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La plupart des glaciers des Alpes pourraient disparaître au cours du XXIe siècle

Deux études réalisées dans le cadre du programme d'observation des glaciers alpins (POG) montrent que, même sur les bases de scénario du GIEC le plus favorable, le réchauffement climatique aura un impact fort sur les glaciers de montagne.

Gouvernance  |    |  Carine SeghierActu-Environnement.com
Un glacier est une masse de glace plus ou moins étendue qui se forme par le tassement de couches de neige accumulées. Écrasée sous son propre poids, la neige expulse l'air qu'elle contient, se soude en une masse compacte et se transforme en glace. Cette glace ira finalement s'épancher jusque dans la partie inférieure du glacier où les températures estivales finissent par la faire disparaître. Les conditions climatiques qu'il subit contrôlent ces apports et ces pertes de masse qui contribuent à son bilan de masse. De ce fait, un bilan global positif entraîne une croissance du glacier alors qu'inversement, un bilan négatif conduit à une perte de volume qui se traduit par la remontée du front glaciaire.

Deux études* réalisées dans le cadre du service d'observation ''programme d'observation des glaciers alpins (POG)'' soutenu par l'Institut national des sciences de l'Univers (INSU) et l'Observatoire des sciences de l'Univers de Grenoble (OSUG) montrent que le réchauffement climatique a un impact fort sur les glaciers de montagne.

La première étude concerne le glacier de Saint Sorlin (Massif des grandes Rousses, 3400 m d'altitude). Emmanuel Le Meur et ses collègues chercheurs du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE, CNRS / Université Grenoble 1) ont tout d'abord testé un modèle de bilan de masse sur la période 1981-2004 à partir d'une version adaptée aux glaciers du modèle CROCUS (modèle de prédiction de l'évolution du manteau neigeux, conçu par Météo-France pour mesurer le risque d'avalanche). Ils ont ensuite simulé l'évolution future du bilan de masse du glacier sur la base des conditions climatiques du site prédites par le GIEC** dans le cadre du scénario B1.
Rappelons que les experts du GIEC se basent sur six scénarios plus ou moins émetteurs de CO2 pour décrire le climat du futur. Le scénario B1 (+1,8°C d'ici 2100) est le moins polluant. Il décrit un monde convergent (sous l'effet de la mondialisation), où la population culmine au milieu du siècle et décline ensuite, où l'accent est mis sur des solutions mondiales orientées vers une viabilité économique et environnementale, y compris une meilleure équité, mais sans initiatives supplémentaires pour gérer le climat. Or même malgré ce scénario climatique relativement optimiste, les chercheurs ont montré que le glacier de Saint Sorlin devrait avoir pratiquement disparu en 2060. En effet, la limite inférieure des neiges éternelles, dénommée ligne d'équilibre, se situe à une altitude supérieure au point culminant du glacier qui n'accumule donc plus de masse sur l'année et se trouve en déficit chronique. Ce qui laisse augurer une destinée analogue pour l'ensemble des petits glaciers des Alpes situés à basse ou moyenne altitude, précise le CNRS.

Afin de simuler la réponse morphologique du glacier à la climatologie du XXIe siècle, ces résultats ont ensuite servi d'entrée à un modèle bidimensionnel d'écoulement glaciaire. Résultat : la décrue glaciaire montre une rapide disparition du glacier dont la survie ne dépend plus que de son épaisseur et de l'intensité de la fonte estivale. On retrouve ici la situation que connaissent actuellement l'essentiel des glaciers pyrénéens, qui avec des altitudes maximales similaires à celle de la ligne d'équilibre (aux environs de 2900 - 3000 m), ne disposent plus de zone d'accumulation et donc régressent inexorablement d'année en année, explique le CNRS.

Une seconde étude, concerne des mesures réalisées en 1994 et 2005 par des chercheurs du LGGE et de l'Institut fédéral suisse de technologie (ETH) de Zurich, à l'aide de capteurs de température disposés le long de trous de forage profonds de 140 mètres dans le glacier du Dôme du Goûter (Massif du Mont Blanc, 4250 m d'altitude). Le dépouillement de ces mesures a permis aux chercheurs de mettre en évidence une augmentation de la température de 1°C à 1,5°C sur les 60 premiers mètres de glace, entre ces deux dates et de fait l'existence d'un réchauffement atmosphérique à ces altitudes. En outre, grâce à une modélisation physique du processus de diffusion de la chaleur, les chercheurs ont montré que ce réchauffement de la glace résulte non seulement du réchauffement de l'atmosphère, mais aussi de la chaleur apportée par le regel en profondeur de la neige fondant à la surface du glacier et ce bien que la fonte de surface à cette altitude soit très faible. Une simulation réalisée dans le cadre de différents scénarios de réchauffement climatique montre que les glaciers froids de haute altitude pourraient devenir tempérés au cours de ce siècle. Les simulations portant sur le futur montrent que quel que soit le scénario de réchauffement climatique utilisé, les glaciers des Alpes actuellement « froids », situés entre 3500 et 4250 mètres avec une température en profondeur allant de 0 à environ -11°C, pourraient devenir « tempérés », avec une température en profondeur d'environ 0°C, indique le CNRS tout en alertant que si le réchauffement atteignait la base des glaciers suspendus (glacier perché sur les parois abruptes de haute altitude ), il pourrait affecter dangereusement leur stabilité.


* Disappearance of an Alpine glacier over the 21st Century simulated from modeling its future surface mass balance, Le Meur, E., M. Gerbaux, M. Schäfer and C. Vincent, Earth and Planetary Science Letters, à paraître.

Climate warming revealed by englacial temperatures at Col du Dôme (4250 m, Mont Blanc area), C. Vincent, E. Le Meur, D. Six, P. Possenti, E. Lefebvre and M. Funk (2007), Geophysical Research Letter, 18 août 2007, 34, L16502, doi:10.1029/2007GL029933

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