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Climat : les stratégies d'atténuation des émissions de GES se précisent

Les 147 contributions nationales publiées dessinent les grandes lignes des stratégies de réduction des émissions de GES. Les engagements formulés traduisent la grande variété des politiques nationales. Certains pays brillent par leur absence. Décryptage. 02 octobre 2015

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Environnement & Technique N°353 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°353
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Au 1er octobre, 147 pays, représentant 38,42 milliards de tonnes d'équivalent CO2 (GtCO2), selon les données de la Banque mondiale pour l'année 2010, ont remis leur engagement d'atténuation de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces contributions, qui couvrent 85,37% des émissions mondiales, prennent des formes très variées qui traduisent les positions politiques des Etats à deux mois de la conférence de Paris. Elles pourraient prendre une valeur officielle en étant annexées à l'Accord de Paris en décembre prochain.

 
Ces engagements conduiraient à un réchauffement planétaire de 2,7°C d'ici la fin du siècle.  
Climate Action Tracker (CAT)
 
Ces contributions intentionnelles déterminées au niveau national (INDC, pour Intended Nationally Determined Contribution) vont maintenant être évaluées par le secrétariat général de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc). Pour rappel, en décembre 2014, à Lima (Pérou), les négociateurs se sont mis d'accord pour que le secrétariat de la Convention Climat réalise, d'ici au 1er novembre prochain, un "rapport de synthèse sur l'effet global des contributions" remises au 1er octobre. Selon l'estimation du Climate Action Tracker (CAT) publiée le 1er octobre, ces engagements conduiraient à un réchauffement planétaire de 2,7°C d'ici la fin du siècle, soit 0,3°C de moins que la précédente évaluation.

Le premier pays à avoir contribué est la Suisse (0,11% des émissions mondiales), suivie par l'Union européenne (UE) (10,29%) et la Norvège (0,08%). Les trois principaux émetteurs, la Chine (23,84%), les Etats-Unis (14,69%) et l'UE ont répondu à l'appel. Quant à l'Inde (4ème pays en terme d'émissions avec 6,41% du total), dont la contribution était très attendue, elle a remis son engagement le 1er octobre à moins de 4 heures de l'échéance. Pour l'anecdote, le Lesotho (0,00004%) est le plus petit émetteur à avoir contribué. Enfin, certains pays n'ont pas communiqué d'engagement, ce qui parfois traduit leur défiance vis-à-vis des négociations climat.

Les lambeaux du protocole de Kyoto

A la lecture des contributions, une similitude entre les engagements de certains pays ressort. C'est le cas par exemple des pays européens qui proposent souvent des engagements de réduction de leurs émissions en valeur absolue entre 1990 et 2030, sur le modèle de l'engagement du protocole de Kyoto. L'UE et la Norvège (au moins 40% de réduction) ainsi que la Suisse (30% et 20% supplémentaires via l'acquisition de crédits carbone internationaux) sont dans cette situation. De même, certains pays de l'Est s'alignent sur ce type d'engagement, qui, compte tenu des fortes réductions d'émissions liées à la crise qui a suivi la chute du Mur, revient le plus souvent à autoriser une hausse de leurs émissions par rapport au niveau actuel. La Russie (de 25 à 30%), l'Ukraine (au moins 40%), la Biélorussie (30%), ou encore la Serbie (9,8%) sont quelques exemples.

 
L'Opep manque à l'appel Les producteurs de pétrole sont sans conteste les grands absents. Les quatre fondateurs historiques (Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït et Venezuela), comme le reste des membres du cartel pétrolier n'ont pas rendu d'INDC, à trois exceptions près : l'Algérie, le Gabon et l'Indonésie.
Cette absence ne surprend guère, tant certains de ces pays, à l'image de l'Arabie saoudite, sont opposés aux négociations climatiques. Par ailleurs, on peut envisager que proposer de réduire sa consommation d'hydrocarbures n'est pas le message commercial le plus efficace pour des pays qui tirent des revenus de leur vente.
Cependant, l'absence des Emirats arabes unis est surprenante puisque le pays a lancé Masdar City, l'un des plus grands projets de ville zéro carbone. Par ailleurs, il fait partie des cinquante pays fondateurs de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables dont il accueille le siège. Ces arguments auraient contribué à crédibiliser son INDC. A moins que son engagement en matière de renouvelables ne soit que de façade ?
 
Mais le protocole a vécu et les pays les plus réticents à le prolonger affichent souvent une stratégie consistant à décaler la date initiale de comparaison des émissions (1990 dans le protocole). Les Etats-Unis, dont le Président a dénoncé le protocole de Kyoto dès mars 2001, et le Canada, qui s'est retiré du protocole en décembre 2012, offrent un premier exemple : les premiers s'engagent à réduire de 26 à 28% des émissions entre 2005 et 2025 et le second de 30% entre 2005 et 2030. Le Japon (2,91% des émissions) propose de réduire ses émissions de 26% entre 2013 et 2030, l'Australie (1,24%) s'engage à réduire les siennes de 26 à 28% entre 2005 et 2030 et la Nouvelle-Zélande soumet une réduction de 30% entre 2005 et 2030. Un choix loin d'être anodin pour ces cinq pays qui représentent conjointement 20,5% des émissions mondiales.

