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Commerce des espèces menacées : la COP 19 prévoit de réglementer plus de 500 espèces supplémentaires

La 19e Conférence des parties à la Cites se termine sur un bilan plutôt positif en prévoyant de réglementer le commerce de plus de 500 espèces supplémentaires. Mais cela signifie aussi que le nombre d'espèces menacées augmente.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson
Commerce des espèces menacées : la COP 19 prévoit de réglementer plus de 500 espèces supplémentaires

Dans cet automne de COP, celle de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) n'est sans doute pas la plus médiatisée. Coincée entre la COP 27 climat et la COP 15 biodiversité, la COP 19 de la Cites, qui s'est tenue au Panama entre le 14 et le 25 novembre, est pourtant parvenue à des résultats plutôt satisfaisants.

Les représentants de plus de 160 États parties à la convention ont adopté 46 des 52 propositions en discussion. Ce qui devrait conduire à réglementer le commerce de plus de 500 espèces supplémentaires, qui vont s'ajouter aux 38 750 qui le sont déjà. Parmi les ajouts figurent 160 espèces d'amphibiens, 150 espèces d'arbres, 100 espèces de requins et de raies, 50 espèces de tortues et plusieurs espèces d'oiseaux chanteurs.

Les parties ont également adopté 365 décisions visant à trouver un équilibre entre la protection des espèces menacées et leur commerce. Pour cela, elles ont élargi le périmètre de l'annexe II de la convention, qui vise les espèces susceptibles d'être menacées si le champ de leur commerce n'est pas étroitement contrôlé. Cela concerne en particulier des espèces marines. « Dans le passé, nous nous serions attendus à une réaction de la part des experts de la pêche de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, ou des organisations régionales de gestion des pêches. Mais cela signale une nouvelle ouverture », ont relevé des délégués cités par l'Institut international du développement durable (IISD).

Avancée dans la lutte contre l'extinction des requins

L'organisation caritative Padi Aware Foundation salue une avancée majeure dans la lutte contre l'extinction des requins. « L'inscription des requins requiem, groupe qui comprend les requins favoris des plongeurs, comme le requin de récif à pointe noire, le requin-bouledogue et le requin gris de récif, est un signal fort que des populations saines de ces animaux sont plus importantes économiquement que si elles sont juste commercialisées pour leurs ailerons, leur chair et leurs organes », se félicite Ian Campbell, directeur associé de l'ONG.

Le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) salue également les « grands progrès » réalisés par la Cites, en particulier concernant le contrôle du commerce des ailerons de requins, mais aussi d'animaux de compagnie exotiques telles que les tortues et les grenouilles de verre. Ces amphibiens ont une peau semi-transparente qui laisse entrevoir leurs organes et les battements de leur cœur. Les importations de ces batraciens aux États-Unis ont été multipliées par 440 entre 2016 et 2021, rapporte l'ONG.

 
Cette décision historique protégera provisoirement les éléphants  
Fondation Franz-Weber
 
En ce qui concerne l'ivoire et la corne de rhinocéros, Ifaw se félicite que les propositions de réouverture de leur commerce aient été rejetées. Les parties à la Cites ont également adopté une proposition de l'Union européenne pour un moratoire sur toutes les exportations d'éléphants hors d'Afrique tant qu'un dialogue entre la Coalition pour l'éléphant d'Afrique, opposée à toute exportation, et les pays d'Afrique australe, qui soutiennent son commerce, est en cours. « Cette décision historique protégera provisoirement les éléphants – en attendant que les parties à la Cites décident de mesures définitives », se félicite la Fondation Franz-Weber, qui œuvre pour la protection du pachyderme depuis 1975. Alors que la COP 18 avait décidé de limiter les exportations dans sa seule aire de répartition naturelle, sauf cas exceptionnels, le Zimbabwe et la Namibie ont profité d'incertitudes juridiques pour exporter des éléphants sauvages vers des zoos, en Chine et aux Émirats arabes unis, rappelle la Fondation.

« Plusieurs types d'espèces végétales, dont l'ébène malgache et le bois du Brésil, ont également obtenu de nouvelles protections », rapporte l'IISD, de nombreuses espèces d'arbres étant affaiblies par un commerce mal réglementé et l'exploitation forestière illégale.

Questions émergentes

Mais la COP 19 a aussi révélé des questions émergentes sur lesquelles les parties n'ont pas toujours réussi à se mettre d'accord. Il en est ainsi de savoir si les moyens de subsistance doivent être utilisés comme critères de protection des espèces. Ce qui soulève la question de l'implication des peuples autochtones et des communautés locales. C'est aussi celle de trancher si la convention ne doit pas s'intéresser aux relations entre les espèces, ainsi qu'aux écosystèmes, plutôt qu'aux seules espèces prises dans leur individualité.

Ifaw salue, en revanche, l'adoption de décisions en faveur de la prévention des pandémies et de l'approche « One Health » dans la gestion du commerce des espèces sauvages. « Soixante-dix pour cent des maladies émergentes sont transmises par des animaux sauvages aux humains », indique le secrétariat de la Cites. De même, Ifaw salue les recommandations pour une intensification de la lutte contre la cybercriminalité liée aux espèces sauvages et à la prise en charge des animaux vivants saisis. « Ce sont deux défis croissants pour les gouvernements du monde entier dans la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages », rappelle l'ONG.

Plus d'espèces menacées

Le bilan de la COP 19 n'est pas pour autant sans tache. L'inscription de nouvelles espèces dans ses annexes signifie aussi que le nombre d'espèces menacées croît. « À l'avenir, l'objectif de la Cites devrait être moins d'inscriptions et plus de déclassements », a pointé un haut fonctionnaire, selon des propos rapportés par l'IISD. Ce qui a été le cas de rares espèces, comme la population namibienne de rhinocéros blanc du sud.

Autre limite pointée par certains observateurs : l'augmentation significative des délais de mise en œuvre. Les parties peuvent, au-delà du délai habituel d'entrée en vigueur de quatre-vingt-dix jours, demander un délai supplémentaire de mise en œuvre d'une mesure de protection pour permettre à leur industrie de s'adapter. C'est ainsi le cas des restrictions de commerce des Dipteryx, une famille d'arbres, qui ne seront mises en œuvre que dans un délai de dix-huit mois, « sur l‘insistance d'une partie » et au motif que les communautés locales doivent être consultées, relate l'IISD. Et ce, alors que la restriction ne concerne pas ces derniers et que l'Association internationale des produits du bois est un fervent partisan du report.

Plusieurs pays ont par ailleurs rappelé que ce qui se passe à l'intérieur des frontières d'un pays ne regarde pas les participants de la COP. « Malgré les réglementations, le commerce illégal continue d'être un puissant moteur de la perte de biodiversité. Si chaque pays sélectionne et choisit les décisions de la COP qu'il met en œuvre, en fonction de ses priorités nationales, l'intégrité et l'efficacité de la Convention peuvent être remises en question », avertit l'IISD.

Un avertissement qui vaut aussi pour les autres conventions, en particulier pour la Convention sur la diversité biologique, à la veille de sa 15e COP durant laquelle doit être adopté un nouveau cadre pour la biodiversité pour la décennie qui vient.

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