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Actu-Environnement

Climat : des discussions informelles essentielles ?

Aux côtés de grandes conférences officielles organisées dans le cadre de la CCNUCC, le nombre de conférences informelles se multiplie. Si l'objectif officiel reste de combattre le réchauffement climatique, le ton semble y être plus consensuel…

Gouvernance  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
Réunis du 31 mars au 4 avril à Bangkok, plus de 1.000 représentants des 189 parties signataires de la Convention Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) ont apporté les premières clarifications sur les suites à donner au protocole de Kyoto après 2012. Pour la première fois depuis Bali, les pays signataires de la Convention pour le Changement Climatique se sont en effet réunis afin de négocier un avenir au protocole de Kyoto. Un calendrier précis doit les mener jusqu'aux signatures finales en décembre 2009.

Objectif : parvenir à un accord mondial sur le climat en décembre 2009

Trois sessions de travail sont prévues en 2008. Une première réunion est prévue en juin prochain en Allemagne à Bonn. Elle portera sur les moyens de mobiliser les investissements nécessaires à la réduction des émissions et de transférer les technologies propres. Une réunion suivra en août au Ghana où il sera question de déforestation et d'approche sectorielle, solution proposée par le Japon pour permettre de juger chaque industrie sur ses obligations environnementales. La dernière réunion aura lieu en décembre à Poznan en Pologne. Y seront notamment abordées les questions de gestion des risques et d'objectifs de réduction des émissions à long terme.
En 2009, quatre autres sessions seront organisées. L'objectif de ces discussions organisées dans le cadre de la CCNUCC et impliquant l'ensemble des pays du monde, consiste à parvenir à la conférence de Copenhague en décembre avec un accord mondial sur la réduction des GES censé prendre le relais du Protocole de Kyoto. Si l'objectif est atteint, les pays auront ensuite plus de deux ans pour ratifier ce nouveau traité qui devra être opérationnel le 1er janvier 2013.

De nécessaires échanges informels

Mais en parallèle des discussions onusiennes, plusieurs forums internationaux traitent cette question depuis des perspectives diverses, en lien avec la sécurité et l'efficacité énergétique, la compétitivité économique, le développement et la diffusion des technologies ou la vulnérabilité et l'adaptation aux changements climatiques.
Ainsi, afin d'assurer le dialogue entre les pays fortement émetteurs de gaz à effet de serre comme les Etats-Unis et la Chine, les États-Unis ont lancé en mai 2007 une initiative de réunion rassemblant ces États, intitulé « Major Economies Meeting on Energy Security and Climate Change », ou MEM. Ce groupe est composé de l'Afrique du sud, l'Allemagne, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée du sud, la France, l'Inde, l'Indonésie, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Russie, le Royaume-Uni, l'Union européenne (UE) et les Nations Unies. Il est plus aisé de discuter quand on est moins nombreux. Non pas pour négocier mais au moins pour se comprendre mieux, estime l'ambassadeur de France pour le climat, Brice Lalonde qui assure que cette initiative apportera une contribution utile à la discussion déjà engagée dans le cadre de la CCNUCC sans pour autant remettre en cause la primauté du processus onusien.
Considérés initialement avec méfiance par l'UE, les MEM seraient donc perçus aujourd'hui comme une occasion supplémentaire utile de dialogue.

Une première réunion « MEM » de niveau ministériel a eu lieu en septembre 2007 à Washington et une seconde, de niveau sous-ministériel, en janvier 2008 à Hawaï. Jeudi 17 et vendredi 18 prochain, la France organisera à Paris et au nom de l'Union Européenne, la troisième rencontre associant des représentants des chefs d'Etats. Il n'y aura pas de résultat attendu, il y'aura simplement une discussion qui permet d'avancer et qui contribue à nous aider dans les négociations internationales, précise l'ancien ministre de l'Environnement de François Mitterrand. Pour créer des conditions pour pouvoir réussir les textes, proposés dans le cadre Onusien, il faut des échanges informels pour que chacun comprenne les positions des uns et des autres, poursuit Paul Watkinson, chargé de la coordination internationale à la Mission Interministérielle de l'Effet de Serre (MIES). La plupart des pays qui participent à ces réunions semblent d'ailleurs apprécier ce ''format'' car ils peuvent officiellement y discuter franchement… En outre, dans le cadre des Nations Unis, les grands pays émergents, Chine et Inde en tête, se réfugient souvent derrière leur statut de pays pauvres, alors que dans le cadre de ces discussions informelles, ces nations semblent plus à même d'assumer la responsabilité qui leur incombe.

