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Climat : la Russie s'autorise une belle hausse de ses émissions de GES

La Russie vient de proposer son objectif d'émission de GES pour 2030. Compte tenu de la prise en compte de la forêt russe, la plus grande au monde, elle pourrait émettre jusqu'à 51% de plus qu'actuellement.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Mardi 31 mars, la Russie a soumis sa contribution officielle dans le cadre des négociations internationales sur le climat à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc). Elle "pourrait" proposer de réduire de 25 à 30% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2030, par rapport à 1990. Mais, comme le suggère l'emploi du conditionnel, cet engagement n'est pas encore définitif. "La décision finale de la Fédération de Russie (…) sera prise en fonction du résultat du processus de négociations en cours durant l'année 2015 et des contributions des principaux émetteurs de GES", annonce le document officiel russe qui évoque "un indicateur de long terme" de l'évolution des émissions russes plutôt qu'un engagement à proprement parler.

Surtout, si l'objectif russe est présenté comme une réduction des émissions, il constitue en réalité une hausse, les émissions russes s'étant effondrées au début des années 1990 avec la crise économique qui a suivi la chute du régime soviétique. Selon les données officielles de la Ccnucc, les émissions actuelles de la Russie - en tenant compte de la gestion des forêts - s'élèvent à 1.755 millions de tonnes de CO2 équivalent (MtCO2eq) en 2012, soit moitié moins que les 3.532 MtCO2eq émises en 1990. Dans ce contexte, l'objectif russe correspond à un niveau d'émissions de l'ordre de 2.475 à 2.650 MtCO2eq en 2030, soit une hausse de 41 à 51% par rapport à 2012.

Avec la Suisse, l'Union européenne, la Norvège, le Mexique et les Etats-Unis, ce sont finalement six pays, ou groupe de pays, qui ont remis leur contribution intentionnelle déterminée au niveau national (INDC, pour Intended Nationally Determined Contribution) à la date butoir du 31 mars. Les négociateurs internationaux, réunis en décembre dernier à Lima (Pérou), avaient "invité" les Etats à communiquer "bien en avance" de la conférence de Paris leur contribution officielle. Idéalement, elles devaient être présentées avant la fin du premier trimestre 2015 "pour les pays prêts à le faire", selon l'accord conclu à Lima.

La forêt au cœur de la contribution russe

L'enjeu de la forêt apparaît essentielle pour la Russie qui, avec quelque 810 millions d'hectares (Mha) boisés en 2010 selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), est le premier pays forestier devant le Brésil (520 Mha) et le Canada (310 Mha). A elle seule, la Russie dispose de près de 20% de la surface mondiale.

L'engagement russe est tout à fait clair au sujet de la forêt, puisque l'objectif proposé l'est "sous condition d'une prise en compte maximale des capacités d'absorption des forêts". Les autorité russes défendent cette position en expliquant que "la forêt boréal russe a une importance mondiale en terme d'atténuation des changements climatiques globaux, de protection des ressources en eau, de prévention de l'érosion des sols et de conservation de la biodiversité". Et de préciser que "l'usage raisonné, la protection, l'entretien et le boisement sont parmi les éléments les plus importants de la politique russe de réduction des émissions de GES".

En l'occurrence, les chiffres de la Ccnucc sont particulièrement instructifs sur la place tenue par la forêt dans la comptabilité carbone russe. Si l'on exclut les puits de carbone et les sources d'émission associées à l'usage des terres, aux changements d'affectation des sols et à la foresterie (LULUCF, selon l'acronyme anglais), les émissions russes de 1990 s'élèvent à 3.367 MtCO2eq, soit 167 MtCO2eq de moins que le niveau incluant le secteur forestier. Surtout, les émissions de 2012 sont plus élevées de 542 MtCO2eq, à 2.297 MtCO2eq. La prise en compte des forêts permet donc à la Russie de réduire de près d'un quart le volume d'émissions affiché en 2012.

En d'autre terme, l'objectif russe, qui repose explicitement sur une prise en compte maximale de la forêt, ouvre la voie à une hausse de 41 à 51% des émissions entre 2012 et 2030. Mais, ce même objectif, s'il était formulé sans prendre en compte la forêt, correspondrait à une hausse plus modeste de 2,5 à 10% des émissions…

Les autres aspects de l'INDC russes sont plus classiques. Comme la plupart des pays, la Russie s'engage en tenant compte des sept GES suivis par le Ccnucc, et ce pour tous les secteurs économiques. Enfin, elle indique ne pas envisager de recourir aux instruments du marché carbone pour atteindre son objectif.

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