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Sommet de Rio+20 : introuvable économie verte

Avec l'ouverture de Rio+20, le monde est à la recherche d'un nouveau paradigme. L'économie verte veut soutenir la croissance en consommant moins de ressources naturelles. Une formule "gagnant-gagnant" qui, faute d'être une panacée, ne change guère du modèle actuel.

Décryptage  |  Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
Sommet de Rio+20 : introuvable économie verte

Tandis que s'ouvre le sommet international de Rio+20, le monde ne s'oriente toujours pas vers une voie durable, selon une nouvelle évaluation de grande envergure coordonnée par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). La cinquième édition du rapport sur l'Avenir de l'environnement mondial (GEO 5), rendue publique à la veille de la Conférence Rio+20, a évalué 90 des principaux objectifs et cibles environnementaux et montré que seuls quatre d'entre eux avaient enregistré des progrès significatifs : la suppression des substances appauvrissant la couche d'ozone, l'élimination du plomb dans les carburants, le renforcement de l'accès à un approvisionnement en eau de meilleure qualité et la promotion de la recherche en matière de lutte contre la pollution marine.

Une époque de démesure

Dans les 20 dernières années, entre le sommet de Rio 1992 et aujourd'hui, la population mondiale est passée de 5, 5 à 7 milliards, soit une hausse de 26%. La concentration de CO2 dans l'atmosphère a grimpé de 9% depuis 1992, la production d'énergie aura augmenté d'un tiers, l'extraction de matières premières de 41% de plus entre 1992 et 2005. Depuis 1992, les indicateurs sont passés au rouge, au point que le chimiste Paul Crutzen, prix Nobel en 1995 pour ses travaux sur la couche d'ozone, a forgé, en 2000, le néologisme Anthropocène pour désigner l'ère industrielle actuelle et son cortège de démesures. Au cours de celle-ci, l'humanité sera devenue une force géologique, imprimant à la biosphère des rythmes de transformation des écosystèmes inédits.

C'est à se demander si le développement durable n'a pas tenu lieu de fiction collective au cours de ces deux dernières décennies. D'abord parce qu'il demeure dépourvu de moyens, ses concrétisations restent rares. A partir de Rio 92, l'Agenda 21 devait être la priorité des 173 gouvernements membres des Nations unies. Ses moyens d'exécution étaient chiffrés à quelque 600 milliards de dollars par an. L'ordre de grandeur de cette somme équivaut à celui des dépenses d'armement mondial, ou au patrimoine net des 200 personnes les plus riches du monde. Sur ces 600 milliards de dollars annuels, 125 devaient être fournis par l'aide internationale au développement. Cette aide devait être financée par un versement pérenne de 0,7% de leur PIB par les pays riches. Celle-ci représente 0,31% du revenu national brut des pays donateurs en 2011.

Une transition attendue

Sur le plan conceptuel, le développement durable s'illustre par une grande plasticité, au point de rallier la sphère des entreprises, où le mouvement d'adhésion au concept a été spectaculaire au tournant des années 2000, à travers une communication forte – au risque du greenwashing - et une efflorescence de mesures volontaires, ainsi que le souligne Edwin Zaccai dans son ouvrage 25 ans de développement durable, et après ? (PUF, 2011). La mondialisation des échanges en est venue à être théorisée comme la condition même de la poursuite du développement durable à long terme. Elaborée dès 1990 par le Groupe de travail du GATT sur le commerce et l'environnement puis reprise à son compte par l'Organisation mondiale du commerce, elle a constitué le référent théorique du Plan d'application du Sommet mondial pour le développement durable adopté à l'issue de la conférence de Johannesburg de Rio+10 il y a dix ans.

Le rapport du PNUE "Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication de la pauvreté" est devenu la référence des négociations du sommet de la Terre qui s'ouvre à Rio. Selon le PNUE, l'économie verte est "une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l'équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources." Elle se caractérise par un faible taux d'émission de carbone, l'utilisation rationnelle des ressources, l'inclusion sociale.  En comparant les impacts générés par des investissements verts dans l'économie et un scénario tendanciel, le rapport souligne qu'une économie verte générerait davantage de croissance que le système économique actuel, tout en nécessitant moins de ressources naturelles. Pour réaliser "la transition vers une économie verte", il faudrait investir 2% du PIB mondial par an dans dix secteurs clefs d'ici 2050, et accompagner ces investissements de réformes politiques nationales et internationales (changement des politiques budgétaires, réduction des subventions nuisibles à l'environnement, amélioration des règlements sur l'environnement), selon le PNUE.

