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Vers un nouveau climat de la finance ?

Plus de 1.000 professionnels de la finance internationale se sont réunis lors du Climate Finance Day, point d'orgue de la Climate Week à Paris le 22 mai. Reste à attirer les milliards de milliards de dollars brassés par le secteur financier vers des investissements climatiquement corrects.

Décryptage  |  Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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Au sortir du Climate Finance Day, à Paris le 22 mai dernier, on avait comme une impression d'assister à un tournant. La finance allait donc se mettre au vert ? Banquiers, chefs d'entreprise et investisseurs se sont succédés à la tribune, où ils ont annoncé lancer une plate-forme d'actions et d'engagements pour le climat, un hub en ligne dédié aux initiatives climate friendly du monde de la finance. Cette initiative fait suite à l'appel lancé lors du sommet des Nations Unies à New York sur le climat en septembre dernier. Quelque 400 investisseurs y ont donné suite, qui représentent 25 trillions de dollars (milliards de milliards) d'actifs. Pour le moment, seulement 17 projets sont annoncés.

La secrétaire exécutive de la Convention climat Christiana Figueres est néanmoins optimiste : "Dans les 15 prochaines années, quelque 90 trillions de dollars peuvent être investis dans les infrastructures dans le monde. Les investissements dépourvus de risque et verts seront cruciaux pour ouvrir un avenir sain et prospère". Rintaro Tamaki, secrétaire général adjoint de l'OCDE corrobore : "Le G20 a demandé la prise en compte de ces questions. Le risque lié au climat est désormais au cœur des questions financières". Au Royaume-Uni, le gouvernement a commandé à la Banque d'Angleterre un rapport sur le rôle potentiel du secteur des assurances dans la prévention du risque climatique.

La BEI et la Caisse des dépôts se veulent investisseurs responsables

Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des Dépôts (CDC), a annoncé que la CDC allait consacrer 15 milliards d'euros d'ici à 2017 à des investissements en faveur de la transition écologique et énergétique. Il a confirmé son adhésion à la Montreal Pledge, coalition d'investisseurs qui les engagent d'ici à la COP21, à mesurer, rendre publique et réduire l'empreinte carbone de leurs portefeuilles d'investissement financier. "Je souhaite engager un dialogue actionnarial soutenu sur les questions climatiques avec les sociétés dont nous sommes actionnaires et je prends le pari que ce dialogue permettra de réduire l'empreinte carbone de notre portefeuille d'actions. Nous mesurerons les progrès réalisés et si les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous, nous procéderons à des réallocations au sein de notre portefeuille", a-t-il avancé.

Jonathan Taylor, vice-président de la Banque européenne d'investissements (BEI) a confirmé que la BEI "en tant qu'un des plus grands prêteurs, est déterminée à poursuivre son engagement résolu et à apporter plus de 50 milliards d'euros pour l'investissement climatique au cours des trois prochaines années à la demande de nos actionnaires, les 28 États membres de l'UE".

Axa, Crédit agricole, Bank of America...

Animation sur les subventions des états et les aides des banques aux énergies fossiles © Datagueule
 
Dans la même semaine, qui fut aussi celle de la Business Climate Week, trois annonces se sont succédées. Henri de Castries, PDG du groupe Axa, a révélé que la compagnie d'assurance allait désinvestir du charbon d'ici la fin de l'année, soit plus de 500 millions d'euros, et tripler ses investissements verts dans les cinq ans à venir, soit plus de 3 milliards d'euros d'ici à 2020. Le géant mondial de l'assurance introduira des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans l'ensemble de ses portefeuilles de "fonds généraux". Une goutte d'eau dans l'océan des 35 trillions de dollars que représentera globalement le secteur de l'assurance d'ici à 2020, véritable "pouvoir silencieux", selon Erwann-Michel Kerjann, directeur exécutif du Centre du management du risque de la Wharton School à New York. "Ce sont des trillions de dollars qui devront être investis dans la résilience des infrastructures", sous la forme de resilient bonds et de resilience funds, estimait M. Kerjann lors d'un colloque sur la finance face au changement climatique à Sciences Po le 28 mai. A rapporter aux 36 milliards investis dans les green bonds jusqu'à présent, dont l'impact écologique reste à valider car l'immense majorité de ces obligations sont auto-certifiées.

L'annonce d'AXA fait suite à celle du Crédit agricole, qui a fait connaître sa décision de mettre un terme à ses financements aux projets de mines de charbon et aux exploitants spécialisés dans cette activité. A moins de sept mois de la conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, le Crédit Agricole est ainsi la deuxième banque au monde, après Bank of America, à réduire ses financements à ce secteur. "Le Crédit Agricole va même plus loin que Bank of America qui a récemment annoncé qu'elle réduisait et non coupait ses financements aux mines de charbon. Et surtout sa décision couvre l'ensemble de ses soutiens financiers, que ce soit des financements de projets, d'entreprises ou des émissions d'actions et d'obligations", estime Paul Corbit Brown, de l'organisation Keepers of the Mountains aux Etats-Unis, venu demander à la banque de mettre un terme à ses soutiens au MTR (Moutaintop Removal Mining), une technique brutale d'extraction du charbon pratiquée dans les Appalaches. Le Crédit agricole, qui avait annoncé en 2013 la fin de ses financements au MTR, était en réalité toujours impliquée dans le financement des entreprises les plus actives du secteur, via les émissions d'obligations, souligne le réseau Bank Track.

Plus de transparence

Si Bank Track salue l'annonce du Crédit Agricole, il en note les limites : "La première est que la politique du Crédit Agricole ne concerne que les entreprises qui sont spécialisées dans l'extraction de charbon. Ainsi la banque continuera de financer l'extraction de charbon à travers ses soutiens à des multinationales comme BHP Billiton, Glencore, ou encore Anglo American. Et la deuxième est que le Crédit Agricole n'a rien annoncé sur les projets des centrales à charbon et les producteurs d'électricité à partir de charbon qu'elle a soutenu à hauteur de 4,7 milliards d'euros entre 2005 et avril 2014".

Dans la même journée, Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, a invité ENGIE et EDF à mettre un terme à leurs investissements dans les centrales à charbon sales. Par le biais de la loi sur la transition énergétique, une disposition incite les institutions financières à "évaluer les risques liés au changement climatique auxquelles elles sont exposées pour l'ensemble de leurs actifs". "Nous abordons une phase où l'ensemble du système financier doit prendre en compte les risques climatiques dans ses activités", a déclaré le ministre. Il a précisé que le rôle des pouvoirs publics est d'envoyer, sur la durée, les bons signaux économiques, soulignant que le projet de loi français sur la transition énergétique prévoit que les investisseurs français, publics et privés, devront calculer et rendre publique l'empreinte carbone de leurs portefeuilles.

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