Réduire l'intensité carbone

De même, la Chine et l'Inde, qui représentent à elles deux 30,25% des émissions mondiales, ont retenu une approche semblable, en s'engageant à réduire l'intensité carbone de leur économie. La Chine propose une baisse de ses émissions rapportées à son PIB de 60 à 65% entre 2005 et 2030 et l'Inde de 33 à 35% sur la même période. Par ailleurs, la proximité des contributions se retrouve aussi via certains autres points, comme par exemple un objectif de 20% d'énergies décarbonées en 2030 pour la Chine et de 40% pour sa voisine à la même échéance. Ce sont aussi deux contributions très politiques, en particulier s'agissant du volet financier. La Chine attaque les pays industrialisés pour leur absence de progrès concernant la promesse de financer le soutien au pays du Sud à partir de 2020 et à hauteur de 100 milliards de dollars par an. Quant à l'Inde, qui évalue le coût de son engagement à 2.500 milliards de dollars, elle annonce qu'elle présentera ultérieurement son besoin de financement international.

D'autres pays ont suivi la voie de la Chine et l'Inde : Singapour vise une réduction de 35,8% de son intensité carbone entre 2005 et 2030, la Tunisie de 13% entre 2010 et 2030 (portée à 41% sous condition d'aide internationale), et le Chili de 30% entre 2007 et 2030 (relevée à 35%, voire 45%, sous condition).

Parmi les contributions les plus "originales", figure l'Afrique du Sud qui a soumis une contribution particulièrement alambiquée. Le pays propose une stratégie "Pic Plateau Déclin" (PPD), avec une stabilisation annoncée entre 2020 et 2025 et un plafonnement des émissions qui durerait dix ans. Mais les valeurs retenues, qui traduisent le niveau du plateau, sont très vagues : "les émissions de l'Afrique du Sud en 2025 et 2030 seront comprises entre 398 et 614 millions de tonnes d'équivalent CO2 (MtCO2eq)", annonce le document. Un projet d'INDC, basé sur cette même stratégie PPD, évoquait pour 2025 une réduction de 42% par rapport à un scénario au fil de l'eau, mais cette mention a disparu dans la version publiée. A noter que le Brésil se distingue lui aussi et propose une réduction de ses émissions en valeur absolue. Un engagement de ce type est rarissime pour un pays du Sud, seul le Botswana ayant fait de même. Néanmoins, l'engagement brésilien n'est pas si vertueux qu'il y paraît puisque le pays propose de réduire de 37% ses émissions entre 2005 et 2025, sachant qu'elles sont déjà 41% inférieures à celles de 2005…

Au Sud, deux grands types d'engagement

A lire les contributions issues des pays non assujettis au protocole de Kyoto, il est frappant de noter que bien souvent elles font office de "facture". Elles présentent les montants de l'aide financière attendue pour faire face au coûts d'adaptation aux impacts des changements climatiques et pour atténuer les émissions de GES. La plupart des engagements d'abattement des émissions prennent deux formes.

La première consiste à proposer une réduction des émissions à un horizon donné par rapport au scénario au fil de l'eau (BAU, selon l'acronyme anglais). Le plus souvent, l'effort porte sur la période 2020-2030 avec un objectif ferme et un objectif plus ambitieux conditionné à un soutien financier et technologique international. Parmi les pays du Sud les plus émetteurs ayant soumis une telle INDC figurent l'Indonésie (1,66% des émissions mondiales) qui propose une réduction ferme de 29% et conditionnelle de 41%, La Corée du Sud (1,39%) qui soumet une réduction ferme de 37% et le Mexique (1,36%) qui s'engage sur un abattement de 25%. A chaque fois l'engagement porte jusqu'en 2030.

La seconde forme consiste à présenter une série de mesures sectorielles, assorties là aussi du coût de mise en œuvre. Cette option était envisagée dans l'accord de Lima qui prévoyait que les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires en développement "[puissent] communiquer des informations sur les stratégies, plans et mesures adoptés dans l'optique d'un mode de développement à faibles émissions de GES". Certains pays de l'Afrique australe (Malawi, Mozambique et Swaziland) et de l'Ouest (Guinée, Guinée-Bissau et Sierra-Leone) ont retenu cette option. Une variante de ce type d'INDC se focalise sur le secteur énergétique et vise une production électrique totalement renouvelable. Trois pays ont formulé cette stratégie : la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Vanuatu, à l'horizon 2030, et Samoa, à l'horizon 2017 avec une poursuite des investissements jusqu'en 2025.

Enfin, certains pays se sont aussi distingués en proposant des objectifs formulés en terme d'émissions par habitant, avec parfois des calculs complexes. L'Arménie, par exemple, répartit les 1.000 milliards de tonne de CO2 (GtCO2 eq) disponibles pour la période 2015-2050 sur une population mondiale qu'elle estime à 5,3 milliards. Le pays obtient une moyenne de 5,4 tonnes par an et par habitant, ce qui constitue son objectif (les émissions actuelles de l'Arménie sont de 2,14 tonnes par habitant). Israël propose de limiter ses émissions à 7,7 tonnes par an et par habitant en 2030, contre 10,4 en 2005. Quant au Malawi, il se fixe pour objectif d'atteindre des émissions par habitant comprises entre 0,7 et 0,8 tonne CO2eq en 2030, contre 1,4 tonne CO2eq en 2010 et 1,5 tonne CO2eq attendue en 2030.

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