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Collecte séparée hors foyer : un apprentissage long et difficile

Dès 2009, le Pays de l'Or regroupant notamment La Grande-Motte, Carnon et Palavas-les-Flots, a lancé la collecte hors foyer des emballages. Avec près de quinze ans d'expérience, il a une bonne vision des difficultés et des solutions pour les surmonter.

TECHNIQUE  |  Déchets  |    |  P. Collet
Collecte séparée hors foyer : un apprentissage long et difficile
Environnement & Technique N°388
Cet article a été publié dans Environnement & Technique N°388
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Au 1er janvier 2025, la collecte séparée des emballages des produits consommés hors foyer est censée être généralisée et financée par les éco-organismes de la filière de responsabilité élargie des producteurs d'emballages ménagers. Cette obligation, issue de la loi Antigaspillage et économie circulaire (Agec), est moins médiatique que celle de mise à disposition d'une solution de tri des biodéchets en 2024. Pourtant, l'installation de corbeilles de tri des emballages est loin d'être une mince affaire. Illustration de ce défi technique, politique et financier, avec l'exemple de l'agglomération du Pays de l'Or (Hérault).

Une première solution peu satisfaisante

La collecte séparée hors foyer sur les plages de La Grande-Motte, de Mauguio-Carnon et de Palavas-les-Flots débute dès 2009, lorsque l'agglomération du Pays de l'Or (45 000 habitants, 200 000 en saison) décide de proposer une solution de tri sur les 18 km de plages des trois stations balnéaires. Il s'agit alors de limiter l'envol des déchets en supprimant les porte-sacs qui résistent mal aux attaques du vent et des goélands. La première solution retenue est l'installation de 450 conteneurs semi-enterrés en 150 points, afin de collecter séparément les emballages, le verre et les déchets résiduels. Cette solution avait été identifiée par un élu, lors d'un déplacement aux Pays-Bas.

En 2019, se pose la question du renouvellement des conteneurs et des camions. L'occasion de dresser un bilan de cette première initiative. « Cette première solution a été une vraie avancée, mais n'était pas suffisamment satisfaisante pour être reconduite en l'état », résume Kristelle Fourcadier. Et la directrice du pôle environnement et valorisation de l'agglomération d'égrainer les difficultés rencontrées : conteneurs fissurés et ensevelis ou déterrés (du fait des mouvements du sable) ; faible performance quantitative et qualitative (les déchets étaient mal triés) ; collecte dévoyée (des riverains y apportaient leurs déchets ménagers) ; utilisation de camions de 19 tonnes pour une collecte limitée à 600 kg (source de multiples passages et d'aggravation de l'érosion).

Enfin, la solution revenait à 706 euros la tonne (€/t) pour les déchets résiduels, contre 73 €/t pour la collecte en points d'apport volontaire (PAV). Pour les emballages, le coût s'élevait à 917 €/t (contre 143 €/t en PAV) et à 212 €/t pour le verre (contre 66 €/t).

Suppression de la collecte sur les plages

Trois solutions sont alors envisagées : conserver les conteneurs sur les plages en renouvelant les équipements ; supprimer la collecte sur les plages en la transférant aux entrées ; ou supprimer toute collecte. S'agissant de la dernière option, l'expérience montre que la suppression des poubelles de rue ne génère pas plus de déchets abandonnés, les promeneurs ayant tendance à rapporter leurs déchets chez eux. Pour les élus, l'enjeu est aussi d'inscrire cette collecte dans une politique globale de gestion environnementale du littoral et de lutte contre l'érosion (avec notamment une politique de préservation du cordon dunaire). Et, bien sûr, la solution doit rester dans l'enveloppe financière disponible.

En 2020, est décidé le retrait des conteneurs, remplacés par des points de collecte à chaque accès aux plages. Le Pays de l'Or retient en particulier des poubelles compactrices et se lance dans une étude de marché. « Nous avons étudié littéralement toutes les solutions de poubelles compactrices », se souvient Kristelle Fourcadier, insistant sur l'importance à accorder à cette question, compte tenu des contraintes d'installation (présence de sable, notamment) et des enjeux opérationnels. Parallèlement, la collectivité candidate au premier appel à manifestation d'intérêt (AMI) de Citeo consacré à la collecte des emballages ménagers issus de la consommation nomade - sa candidature est d'ailleurs retenue par l'éco-organisme.

