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L'ingénierie écologique au service de la réhabilitation de la Réserve naturelle de Crau

Trois ans après la rupture d'un oléoduc touchant la réserve de Crau, le gestionnaire SPSE continue de pomper le pétrole au-dessus de la nappe phréatique tandis que le CNRS mène des travaux innovants pour restaurer le site originel.

Biodiversité  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
L'ingénierie écologique au service de la réhabilitation de la Réserve naturelle de Crau

Le travail de dépollution du pétrole et de réhabilitation écologique se poursuit dans la Plaine de Crau (Bouches-du-Rhône) dernière steppe d'Europe occidentale, où une fuite intervenue le 7 août 2009 sur un pipeline d'hydrocarbures avait provoqué une marée noire terrestre.

La rupture d'un oléoduc, géré par la Société du pipeline sud-européen (SPSE), avait déversé 4.700 m3 de pétrole brut touchant 5 hectares de la réserve naturelle des Coussouls de la Plaine de Crau, zone classée Natura 2000. La quasi-totalité du pétrole avait été enlevée en surface par SPSE, filiale de Total, Exxon Mobil et BP, dans les premiers jours de l'accident. Opérés par la société de pipeline, les travaux d'extraction des sols pollués sur 40 centimètres de profondeur avaient débuté les semaines qui suivirent la catastrophe. Au total, pendant un an et demi, 72.000 tonnes de terres souillées par les hydrocarbures ont été excavées à la pelleteuse puis évacuées par camions, jusqu'à un centre de stockage situé à Bellegarde (Gard). Cette terre polluée a été traitée, en fonction de sa concentration en pétrole, et notamment recyclée en remblais (pour 80% du total excavé) sur le site de la décharge. Le reste a été stocké dans un centre d'enfouissement de classe 1 (déchets dangereux) sur ce même site.

Pompage en cours dans la nappe et recours aux bactéries

En dépit de l'intervention rapide des engins de pompage en surface et l'évacuation des terres souillées, une quantité de pétrole infiltrée dans le sous-sol, doit encore à ce jour être dépolluée...Trois ans plus tard, SPSE poursuit toujours le pompage du pétrole au-dessus de la nappe phréatique "à raison de 200 litres par semaine", a expliqué le 15 mai Laure Carougeau, chargée de communication de SPSE. Sur le site même de Saint-Martin-de-Crau, cette dernière faisait un point devant la presse sur la situation de dépollution. Des travaux faisant appel à des techniques d'ingénierie écologique, menés en partenariat avec deux laboratoires du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), sont en cours sur la zone touchée.

Alors que plusieurs dizaines de puits ont été creusés sur la zone impactée, une vingtaine de pompes ont été installées pour remonter le pétrole flottant en surface de la nappe phréatique. A l'heure actuelle, se poursuit l'écrémage au rythme "d'un mètre cube par mois". Un écrémage qui pourrait durer encore "pendant 5 ans", estime le professeur Patrick Höhener, chercheur au Laboratoire de chimie de l'environnement de l'université d'Aix-Marseille qui intervient sur ce chantier. Reste aussi à colmater "les gouttelettes de pétrole présentes dans la nappe" alors qu'elle alimente en eau potable une population de 270.000 habitants. La potabilité de l'aquifère reste sous surveillance constante auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône, depuis l'accident.

Eradiquer les gouttelettes n'est toutefois pas une mince affaire et cette opération pourrait prendre trois ans supplémentaires. Soit une éradication des traces de la catastrophe d'ici "à 8 ans". Pour ce faire, le Laboratoire de chimie de l'environnement teste le potentiel de dégradation des gouttes de pétrole par les bactéries indigènes présentes dans ce panache, explique le professeur Patrick Höhener. Et ce, en "dopant les bactéries" mangeuses de pétrole, déjà utilisées dans la lutte contre la marée noire de Deep Water Horizon en 2010. Le chercheur étudie la disponibilité des nutriments (azote et phosphore) et la concentration d'accepteurs d'électrons (oxygène, nitrate, sulfate…) et de phosphates permettant de ''stimuler" ces bactéries.

Réhabilitation du site originel à l'aide de fourmis

Parallèlement à l'écrémage de la nappe, les travaux permettant de réhabiliter le site originel et de restaurer la végétation, sont également en cours. Durant le printemps 2011, l'équipe du professeur Thierry Dutoit, chercheur à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie (IMBE), a procédé "à un transfert de sol" avec pour objectif de combler les 72.000 tonnes de terres décaissées. En lieu et place de la terre souillée, les écologues injectent celle de la carrière alentour de la Menudelle (Société SCLM), "très similaire à la terre de Crau, pour récupérer des espèces végétales spécifiques à l'écosystème d'origine à l'instar du Brachypode rameux", a expliqué le Pr. Dutoit. "Cette opération d'ingénierie, très originale dans son concept et ses méthodes, demande de maîtriser le transfert du sol et de la vie qu'elle contient - graines, bactéries, champignons, faune - en flux tendus pour favoriser la reprise de la végétation", a précisé le chercheur.

   
Erick Provost dépose une fourmi reine fécondée extraite de son éprouvette © Rachida Boughriet
 
   

Pour aider à la recolonisation naturelle du nouveau sol, Marielle Renucci et Erick Provost, chargés de recherches CNRS de l'IMBE, ont également fait appel depuis l'automne dernier à une espèce de fourmi granivore Messor barbarus. "Parmi la trentaine d'espèces présentes ici, on a cherché celle qui transporte des graines pour se nourrir", a indiqué Marielle Renucci. Ces fourmis noires sont "capables de parcourir des dizaines de mètres pour rapporter des graines dans leur nid (…). Des graines susceptibles de germer et d'ensemencer le sol'', a ajouté Erick Provost. Cette expérimentation est "une première mondiale !", a fait valoir Thierry Dutoit. Pour ce faire, les chercheurs ont implanté tous les 5 mètres, sur le site à réhabiliter, une fourmi reine fécondée. "À l'abri sous leur galet, les reines devraient, d'ici à quelques semaines, creuser une galerie et y pondre des milliers d'œufs", a expliqué M. Provost. Plus de 200 nids de fourmis ont déjà été installés sous les galets numérotés. Le biologiste table "entre 8.000 et 25.000 individus sous chaque galet d'ici trois ans". Cette "armée d'ingénieures", selon les termes du Pr. Dutoit, doivent aider la Crau à retrouver son paysage originel. Un travail de longue haleine : les projets de restauration du site d'origine pourraient nécessiter pas moins de plusieurs dizaines d'années, selon les chercheurs.

Côté coûts : plus de cinquante millions d'euros ont été dépensés par la SPSE pour réhabiliter la réserve naturelle. Le groupe cofinance également à hauteur de 120.000 euros les recherches menées sur la dépollution des hydrocarbures et la biodiversité de la zone réhabilitée.

Réactions1 réaction à cet article

 

Je vous invite à vous rendre sur le site d'Arjuzanx dans les Landes site bien connu des ornithologue comme halte importante dans la migration des grues.
Ce site a été réhabilité après l'arrêt d'une mine de lignite à ciel ouvert exploitée par EDF. Un accord a été passé dès le début des années 1980 entre l'ONCFS et EDF pour restituer au site une vocation naturelle sous la forme d'une zone humide qui sera ensuite classée comme réserve nationale de chasse et de faune sauvage et gérée par l'ONCFS, . La réhabilitation sera achevée avant la fin de cette décennie. Il y a donc de cela + de 25ans... Rien de nouveau donc sous le soleil même si ces exemples sont davantage mis en avant maintenant.

Anne | 01 juin 2012 à 10h27
 
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