, ont de nouveau fait face à l'opposition farouche des autres pays hôtes de l'espèce à commencer par le Canada, unique exportateur d'éléments provenant d'ours polaires, le Danemark (Groenland) et la Norvège, rejoints par l'Islande. La majorité des opposants à l'interdiction ont estimé à l'instar de 2010 que la principale menace pesant sur cette espèce n'était pas la chasse mais le changement climatique et son impact sur la fonte des banquises… Les Américains et les Russes jugent au contraire que l'envolée des prix, jusqu'à 50.000 dollars pour une peau en Russie, encourage le braconnage et contribue à l'extinction du mammifère. "Du fait de la rareté de l'animal", le nombre de peaux d'ours polaires mises aux enchères dans un seul hôtel des ventes aurait augmenté de 375% au cours des cinq dernières années, précise l'ONG Ifaw.

Les ours polaires ont également "été trahis" par les 27 pays membres de l'Union européenne qui s'étaient abstenus, a fustigé l'association Robin des Bois. L'UE-27 "occupe pourtant une place de choix au sein des 70 pays qui chaque année importent des peaux et des crânes d'ours polaires. En ce qui la concerne, la France a importé en 2011, 40 crânes d'ours polaires, le prix moyen est de 500 euros selon la taille et 25 peaux d'ours polaires dont le prix moyen est de 8.000 euros", dénonce l'ONG. L'Ifaw a également pointé l'autre proposition avancée par l'UE qualifiée "d'égoïste et de déplorable" permettant "au Canada de maintenir ses quotas de chasse, pourtant non durables. L'UE s'est abstenue pour ne pas mettre en péril ses liens socio-économiques avec le Canada, surtout après l'embargo européen de 2010 sur les produits de phoques", a déploré Céline Sissler-Bienvenu, directrice d'Ifaw France.

Les éléphants et les rhinocéros d'Afrique face au braconnage

La recrudescence du braconnage d'éléphants et de rhinocéros d'Afrique était également à l'ordre du jour de la réunion des parties de la Cites. Alors que les ONG ont appelé les gouvernements à envisager des restrictions commerciales fortes à l'encontre des contrevenants dans le commerce illégal de défenses et de cornes voire suspendre définitivement leurs exportations, plusieurs associations ont dénoncé "l'impuissance de la Cites" pour lutter contre leur braconnage et protéger ces espèces. Un échec similaire aux ours polaires, estiment-elles quand d'autres saluent des timides mais néanmoins avancées.

Depuis 1989, tous les éléphants d'Afrique figurent dans l'Annexe I (commerce interdit), sauf pour quatre pays : l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie, où ils sont dans l'Annexe II (commerce régulé). Or, le trafic de l'ivoire a doublé depuis 2007 et plus que triplé depuis 1998 pour répondre à la demande, selon un rapport publié la semaine dernière par la Cites et d'autres organisations spécialisées. Rien qu'en 2011, au moins 25.000 éléphants ont été abattus et le phénomène a empiré en 2012. Il resterait, selon ce rapport, entre 420.000 et 650.000 éléphants en Afrique.

Des plans d'action exigés d'ici 2014 pour les pays incriminés

"Les compromis et les blablas signent la fin de l'ère des éléphants", ont dénoncé jeudi 14 mars une coalition d'ONG internationales parmi Robin des Bois (France), Youth for Conservation (Kenya) et Elephant Advocacy League (Etats-Unis). Selon l'AFP, huit pays accusés de ne pas lutter avec détermination contre le trafic d'ivoire ont ainsi échappé à des sanctions.

Le comité permanent de la Cites a préféré soumettre un plan d'action pour combattre ce trafic à trois pays d'origine (Ouganda, Tanzanie, Kenya), trois de transit (Malaisie, Vietnam, Philippines) et les deux principaux marchés (Chine et Thaïlande). Ces Etats devront soumettre leur plan définitif d'ici le 15 mai et tenir la Cites informée des développements d'ici le prochain comité permanent à l'été 2014. "Toute nouvelle discussion sur la légalisation du marché de l'ivoire est un visa pour l'extinction", selon Charlotte Nithart, directrice de Robin des Bois. La décision de mettre ces pays sous surveillance "aidera à juguler l'abattage sans entrave de milliers d'éléphants africains", estime au contraire Carlos Drews de l'ONG WWF tout en réclamant que ces pays soient "tenus responsables de leurs promesses". Autre mesure de la Cites : les pays réalisant d'importantes saisies d'ivoire devront mener des tests ADN pour déterminer l'origine des défenses. Cette mesure vise à identifier les filières et lutter contre les réseaux du crime organisé.

