En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

La conférence climatique de Bonn, étape d'un agenda chargé jusqu'à la COP 24

Réunis dans l'ancienne capitale allemande, siège des Nations unies pour le climat, les quelque 190 pays signataires de l'Accord de Paris ont buté sur la mise en œuvre d'une supervision internationale des politiques climatiques.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
La conférence climatique de Bonn, étape d'un agenda chargé jusqu'à la COP 24

Dans le contexte d'un mois d'avril marqué par un record de chaleur en Allemagne, pays hôte de cette intersession, les délégués de 190 pays ont conclu le 10 mai deux semaines de discussions visant à préparer le passage à la phase opérationnelle de l'Accord de Paris dont l'échéance est fixée à la conférence annuelle sur le climat (COP 24) qui se tiendra à Katowice (Pologne) du 3 au 14 décembre, au cœur du bassin charbonnier de la Silésie.

De fait, la COP 24 est un nouveau rendez-vous important des négociations climatiques car elle constitue la date butoir à laquelle les pays doivent se mettre d'accord sur un ensemble commun de lignes directrices (rulebook) formant le ''programme de travail de l'Accord de Paris'' (Paris Agreement Work Program). Cette boîte à outils est essentielle pour déterminer si les émissions mondiales totales diminuent assez rapidement. L'action climatique des pays doit être comparable et transparente afin de donner des signaux clairs et coordonnés quant à la manière et à la vitesse à laquelle la transition vers une économie à faible intensité de carbone se produit.

La boîte noire du rulebook

L'élaboration du rulebook a commencé l'année dernière, mais de nombreux textes sont encore des compilations de positions avec des options entre crochets. Les négociations de Bonn devaient produire des versions simplifiées des règles de base permettant de coordonner les efforts climatiques de la communauté internationale (comparabilité, transparence et responsabilité) et l'évaluation (suivi, reporting et vérification) des objectifs climatiques nationaux.

Très attendue, l'issue de cette conférence ne conforte guère la crédibilité du régime climatique international de l'Accord de Paris. Même Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de l'ONU sur les changements climatiques, le reconnaît dans un communiqué diffusé le 10 mai, jour de la conclusion de l'intersession : "Le paquet en cours de négociation est très technique et complexe. Nous devons le mettre en place pour que le monde puisse suivre les progrès de l'action climatique''.

Les présidents des trois organes subsidiaires ont coordonné les discussions sur un large éventail de questions relevant du programme de travail de l'Accord de Paris. Les délégations à Bonn ont demandé à ces fonctionnaires de publier une "note de réflexion" pour aider les gouvernements à se préparer pour la prochaine série de pourparlers.

Crispation des négociations à mesure que les échéances se rapprochent

D'ici mars 2020, les parties devront avoir mis à jour leurs stratégies climatiques nationales (contributions déterminées au niveau national dites NDC). En leur état actuel, elles ne sont pas suffisantes pour atteindre les 2°C, sans parler de l'objectif de 1,5°C de l'Accord de Paris. Tous les cinq ans à partir de 2023, un bilan mondial (global stocktake) des progrès réalisés par les Etats fera l'objet d'une supervision des Nations unies selon le mécanisme d'ambition voulu par l'Accord de Paris.

Signe de la crispation des négociations à mesure que les échéances se rapprochent, les pourparlers préparatoires se poursuivront lors d'une réunion supplémentaire à Bangkok (Thaïlande) du 3 au 8 septembre. Cette réunion examinera la note de réflexion et les points de vue et contributions des gouvernements saisis dans divers textes à Bonn. La réunion de Bangkok transmettra ensuite les textes et les projets de décisions pour adoption à COP 24.

Le dialogue de Talanoa veut donner corps aux politiques climatiques

Anciennement appelé dialogue de facilitation, Talanoa est un processus multilatéral lancé par la présidence fidjienne à la COP 23. Selon la tradition du Pacifique Sud, il s'agit d'une narration collective et bienveillante des progrès réels réalisés par les Parties vers les objectifs de l'Accord de Paris. Ce forum, qui associe pays, entreprises, villes, investisseurs et société civile, encourage les Etats à augmenter leur ambition climatique. Il est censé accroître leur confiance mutuelle.

Délégation de l'Union européenne, petits Etats insulaires (AOSIS), groupe des pays les moins avancés (LDC), groupe de huit pays des Caraïbes et d'Amérique latine (AILAC), les 43 pays les plus vulnérables aux changements climatiques et la présidence fidjienne ont exprimé leur souhait que le dialogue de Talanoa se traduise rapidement en un résultat politique qui conduise les pays à renforcer leurs engagements climatiques d'ici 2020.

