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''Le CGDD ne sera pas seulement le théoricien du développement durable...''

Créé en juillet dernier, le Commissariat général au développement durable a pour objectif de promouvoir le développement durable au sein des politiques publiques mais aussi dans les actions de l'ensemble des acteurs socio-économiques. Michèle Pappalardo, qui allie les fonctions de commissaire générale et de déléguée interministérielle au développement durable, nous livre sa vision des missions du CGDD et les priorités des mois à venir.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
''Le CGDD ne sera pas seulement le théoricien du développement durable...''
Michèle Pappalardo
Commissaire générale au développement durable
   
Actu-Environnement : L'idée de transversalité semble avoir été à l'origine de la création du Commissariat général au développement durable...
Michèle Pappalardo :
Effectivement. Cette transversalité s'organise à deux niveaux.
Au niveau du Ministère tout d'abord. Nous avons regroupé toutes les fonctions transversales au sein du Commissariat Général au Développement Durable c'est-à-dire l'observation, la statistique, la recherche, les études économiques, l'évaluation et l'intégration du développement durable. A charge pour nous de mettre toutes ces compétences au service des autres directions. Ainsi, chacun d'entre elle peut librement accéder aux réflexions en cours, aux études, aux propositions et aux évaluations.
Mon autre casquette, celle de déléguée interministérielle, implique que ces mêmes moyens soient mis à la disposition de l'ensemble des ministères mais aussi des acteurs socio-économiques avec des missions spécifiques. L'une d'entre elle consiste à élaborer et à assurer le suivi de la stratégie nationale de développement durable.

AE : Dans une administration qui traditionnellement fonctionne de manière verticale et cloisonnée, est-il facile d'imposer cette culture de la transversalité ?
MP:
Ce n'est pas classique, c'est vrai. Mais le mode d'organisation et le fait d'avoir regroupé ces services, en étroite collaboration les uns avec les autres, va « naturellement » dans le sens de la transversalité.
Bien sur, compte tenu de l'étendue des sujets auxquels s'appliquent les démarches de développement durable, il est difficile d'être immédiatement à 100% présents sur tous les fronts ! Il y a des sujets sur lesquels nous sommes plus présents que d'autres…Mais, les choses se mettent en place progressivement et nous allons dans le bon sens.
Alors, aujourd'hui, nous sommes évidemment totalement mobilisés sur le Grenelle Environnement, à la demande de Jean-Louis Borloo. Le Commissariat Général est en effet chargé de suivre la mise en œuvre des 268 engagements du Grenelle Environnement. Nous sommes en quelque sorte le « back office » du cabinet sur ce formidable chantier. C'est un vrai défi car il faut à la fois être dans la réflexion pour élaborer les stratégies, et dans l'opérationnel, pour créer les outils nécessaires.

AE : Le commissariat est également en charge de disséminer les idées du développement durable au sein de l'ensemble de la société. Quels sont ses outils pour passer du concept à la pratique?
MP:
Le développement durable, c'est une philosophie d'action. Il faut qu'on arrive à l'appliquer à tous les niveaux et à toutes les activités. Je ne veux pas que le commissariat soit seulement un grand théoricien du développement durable. Nous souhaitons que le développement durable s'incarne dans des politiques et dans des actions concrètes. Or, si nous voulons décliner le développement durable de façon très opérationnelle, nous devons nous situer au plus près des acteurs pour les accompagner, les conseiller et les orienter.
Nous aidons à la fois les collectivités territoriales et les entreprises à intégrer le développement durable. Pour cela, nous devons travailler notamment sur l'information, la sensibilisation et la formation. Aujourd'hui, la prise de conscience progresse fortement dans la société française et les initiatives se multiplient sur le terrain. Certes, on peut toujours lancer de nouvelles actions mais à l'heure actuelle, nous nous efforçons surtout d'organiser et de mettre en œuvre celles qui existent déjà. Il s'agit ainsi de mettre le maximum d'outils au service des différents acteurs et de partager les meilleures pratiques.
Le contexte a beaucoup évolué depuis quelques années. Le développement durable est un concept relativement récent et nous n'avons pas toujours réponse à tout. A nous de savoir évoluer, inventer et proposer pour nous adapter en permanence à chaque situation.

AE : La crise pourrait-elle freiner le développement durable ?
MP:
Au contraire ! Permettez-moi de vous donner un chiffre : près de 35% des investissements du Plan de relance, soit 5 milliards d'euros, concernent directement les chantiers du Grenelle Environnement. En prévoyant ainsi des investissements sur plusieurs années, le Grenelle Environnement permet de donner de la visibilité à nos entreprises et du travail !
Grâce au Grenelle Environnement et à tout le travail de réflexion effectué en amont, nous avions des solutions presque « clef en main ».Tout avait été pensé, chiffré et évalué en matière de transports ou de construction bien avant le début de la crise. Si ces idées se concrétisent aujourd'hui dans le cadre du Plan de relance, c'est justement parce qu'elles n'étaient pas improvisées.
Aujourd'hui, je ne vois personne qui me dise : « le développement durable, on en reparlera plus tard » ! Il n'y a aucune remise en cause des politiques de développement durable. Et ça m'étonne même ! Je ne pensais pas qu'on en était arrivé à ce point d'appropriation du sujet.

