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La compensation carbone mise au service des herbiers de Posidonie

Compenser ses émissions résiduelles de carbone en finançant la protection des herbiers marins. C'est ce à quoi doit aboutir une méthodologie de certification de projets engagée par le parc des Calanques avec trois entreprises.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
La compensation carbone mise au service des herbiers de Posidonie

D'un côté, le parc national des Calanques qui recherchait des financements durables pour protéger ses herbiers de Posidonie. De l'autre, deux entreprises, Interxion et Schneider Electric, qui souhaitaient mettre en œuvre des actions de compensation carbone. Entre les deux, la société EcoAct, société de conseil et de développement spécialisée dans les stratégies de décarbonation.

Ces quatre acteurs se sont rapprochés grâce au Mouvement des entrepreneurs pour la planète pour lancer un projet de méthodologie. Baptisée « Prométhée-Med » et présentée à la presse jeudi 18 mars, cette initiative vise à certifier des projets de compensation permettant la préservation d'herbiers marins. Une méthodologie que les quatre partenaires souhaitent faire valider par le ministère de la Transition écologique dans le cadre du label bas-carbone.

Des écosystèmes en danger

La préservation des herbiers marins est urgente. Jusqu'à 38 % d'entre eux auraient disparu depuis 1960 et les herbiers de Posidonie perdraient 1,5 % de leur surface chaque année. En cause ? Le mouillage des bateaux, « principal facteur de régression », selon François Bland, directeur du parc des Calanques. S'y ajoutent d'autres facteurs comme les changements climatiques, l'artificialisation des fonds marins, la pollution et les mauvaises pratiques de pêche.

Or, les herbiers marins sont des écosystèmes particulièrement riches, qui jouent un grand rôle dans l'alimentation et la reproduction des poissons, mais aussi dans la stabilisation du littoral et dans la séquestration du carbone. « L'herbier de Posidonie stocke jusqu'à 1 500 tonnes de carbone par hectare, soit trois à cinq fois plus que les forêts tropicales, et jusqu'à sept fois plus qu'une forêt de feuillus française », explique Roman de Rafael, responsable du développement des projets Nature-Based-Solutions chez EcoAct.

 
L'herbier de Posidonie stocke jusqu'à 1 500 tonnes de carbone par hectare, soit trois à cinq fois plus que les forêts tropicales, et jusqu'à sept fois plus qu'une forêt de feuillus française.  
Roman de Rafael - EcoAct
 
Pour enrayer leur dégradation, de nouvelles mesures réglementaires vont être prises en matière d'aménagement de l'espace. Le parc souhaite aussi mettre en place les équipements prévus dans le schéma d'organisation des mouillages qu'il a adopté fin 2020, en particulier l'installation de bouées d'amarrage à ancrage écologique. À cela s'ajoutent les actions de surveillance et de sensibilisation du public. Des investissements que François Bland chiffre entre 2 et 3 millions d'euros (M€), auxquels s'ajoutent entre 200 à 500 000 euros de coût de fonctionnement chaque année.

Une formidable opportunité

En face, deux sociétés à la recherche de solutions de compensation carbone. Interxion, fournisseur de services de data centers, s'est fixé l'objectif de réduire de 68 % ses émissions directes et de 24 % ses émissions indirectes au plan mondial d'ici à 2030. La filiale française a annoncé sa neutralité carbone fin 2020. « Il est aisé de compenser à l'étranger, c'est beaucoup plus difficile sur le territoire national », explique Fabrice Coquio, président d'Interxion France qui exploite quatre data centers à Marseille. De con côté, Schneider Electric, spécialisée dans la gestion de l'énergie et les automatismes industriels, s'est fixé l'objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2025, explique Elena Fedotova, vice-présidente Secure Power Schneider Electric France.

Pour Fabrice Coquio, les besoins du parc des Calanques constituent « une formidable opportunité de développer une méthodologie de compensation carbone basée sur les herbiers marins sur le territoire métropolitain français ». Une méthodologie qui doit bénéficier au parc des Calanques d'abord mais qui a vocation à être utilisée plus largement ensuite, ce parc jouant le rôle de site-pilote.