Les gens trient mal ou pas

Combien ça coûte ?

L'investissement s'élève à 630 000 euros, pour la collecte des emballages, et à 416 000 euros, pour les déchets résiduels. À cela s'ajoutent 62 000 euros pour la communication et 21 000 euros de frais accessoires.
Avec un soutien de 142 000 euros versé par Citeo et un autre de 98 000 euros apporté par l'Agence de la transition écologique (Ademe), le reste à charge pour la collectivité est de 889 000 euros.
À chaque point d'accès, la solution retenue permet de collecter séparément les emballages et les déchets résiduels, voire le verre lorsque l'emplacement le permet. Elle combine des corbeilles compactrices (au nombre de 142), des corbeilles simples (88) et des points d'apport volontaire (72, sur la zone « lido-Grand Travers »). « Les corbeilles compactrices ont été privilégiées partout où cela était possible, c'est-à-dire dès que la surface était suffisamment stable », explique la responsable. Côté collecte, la solution par mini-bennes est retenue pour les corbeilles et deux sites de rupture de charges sont aménagés. Cette solution s'accompagne d'une communication tous azimuts : un affichage « plage sans poubelle – emportez vos déchets » sur les plages et « vous n'avez rien oublié ? » en sortie de plage, accompagné d'une campagne sur les bus, des 4x3, ou encore sur les sacs à pain.

Les premiers résultats sont mitigés. En 2021, 8,84 tonnes d'emballages et 92 tonnes de déchets résiduels sont ramassées. Concernant le volet collecte sélective, la collectivité reste confrontée à la méconnaissance des règles de tri. « Les gens trient mal, ou pas, même si les corbeilles sont bien identifiées », regrette Kristelle Fourcadier. En clair, il y a autant de déchets divers que d'emballages, dans les deux bacs. En réponse, la collectivité sensibilise ses agents. Trop, apparemment, puisqu'en 2022, ils ont systématiquement considéré le flux des déchets d'emballages comme trop dégradé et l'ont envoyé en incinération, plutôt qu'en recyclage. Pour la responsable, une première conclusion s'impose : « La collecte hors foyer ne pourra pas se développer si l'on applique le même référentiel que pour la collecte à domicile. » Et Citeo ne pourra pas ne pas adapter ses règles sur la qualité des flux à cette réalité, s'il veut développer le hors-foyer.

Citeo doit assister les collectivités

Une autre leçon importante concerne le choix des matériels. L'expérience a par exemple montré que, mal refermées, les boîtes à pizza bloquent les corbeilles compactrices : celles-ci ne compactent plus les emballages, alors qu'elles ne sont pas pleines. De même, les petits emballages limitent le taux de remplissage à 25 % si la force de compaction n'est pas adaptée ou si le nombre de compactages est déterminé par un nombre d'ouvertures de la trappe de la corbeille. « Ces aspects techniques sont déterminants, parce que le risque est que les gens déposent des déchets au pied des poubelles », explique la responsable. Et d'expliquer que pour y remédier, la collectivité a décidé de supprimer les poubelles qui généraient le plus d'abandons de déchets. Avec, à la clé, la suppression des dépôts sauvages.

Dernier enseignement : il est important d'avoir une bonne organisation administrative. En l'occurrence la solution de collecte hors foyer a pu être déployée car un acteur unique (l'agglomération) intervient dans les trois communes et travaille en lien étroit avec le syndicat de collecte des déchets (qui a passé les contrats avec le centre de tri et l'incinérateur). « Surtout, insiste Kristelle Fourcadier, les élus et les services doivent être convaincus du bien-fondé de la collecte séparée hors foyer et la collectivité doit disposer des moyens financiers. »

Aujourd'hui, explique Kristelle Fourcadier, ce dont ont besoin les collectivités c'est d'une vraie assistance de l'éco-organisme, et pas seulement des soutiens financiers qu'il peut accorder. Citeo pourrait être un coordinateur capable de partager largement les retours d'expérience et d'aider les territoires dans la construction administrative avec les intercommunalités. Ceci constitue le facteur de réussite indispensable pour que les communes s'insèrent dans le dispositif car, finalement, ce sujet mêle diverses entités, chacune avec leurs compétences et leurs modalités de financement.

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