AE : Vous travaillez actuellement à l'élaboration de la nouvelle stratégie nationale de développement durable ?
MP:
La précédente s'achevait en 2008. La nouvelle version est actuellement soumise aux différents acteurs du privé comme du public. C'est une stratégie, ce qui implique forcément une vision à moyen et long terme. Au-delà du Grenelle Environnement, elle va permettre d'intégrer les aspects sociaux et économiques du développement durable : l'insertion sociale, la coopération Nord Sud, la santé... La crise ne fait que renforcer cette nécessité. Ce qui est vraiment nouveau c'est que tous les acteurs ont conscience que les frontières du développement durable ne s'arrêtent pas à l'écologie. Or, c'était loin d'être le cas auparavant.

AE : Quels sont les sujets prioritaires aujourd'hui ?
MP:
Ils sont nombreux… Par exemple, au niveau de la formation, nous devons coordonner et voir comment nous pouvons encore améliorer les choses... Il faut aller plus loin, plus vite et plus fort sur les professions du bâtiment. Nous manquons d'informations sur les carences en compétences. Nulle part je n'ai vu la liste de ces manques. C'est une vraie priorité pour nous.
Autre sujet sur lequel nous devons porter notre attention : la prospective. Dans le commissariat, au sein de la délégation au développement durable, il y a une mission prospective qui fera l'objet d'un travail soutenu en 2009.
Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est de voir vers quel modèle équilibré mondial on veut aller quand on dit qu'il faut changer les modes de consommation et de production. Nous avons des idées sur ce que l'on voudrait (économie plus sobre en matières premières...), mais pas encore sur la manière dont les choses vont s'équilibrer. Avec la crise, nous vivons une période relativement déstabilisante : nous voyons ce qui s'effondre mais nous ne savons pas encore exactement ce qui va le remplacer. Il est donc essentiel d'avoir une vision prospective, en lien étroit avec le nouveau Conseil économique pour le développement durable.

Réactions5 réactions à cet article

 
le DD en Provence

Bonjour, je suis très heureuse de pouvoir m'exprimer à ce sujet car cela me tient à coeur.
Je me renseigne depuis quelques mois déjà sur les potentialités de faire de la formation et de l'éducation à l'environnement pour le DD afin de me réorienter.
Je suis atterrée de constater que les Alpes-de-Haute-Provence ont des pôles emplois non informés à ce sujet, et pire on nous encourage à la mobilité, autrement dit, à quitter la région !
Et pourtant s'il y a un département dans le sud-est avec lequel on ne peut pas ne pas espérer agir pour un développement durable, c'est bien le 04.
De plus, j'ai appris de façon fortuite que le Conseil Général lançait un appel d'idée pour l'élaboration d'un Agenda 21... J'ai écrit pour donner mes idées...aucune réponse. Serait-ce donc si secret...?
Voilà une première ébauche de votre liste de manque, et je me tiens à votre disposition pour un audit en la matière !
Merci de prendre cela en considération.

margotte | 06 mars 2009 à 09h28
 
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le bilan

Une nouvelle stratégie DD, d'accord.
Existe -t-il un bilan de la stratégie précédente qui se terminait en 2008?
Le Grenelle capte toute l'attention aujourd'hui mais il ne faut pas oublier les chantiers qui ont été lancés avant ( comme la stratégie du DD dans les administrations et l'ensemble du secteur public).
Que pouvons-nous apprendre du bilan de la stratégie précédente?
Quel est l'état de l'intégration du DD dans les administrations par exemple ( hormis quelques opérations exemplaires: un bâtiment HQE par ci, la mise en place de l'impression recto-verso par là, et quelques PDE au passage). AVANT D'ALLER PLUS LOIN ET DE PARLER DE PERSPECTIVE, IL EST AUSSI IMPORTANT D'APPRENDRE DES EXPERIENCES PASSEES ET D'EN PARLER( COMMUNIQUER). S'il était difficile d'appliquer la stratégie du DD précédente ( qui avait des objectifs quantitatifs assez ambitieux), il me semble important de ne pas lancer une nouvelle stratégie sans parler des +/- des expériences précédentes. Le Grenelle ne doit pas tout terrasser sur son passage et ne doit pas être un argument pour aller toujours vers l'avant (sans prendre en compte les enseignements du passé).

lebilan | 06 mars 2009 à 12h31
 
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Théorie et pratique

Le CGDD se défend d'être théoricien mais la lecture du message démontre le contraire.
Quelques exemples pratiques seraient utiles pour que le concept du développement durable entre dans les mentalités.

Mille encouragements

Anonyme | 07 mars 2009 à 13h58
 
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Re:le DD en Provence

En Provence, mais aussi dans toute la France, il serait temps de réactualiser le contenu et les objectifs du développement durable et d'abandonner l'objectif "formation et éducation à l'environnement pour le DD" pour le remplacer par "Education au développement durable", les adultes étant prioritaire.

Le mot éducation rassemblant des activités d'information, de sensibilisation, d'éducation de base et de formation.

En 1992 (Sommet de Rio) et 2009 il y a 17 ans.
Depuis l'expertise interntionale a aggrandi les dimensions de ce concept de développement durable qui ne devrait plus être assimilé à une stratégie de protection de la biosphère et de lutte contre l'effet de serre... mais pris comme un démarche qui peut permettre de définir des solutions à de nombreux problèmes de société, ceux de la biosphère et de la lutte conre l'effet de serre étrant deux problèmes parmi d'autres.

Jean A. Vergnes

JAV | 17 mars 2009 à 10h03
 
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Et si la

Mais cette "crise" risque à nouveau de focaliser l'attention sur les "priorités économiques", ce que certains indices continuent à confirmer

=:-( | 23 mars 2009 à 10h28
 
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