Obtenir le label bas-carbone

Plusieurs étapes préalables se révèlent toutefois nécessaires avant la mise en œuvre du projet prévue pour début 2022. Durant l'année à venir, les entreprises vont financer les travaux sur la méthodologie que les partenaires souhaitent faire valider dans le cadre du label bas-carbone. Un dispositif mis en place en 2019 par le ministère de la Transition écologique en vue de diriger les financements des entreprises vers des projets locaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les travaux portent en particulier sur l'étude de la littérature scientifique et technique sur les herbiers de Posidonie et leur conservation, la création d'un outil de calcul carbone, puis l'écriture de la méthodologie. « Il s'agit de construire les chiffres les plus robustes possibles et de produire quelque chose de réplicable », explique Roman de Rafael d'EcoAct. La méthodologie tombera en effet dans le domaine public à la fin du projet et d'autres entreprises pourront l'utiliser pour compenser. Mais encore faut-il obtenir le sésame du ministère.

« Si le projet aboutit, le parc national pourra intégrer le marché carbone en tant que bénéficiaire et ainsi financer les aménagements prévus ainsi que les actions de surveillance et de gestion permettant une protection effective de l'herbier », explique de son côté François Bland. Un financement urgent alors que la fréquentation du parc a explosé sur l'année 2020.

Réactions3 réactions à cet article

 

Projet intéressant en soi, les herbiers de Posidonie étant de merveilleuses prairies de plante à fleurs sous-marines aux multiples fonctions écologiques essentielles.
Mais le fait que ce parc national soit obligé de rechercher des fonds privés pour boucler son budget met aussi en lumière le manque chronique de moyens accordés par l'Etat aux acteurs de la protection de la biodiversité. Cela constitue un baromètre de l'engagement de la France pour sauvegarder ce qu'il lui reste de biodiversité nettement plus véridique et fiable que les discours présidentiels et ministériels sur le sujet d'autant plus auto satisfaits et vaniteux qu'ils sont trompeurs.

Pégase | 18 mars 2021 à 22h44
 
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Cher Pégase,

Pensez-vous vraiment qu'il soit anormal de voir ces quatre entreprises privées s'engager, financièrement, à soutenir le parc national des Calanques pour protéger les herbiers de Posidonie ?
Les fonds et actions proposés et consacrés à la promotion de la diversité biologique auraient-ils une fragrance plus ou moins suave ou désagréable, selon leur provenance ?

A force de placer la politique au coeur de vos visions sur l'écologie, il me semble que vous oubliez un peu trop vite l'actuelle nécessité, pour l'Etat, de soutenir en priorité les soins aux malades, les salaires, les petits, moyens ou grands entrepreneurs.

C'est comme pour la préservation des zones humides: Les particuliers, personnes physiques, personnes morales, les entreprises privées, qui peuvent et souhaitent en dégager les moyens, ont la faculté de proposer de l'aide à l'Etat, dans le but de mettre en oeuvre des stratégies et de réaliser des actions de compensation carbone.

Pour d'aussi louables projets, le ministère serait bien avisé de leur réserver le meilleur accueil.

Bien à vous,

Euplectes

Euplectes | 19 mars 2021 à 13h00
 
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La compensation carbone, c'est bien, mais l'évitement ou à défaut la réduction, c'est beaucoup plus efficace pour la planète.
Si je saisis parfaitement l'intérêt pour certaines entreprises de chercher à se racheter une conduite environnementale, médiatique et fiscale via des PPP (partenariats publics privés), le manque d'implication en investissement comme en fonctionnement de l’État et de bon nombre de collectivités territoriales dans la préservation et la restauration de l'environnement pose en effet problème. C'est un choix politique, idéologique même, qui a des conséquences.
Il en va de même du reste avec la paupérisation organisée depuis des décennies du système de santé publique, de l'éducation nationale, de la culture, etc.

Pégase | 19 mars 2021 à 13h40
 
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