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Clôture de la COP 22 : les pays développés reportent les décisions à plus tard

Au-delà des déclarations adoptées à Marrakech dans une ambiance consensuelle renforcée par l'élection de Donald Trump, la diplomatie climatique diffère sans surprise la mise en œuvre de l'Accord de Paris à 2018.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
Clôture de la COP 22 : les pays développés reportent les décisions à plus tard
Environnement & Technique N°364 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°364
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Tard dans la nuit du 18 au 19 novembre, l'assemblée des 197 délégations à la COP 22 a adopté les deux principaux textes proposés par la présidence marocaine à l'issue de ces deux semaines de conférence.

Dans sa décision finale, les signataires de l'Accord de Paris "décide[nt] de conclure le programme de travail engagé par l'Accord de Paris aussi tôt que possible", mais "au plus tard" lors de la COP 24, soit en 2018, qui se tiendra en Pologne. Elle donne mandat aux présidences de la COP 22 (le Maroc) et la COP 23 (qui sera assurée par Fidji à Bonn, en Allemagne) pour organiser des discussions "informelles" dès mai 2017.

C'est donc la principale décision de cette COP 22 que de respecter la feuille de route de l'Accord de Paris dont l'article 20 "décide d'organiser un dialogue de facilitation entre les Parties pour faire le point en 2018 des efforts collectifs déployés par les Parties en vue d'atteindre l'objectif à long terme énoncé au paragraphe 1 de l'article 4 de l'Accord", c'est-à dire de "contenir l'élévation des températures en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et poursuivre l'action menée pour limiter l'élévation à 1,5°C" par "le plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais".

L'adaptation en attente de renforts

Autre décision : la nécessité d'abonder "à long terme" les mesures de soutien aux populations vulnérables par le volet sur l'adaptation. L'Accord de Paris ne précise pas le montant exact des financements qui doivent être alloués à l'adaptation dans les pays en développement. Au final, les négociateurs de Marrakech "se félicitent" de la "soumission" de la "feuille de route", proposée par les pays donateurs, qui prévoit que seuls 20% des 100 milliards de dollars promis seront destinés au financement de l'adaptation d'ici 2020. "En défendant cette proposition, les ministres des pays donateurs ont montré leur indifférence face à cet important déséquilibre", estime Armelle Le Comte d'Oxfam France.

Une analyse corroborée par la Fondation Nicolas Hulot (FNH) qui, dans un communiqué, note qu' "à l'exception des 80 millions de dollars engagés pour le Fonds d'adaptation, les pays développés n'ont toujours pas comblé le déficit criant en matière de financements pour aider les populations à se protéger et se préparer aux impacts du changement climatique". L'isolationnisme de la présidence Trump risque de plomber le Fonds vert pour le climat si aucun mécanisme de financement innovant n'est mis en place pour abonder ce fonds au-delà de la bonne volonté conjoncturelle des donateurs.

Multiplication d'initiatives

Dans une déclaration intitulée Vision de Marrakech diffusée le 18 novembre, les 48 Etats du Forum des plus vulnérables, représentant un milliard d'habitants, en appellent tous les pays à renforcer leur contribution nationale (NDC) d'ici à 2020 au plus tard et à honorer leurs engagements financiers. Ils s'engagent eux-mêmes à devenir 100% renouvelables si la communauté internationale les soutient dans ce sens.

Parmi les moments forts de la COP, le discours du secrétaire d'Etat américain John Kerry a tenté de rassurer, confortant le monde des affaires dans ses orientations en faveur d'une économie propre, sur fond d'élection de Donald Trump. "L'Accord de Paris a connu son premier stress test", commente David Levaï, chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), "et a démontré sa résilience lors de cette COP. Le monde a changé, on a franchi un véritable cap structurel".

Le 17 novembre, les championnes du climat Laurence Tubiana et Hakima El Haite ont lancé la Plateforme 2050, inaugurée par les Etats-Unis. Le négociateur Jonathan Pershing a présenté un document de 111 pages. Le Mexique, l'Allemagne et le Canada ont dévoilé leur stratégie de long terme, montrant leur résolution à être les premiers à préciser les orientations de leurs politiques climatiques, bien avant la date butoir de 2020 fixée par l'Accord de Paris.

Une nouvelle coalition, le NDC Patrnership, a été lancée pendant la COP pour stimuler et aider à la mise en œuvre des contributions nationales qui sont les traductions de l'Accord de Paris. Quelque 195 pays ont signé la Proclamation de Marrakech, qui exhorte à agir d'urgence contre le changement climatique. Mais pour la FNH, "concrètement, il n'y a eu aucune décision pour accélérer les actions entre 2017 et 2020. En matière agricole, les décisions ont encore une fois été repoussées à l'année suivante".

Dans l'oasis ocre de la ville de Marrakech, où se tenait déjà une COP en 2001, le report des décisions à 2018 évoque le mirage d'un engagement à chaque fois remis à plus tard. Initiative africaine sur les énergies renouvelables soutenue par la France, mesures agro-écologiques en Afrique et ailleurs, systèmes d'alertes météorologiques, coalitions de collectivités territoriales, d'entreprises et d'investisseurs, essor du solaire et de l'éolien et suppression des gaz réfrigérants par le Protocole de Montréal illustrent la tentation des Etats de s'en remettre à d'autres acteurs sans prendre leurs responsabilités. L'ère de l'exploration et de l'exploitation des énergies fossiles est loin d'être terminée. Donald Trump entend la relancer et l'Accord de Paris ne s'est pas doté des moyens de l'entraver.

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