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Climat : une étude décortique la stratégie de TotalEnergies visant à minorer l'impact de ses activités

Une étude des archives de TotalEnergies montre que le groupe a tenté de minimiser son impact climatique. Le pétrolier estime n'avoir rien caché. Notre Affaire à tous demande qu'il aligne sa stratégie sur les recommandations du Giec.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Climat : une étude décortique la stratégie de TotalEnergies visant à minorer l'impact de ses activités

Une étude, réalisée par trois historiens et publiée dans la revue académique internationale Global Environmental Change, met en évidence que TotalEnergies (précédemment Total et Elf, jusqu'à leur fusion en 2000) connaissait depuis 1971 la possibilité d'un dérèglement climatique lié à la consommation de combustibles fossiles. Surtout, TotalEnergies a mené une stratégie pour limiter l'impact que pourraient avoir sur ses activités une politique climatique ambitieuse.

« La multinationale a consciemment mis en place, au cours de ces cinquante dernières années, différentes stratégies de fabrique du doute autour de l'urgence climatique afin de discréditer la science, et empêché par un lobbying féroce toute forme de régulation de ses activités, tout en continuant à développer massivement et presque exclusivement les énergies fossiles », explique Notre Affaire à tous et 350.org, qui relaient l'article. Les deux associations « exigent des décideurs publics de tenir la multinationale responsable et des institutions financières de cesser de la financer ».

TotalEnergies ne partage pas cette lecture : « La connaissance qu'avaient Elf ou Total du risque climatique depuis les années 1970 n'était en rien différente des connaissances et publications scientifiques de l'époque », explique le groupe, estimant qu'« il est donc faux de soutenir que le risque climatique aurait été tu par Total ou Elf dans les années 1970 ou depuis ».

Ces révélations font suite à celles du même ordre concernant les stratégies menées par d'autres géants de l'industrie pétrolière pour miner les politiques de réduction des émissions de gaz à effets (GES). Ont notamment été pointés du doigt, l'américain ExxonMobil, le britannique BP et l'anglo-néerlandais Shell.

Plusieurs phases se succèdent

Sur la base des archives de TotalEnergies, les trois auteurs montrent que l'entreprise a eu très tôt conscient de l'impact climatique de l'extraction pétrolière et gazière. Cette connaissance débute dès 1971, avec un article intitulé « La pollution atmosphérique et le climat » publié dans Total Information, la revue interne de l'entreprise. Ce texte, rédigé par un universitaire spécialiste du sujet, alerte déjà sur l'origine anthropique du dérèglement climatique et sur de potentielles conséquences désastreuses. Comment les dirigeants de Total et d'Elf ont-ils appréhendé le sujet après cette première alerte ?

Jusqu'à la fin des années 1980, la première réponse a été de minorer publiquement la réalité des changements climatiques et de nier le rôle des activités humaines. Pourtant, l'entreprise s'intéresse à son impact environnemental dès 1971 et participe aux programmes de recherche sur le climat portés par l'American Petroleum Institute. En interne, les dirigeant d'Elf préparent l'entreprise « à se défendre » contre d'éventuelles taxes basées sur l'impact climatique du pétrole, montre une archive citée par l'étude.

La décennie 1990 ouvre une nouvelle séquence au cours de laquelle l'entreprise participe, avec d'autres acteurs de son secteur, à la « stratégie de fabrique du doute ». Pointant les incertitudes, ils appellent à de nouvelles études avant d'envisager de réduire les émissions de CO2. En 1992, le lobbying d'Elf auprès de l'État et à Bruxelles met notamment en échec le projet d'écotaxe européenne.

Enfin, à partir de la fin des années 1990, Elf et Total ne remettent plus en cause le dérèglement climatique. Pour autant, les deux entreprises tentent toujours de limiter l'intervention des pouvoirs publics en mettant en avant leurs actions en faveur du climat, tout en continuant à développer leur acticité d'extraction de pétrole et de gaz.

Les pouvoirs publics doivent contraindre TotalEnergies

 
La priorité de la multinationale a toujours été la protection, quoi qu'il en coûte, de ses profits  
Notre Affaire à tous et 350.org
 
Pour Notre Affaire à tous et 350.org, cette étude des archives de TotalEnergies montre que « la priorité de la multinationale a toujours été la protection, quoi qu'il en coûte, de ses profits ». Aujourd'hui, l'entreprise développe toujours de « nouveaux projets dévastateurs ». Les deux ONG citent en particulier deux projets dans des régions protégées : l'oléoduc East African Crude Oil Pipeline (EACOP), en Ouganda et en Tanzanie, et le projet de développement de gaz naturel liquéfié (GNL) Arctic LNG 2, en Russie. Plus encore, déplorent-elles, « en 2030, les combustibles fossiles représenteront encore plus de 80 % des investissements du groupe ».

Aujourd'hui, Notre Affaire à tous et 350.org demandent surtout aux « gouvernements et acteurs financiers [de] contraindre TotalEnergies à s'aligner sur les recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) en cessant de développer de nouveaux projets fossiles ». Concrètement, les deux ONG souhaitent aussi que les acteurs financiers s'engagent à ne pas financer de nouveaux projets d'exploration et d'exploitation d'énergies fossiles et rejoignent le mouvement de désinvestissement des combustibles fossiles. Elles demandent en particulier à la BCE d'exclure Total et l'industrie fossile des programmes d'achat d'actifs.

Les deux organisations jugent aussi « impératif » le lancement d'une commission d'enquête parlementaire « pour faire toute la lumière sur la manière dont les décisions climatiques des pouvoirs publics ont été prises durant toutes ces décennies ». Elle pourrait notamment accéder aux archives des entreprises des secteurs des énergies fossiles et de l'automobile pour faire la lumière sur le lobbying en défaveur du climat.