Explorer les pistes de réduction des émissions par secteur

Si la France et l'Union européenne profiteront de cette réunion pour rappeler leur volonté de trouver un accord sur un objectif global de réduction des émissions d'au moins 50% d'ici 2050 par rapport au niveau de 1990, cette 3e MEM sera précédée le mercredi 16 avril d'un atelier de travail organisé par l'IDDRI (l'Institut du Développement Durable et des Relations internationales) sur les approches sectorielles. Si on ne peut pas s'entendre sur un accord global portant sur toute l'économie d'un pays, on peut peut-être s'entendre sur des secteurs économiques particuliers, explique Brice Lalonde.
Ces approches font l'objet de discussions, afin de répondre notamment au développement nécessaire d'instruments économiques, de garantir le minimum de distorsions économiques face au défi climat et de répondre à certaines attentes des pays en développement. Les résultats de cet atelier, qui essayera de créer une vision commune, devraient entrer dans les discussions des représentants de haut niveau lors de la rencontre MEM3.

Le processus MEM devrait aussi contribuer à créer un cadre pour explorer, hors négociations, certains des sujets les plus sensibles comme la diffusion des technologies propres. La technologie est une question centrale et jouera un rôle très important, commente Brice Lalonde tout en précisant que l'UE pense aussi que les politiques à mener joueront un rôle essentiel aussi (construction des villes par exemple). Quant aux pays en voie de développement, ils considèrent que les entreprises des pays développés pourraient faire davantage pour transférer les techniques les plus économes en GES. Toutefois, cette question a de multiples facettes puisque les technologies appartiennent en général à des entreprises privées. La problématique est donc de savoir si on peut trouver des systèmes publics pour inciter les entreprises à investir dans ces pays. Les approches sectorielles constituent d'ailleurs un moyen d'améliorer les transferts de technologies, analyse Brice Lalonde.

L'accord global serait-il remis en question ?

Si Brice Lalonde se veut rassurant, la position des opposants à Kyoto refusée en bloc jusqu'ici par l'Europe, semble être abordée désormais de manière plus consensuelle. Une situation que les associations déplorent, qualifiant le principe de ce processus inutile et dangereux. Greenpeace boycotte ainsi l'atelier ouvert aux ONG le 16 avril et appelle le Président Sarkozy et le ministre Jean-Louis Borloo à ne pas cautionner cette initiative par leur présence. Ces réunions parallèles aux négociations sur la suite du protocole de Kyoto, impulsées en septembre dernier par l'Administration américaine, n'aboutissent à aucun engagement sur des objectifs nationaux chiffrés et contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre et font la part belle aux engagements volontaires, qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité. George W. Bush ne poursuit qu'un seul objectif : faire dérailler le processus multilatéral, torpiller le protocole de Kyoto, commente Karine Gavand, responsable de la campagne Climat de Greenpeace France. Alors que la présidence de l'Union européenne va donner à la France un rôle tout particulier dans la mise en œuvre de la feuille de route de Bali, l'association regrette que la France ne s'en tienne pas à sa position initiale c'est à dire contester la légitimité du MEM comme processus parallèle risquant de parasiter le cadre onusien.

De son côté, le WWF déplore que les premières victimes des changements climatique ne soient pas représentées au MEM. Comment accepter que ce soient les pollueurs qui définissent entre eux de combien ils vont réduire leur pollution ? s'interroge Damien Demailly, chargé du programme Energie et Climat au WWF France. Quant aux discussions sur les approches sectorielles, l'association estime qu'elles ont toute leur place dans les nombreuses réunions prévues dans le cadre de l'ONU. Pour le WWF France, le sujet traité dans le cadre du MEM devient extrêmement glissant : certains pays industrialisés pourraient selon l'association, utiliser les approches sectorielles pour se débarrasser de leurs engagements nationaux. Si tel était le cas, on perdrait la plus grande avancée du Protocole de Kyoto pour revenir 10 ans en arrière.

Réactions1 réaction à cet article

 
Régression

On a finalement régressé par rapport au premier choc pétrolier. Il y a trente ans on parlait d 'économies d'énergies. Aujourd'hui on consomme plus et en plus on a peur, pour je ne sais quelle raison, d'employer le mot "économies d'énergies". On lui préfère réduction du CO2 ou efficacité énergétique.
Il y a trente ans on voulait simplement économiser. Aujourd'hui on veut sauver la planète.
Mais il y a trente ans on allait directement à la source du problème : la consommation d'énergies. Aujourd'hui on conceptualise, on brode, on fait dans la sémantique. Mais in fine on fait dans la course de lenteur. On travaille à la marge.
Aurait-on un intérêt à faire du rétropédalage ?

René-Pierre | 17 avril 2008 à 12h30
 
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