Mais le risque de blocage de la COP 24 est réel, car les financements climat ne sont toujours pas au rendez-vous. Responsable du plaidoyer climat à Oxfam France, Armelle Le Comte estime que ''les pays développés doivent absolument prendre de nouveaux engagements financiers d'ici la COP24, notamment pour l'adaptation qui reste négligée par les bailleurs internationaux, et pour le Fonds vert pour le climat. Ils doivent également être prêts à s'engager sur des règles équitables et robustes qui permettront de renforcer la confiance sur le fait que l'objectif de 100 milliards de dollars par an sera atteint en 2020''.

L'année 2018 sera émaillée d'autres événements internationaux tels que le Dialogue de Petersberg sur le climat en Allemagne, la conférence ministérielle sur l'action climatique à Bruxelles en juin et le sommet sur l'action climatique en Californie en septembre.

Une présidence polonaise qui inquiète

L'intercession de Bonn a été le cadre de la première apparition publique de la présidence polonaise de la COP 24. Celle-ci a récemment suscité des inquiétudes au sein de la communauté internationale et parmi les ONG, suite à des luttes internes pour la nomination du président de la COP et en raison d'une loi votée en janvier par le parlement polonais limitant les manifestations de la société civile à Katowice.

Le président de la COP 24, le vice-ministre de l'énergie Michał Kurtyka, membre d'un gouvernement pro-charbon, dont la nomination a été finalement confirmée pendant l'intersession de Bonn, a déclaré le 9 mai que le dialogue de Talanoa "était une fenêtre sur des expériences fascinantes de la vie réelle, mais aussi des émotions humaines" et a confirmé que "le temps est venu de passer à l'étape suivante de nos préparatifs de la phase politique pendant la COP 24".

Réactions7 réactions à cet article

 

bonjour ! est ce le record de chaleur subi en Allemagne pourrait préparer le passage à la phase opérationnelle des Accords prescrit la précédente cop? si c'est le cas Bravo à l'Etat Allemand et souhaitons à tous de la persévérance. A+

DAOUD | 15 mai 2018 à 09h00
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Toutes ces réunions sont peut être nécessaires mais on ne peut que s'inquiéter d'une si faible prise de conscience des simples citoyens qui continuent allégrement à polluer...voyage, consumérisme etc..

agregat | 15 mai 2018 à 14h44
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Une réunion d'étape sur le changement climatique dans un des pays les plus pollueurs d'Europe, accroché à son modèle de pollution (charbon et grosse bagnole), avant le grand raout annuel qui lui se tiendra dans un pays encore pollueur...ça fait rêver...

dmg | 15 mai 2018 à 18h31
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Il y a quelque chose que je ne comprends pas. On nous dit depuis près de 20 ans que « la science a parlé », donc que la messe est dite, et pourtant le Groupe I du GIEC/IPCC continue à pondre des rapports scientifiques et les COP à se réunir avec une régularité d’horloge suisse. Cela voudrait-il dire que, en fait, on ne sait toujours pas si le CO2, quelle que soit son origine, a un impact significatif sur la température ? Et donc, que, perdant tout bon sens, ces 24 COP s’occupent de problèmes dont on ne sait pas s’ils sont réels ou imaginaires ? Le siècle des Lumières s’es-il évaporé dans les absurdités de notre siècle mené par l’idéologie et l’irrationnel ?

jipebe29 | 16 mai 2018 à 10h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Allons, voyons donc où nos sauveurs de planète vont passer leurs vacances pour la COP 24...
De la persévérance pour nous à endurer les insupportables prêches de ce nouveau clergé.

Albatros | 16 mai 2018 à 12h46
 
Signaler un contenu inapproprié
 

bonsoir M jipebe, si les rencontres des GIEC/IPCC sont réglé comme une montre suisse, se sont-elles posé les questions en rapport avec les problèmes des dérèglements climatiques ? en tout état de cause les propositions suggérées ne semblent pas avoir été à la mesure des solutions légitimement attendues A+

DAOUD | 17 mai 2018 à 19h51
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Il est clair que notre siècle est davantage celui du retour de l'obscurantisme religieux que celui des lumières.

Albatros | 18 mai 2018 à 10h36
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Agnès Sinaï

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…