Toutes les populations de rhinocéros sont également victimes du braconnage, en particulier ceux de la République démocratique du Congo, en Inde, Mozambique, Népal, Afrique du Sud et au Zimbabwe, selon la Cites. Il ne resterait qu'environ 25.000 rhinocéros (près de 20.000 rhinocéros blancs et 5.000 rhinocéros noirs) sur le continent africain dû à ce braconnage, d'après l'UICN.

Les principaux pays consommateurs et de transit, notamment le Vietnam, la Chine et le Mozambique, constituent la plaque tournante du commerce illicite de cornes. Ils étaient appelés à prendre des mesures plus strictes pour lutter contre ce trafic et poursuivre efficacement les criminels. Selon l'AFP, la Cites a demandé d'ici 2014 des efforts au Vietnam et au Mozambique, d'où proviennent un certain nombre de cornes. Le Vietnam devra développer une base de données des cornes-trophées légales et mettre en place des stratégies de réduction de la demande. Les autorités vietnamiennes devront également détailler dans un rapport à la Cites d'ici fin janvier 2014 les efforts accomplis, notamment le nombre d'arrestations, de saisies et de condamnations. Le Mozambique devra, de son côté, apporter une attention particulière à la promulgation et l'application de lois avec des sanctions dissuasives pour combattre avec efficacité les crimes contre la vie sauvage et également faire rapport de ses efforts d'ici fin janvier 2014.

"Les gouvernements ont fait un choix clair d'offrir plus de protection aux rhinocéros en se mettant d'accord sur un calendrier qui va aider deux des pires contrevenants dans le commerce de cornes de rhinocéros, le Vietnam et le Mozambique à améliorer leurs actions", s'est réjoui Carlos Drews du WWF. Même constat de la part de l'UICN qui estime que les "requins, les éléphants et les rhinocéros" via les plans d'actions exigés "sont les grands gagnants" de cette réunion. Selon l'UICN, la conservation des éléphants d'Asie a également été abordée "incluant une plus grande reconnaissance du commerce illégal des éléphants et le développement d'une stratégie de conservation de l'éléphant d'Asie d'ici novembre 2013."

Carlos Drews du WWF s'est également félicité des sanctions commerciales de la Cites prises à l'encontre de la Guinée "la semaine dernière, en partie à cause du commerce illégal des grands singes". Cette sanction, la plus sévère de la Convention, irait "jusqu'à un embargo sur les exportations des quelque 35.000 espèces protégées par la Cites, selon le WWF.

Plus de 300 nouvelles espèces protégées

Parmi les autres avancées de cette réunion : les pays de la Cites ont voté l'embargo du commerce du lamantin d'Afrique de l'Ouest désormais inscrit à l'Annexe I, 38 années après les lamantins des Caraïbes et ceux de l'Amazone qui figurent dans cette liste depuis 1975. L'effectif des lamantins d'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui estimé à moins de 10.000 individus.

Au total : plus de 300 autres espèces, notamment 44 espèces de tortues d'eau douce et terrestres d'Asie et 3 espèces de tortues d'eau douce nord-américaines, menacées par le marché des animaux de compagnie, ainsi que des bois précieux comme l'ébène et le bois de rose de Madagascar, d'Asie du Sud-Est et d'Amérique centrale, auraient rejoint l'Annexe II de la Cites. Des actions ''de protection relatives à un certain nombre d'espèces de crocodiles et de serpents ont également été prises", selon l'UICN.

Réactions2 réactions à cet article

 

Peut t'on se réjouir de mettre les requins en annexe 2...pourquoi pas tout de suite en annexe1? Et pour les gros pachydermes, tous ces rapports pour les pays incriminés paraissent clairement insuffisants. J'ai peur que tout cela ne soit que du blabla. Incompréhensible également que ds pays d'europe de l'ouest n'arrivent pas à se positionner en faveur de l'ours blanc alors que la russie était favorable! j'imagine toutes les pressions et enjeux qu'il y a derrière tout cela, c'est bien triste. Je ne savais pas que la raie manta était également concernée par cette honteuse pharmacopée chinoise, une espèce de plus.

thierry | 19 mars 2013 à 08h41
 
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why do we always let things culminate to the extreme scenarios, I can hardly believe how the democraticly elected ones believed to represent their countries could be so embarassing ignorant and cynic

Tomáš | 15 juillet 2013 à 11h27
 
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