Réactions9 réactions à cet article

 

Ce qui est le plus étonnant, c'est que ça ne sorte que maintenant (Exxon a fait son coming-out il y a 3 ans déjà), alors qu'il est déjà bien trop tard, le changement climatique est irrémédiablement à l'œuvre : leur lobbying tous azimuts a été d'une redoutable efficacité ! Il y a des gens comme Allègre évidemment, mais également le corsetage du mandat du GIEC, le noyautage d'organismes comme l'ADEME, la farce de Copenhague, l'instillation de l'antinucléarisme chez les écolos, dans les médias et chez les politiques, etc. Les mêmes méthodes que l'industrie du tabac ou des pesticides. Depuis un siècle qu'ils dominent la géopolitique mondiale, leurs moyens sont inouïs (lire "Carbon Democracy", de Mitchell). Quand le complotisme rejoint la réalité, hélas.
Maintenant, il faut dérouler la pelote, avec courage et lucidité : des voitures toujours aussi gourmandes, des logements qui restent des passoires thermiques, une RT2012 qui favorise le chauffage au gaz, des éoliennes qui requièrent le gaz en back-up, etc., bref tous le réseau de leurs affidés. Et il y a urgence !

dmg | 21 octobre 2021 à 09h58
 
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L'industrie du tabac a conçu dès les années 50 ce genre de stratégie de l'enfumage (sic !), du mensonge et de la désinformation, avec l'aide sans cesse renouvelée de scientifiques et de personnalités des médias bien en vue cupides, sans scrupules et donc prêts à vendre leur caution au plus offrant, quitte à mentir et à déformer les faits scientifiques. L'industrie pétrolière, tout comme celles des pesticides, de l'amiante, de l'automobile (Dieseil gate, notamment) et bien d'autres n'ont fait que reprendre à leur compte ces techniques mortifères.
L'ouvrage Les gardiens de la raison - Enquête sur la désinformation scientifique, co-écrit par S. Foucart, S. Horel et S. Laurent, publié en 2020 aux éditions Cahiers libres La Découverte, le documente très bien.

Pégase | 21 octobre 2021 à 10h06
 
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même une entreprise comme Total fabrique des données juste pour tromper, et pourtant c'est une entreprise qui a un comité d'éthique en son sein, finalement en qui Faut -il placer la confiance?

jovi | 21 octobre 2021 à 15h48
 
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Et l'industrie du "bio" avec le dénigrement de l'agriculture et les études bidon de Séralini financées par la grande distribution, c'est pas du lobbying ?
NB : je ne travaille pas pour Total qui au lieu de se renommer "TotalEnergies" aurait dû choisir le nom "Addition"...
Bien le bonjour à tous !

Albatros | 21 octobre 2021 à 17h06
 
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L'industrie du bio? Cela existe? Avec 15% de bio en France contre 85% d'agriculture intensive, avec 98% des chambres d'agriculture tenues par la FNSEA - un score de pays totalitaire - on se demande où est le lobby. Les agriculteurs bio ne dénigrent pas l'agriculture, ils dénoncent le modèle agricolo-industriel mortifère actuel, qui empoisonne la terre, l'eau, l'air et la santé des consommateurs.

petite bête | 22 octobre 2021 à 10h31
 
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Connaissez-vous des agriculteurs conventionnels ?
Le lobby du bio ne cesse de dénigrer ces gens qui, bien avant l'émergence de l'arnaque bio, produisaient déjà notre alimentation. Ils ne sont pas les tueurs que vous décrivez.
Par contre, connaissant des franchisés "Lea Nature" ou "Biocoop", je peux vous affirmer qu'ils cumulent les "qualités" de l'industrie et de la grande distribution. Certains se font littéralement des c... en or sur vos dos avec des marges à deux chiffres.
Sincères salutations.

Albatros | 22 octobre 2021 à 11h00
 
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Souvenez-vous du comportement opportuniste, prédateur et intellectuellement malhonnête de TOTAL lors de la crise Covid : cette entreprise dont le cœur de métier est le gaz et le pétrole n'a pas hésité à réclamer sa part d'ARENH (MWh nucléaires d'EDF à prix cassés : 42 €/MWh) quand le marché était supérieur à 50 €, engrangeant ainsi de somptueux bénéfices sans avoir jamais vu une seule centrale nucléaire de sa vie.
Lors de la crise Covid où le MWh est tombé sous 20 €, le PDG de Total Patrick Pouyané a "refourgué" à EDF les MWh à 42 € qu'il lui avait achetés, arguant un "cas de force majeure". La justice étant ce qu'elle est (!) lui a donné raison.
Le vautour...
Cette étude n'est donc pas surprenante. La Justice fera-t-elle cette fois son travail ?

studer | 22 octobre 2021 à 14h55
 
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Une enquête parlementaire sur une dérive de plus d'une entreprise phare du "krach 40" ? Chiche ! Cela nous permettrait d'entendre en tant que témoin (assisté ?) l'inénarrable Claude Allègre, que l'on n'entend plus beaucoup à force de tempêtes d'exception, de feux dévastateurs et autres sécheresses récurrentes...

Tonton Albert | 29 octobre 2021 à 15h16
 
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même une entreprise comme Total fabrique des données juste pour tromper, et pourtant c'est une entreprise qui a un comité d'éthique en son sein, finalement en qui Faut -il placer la confiance?

jovi | 29 octobre 2021 à 17h20
 
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