Défiance des Suds

Reste que l'économie verte, outre son absence de définition dans le Draft Zero, qui préfigure la déclaration finale du sommet de Rio, suscite de nombreuses contestations parmi les pays du Sud rassemblé au sein du G 77. Dans sa contribution de novembre, le gouvernement argentin souligne que le développement durable n'est pas encore atteint dans plusieurs pays. Argentine, Chine et Egypte craignent que le concept ait des impacts négatifs pour la compétitivité des pays en développement, l'accès aux marchés et donc la réduction de la pauvreté. Du point de vue des pays du Sud, le principe d'économie verte pourrait permettre aux pays développés d'adopter arbitrairement des mesures commerciales protectionnistes. Il faudrait donc parvenir à Rio à un accord sur des mesures suffisamment flexibles pour être appropriables par tous. La Chine souligne la nécessité d'un soutien financier, de transferts de technologies et de renforcement de capacités. En outre, le pays demande un respect des engagements internationaux existants afin que l'économie verte soit d'abord dirigée vers l'élimination de la pauvreté, comme le souligne une note diffusée par 4D.

Bolivie, Venezuela et Cuba sont farouchement opposés à l'économie verte. La Bolivie pointe les limites de la croissance, définies par la capacité de « régénération des cycles vitaux de la Terre Mère » et annoncées dès 1972 dans le fameux rapport Limits to Growth écrit par Donnella et Dennis Meadows, récemment réédité dans une version actualisée. L'adoption d'une économie verte ne serait que le nouvel avatar d'un système mettant les règles du marché et l'accumulation des richesses au-dessus de lois de la nature, avec une dérive de plus : la marchandisation autorisée du vivant grâce à sa comptabilisation sous la forme d'actifs financiers, et la privatisation de milieux naturels, ressources, biens ou services essentiels - qui devraient être reconnus comme des biens communs.

Au-delà de la croissance

A l'inverse de cette logique d'économie verte, la Bolivie demande aux pays développés de réduire leur niveau de surconsommation et de surexploitation de ressources, afin de rétablir l'harmonie entre les humains et la nature, tout en permettant le développement durable des pays en développement. L'affrontement Nord-Sud s'est tendu ces derniers jours lors des négociations préparatoires ('Prep'com'), à Rio, autour du maintien de la référence au principe de "responsabilité commune mais différenciée" (principe n°7 de la Déclaration de Rio de 1992), crucial pour les pays du G77, mais obsolète aux yeux des négociateurs des Etats-Unis, du Canada et du Japon. Les émergents, exemptés d'objectifs environnementaux contraignants, ont-ils encore droit à un traitement de faveur ? La Chine est-elle un pays riche avec beaucoup de pauvres ou un pays pauvre avec beaucoup de riches ?

Manifestement et malgré le foisonnement de propositions émanant de la société civile autour du sommet de Rio+20, le paradigme de l'économie verte est une manière de rebattre les mêmes cartes. Economie et environnement demeurent déconnectées dans le cadre d'une économie de croissance fondée sur la surconsommation d'énergies fossiles et de ressources naturelles, selon le mouvement Global Transition, associé au forum des parties prenantes. Dans son ouvrage, Prospérité sans croissance, Tim Jackson estime qu'il est crucial de s'attaquer à la logique sociale du consumérisme. La prospérité n'est pas synonyme de richesse matérielle : la prospérité est liée à la qualité des relations sociales, souligne Jackson. La transformation du système consumériste ne peut se passer d'intervention de la puissance publique, qui doit réduire les incitations à la compétition et augmenter les investissements dans les biens publics et l'infrastructure sociale. Le changement structurel des sociétés et de leurs représentations est indissociable de l'économie durable : "Une société moins matérialiste sera plus heureuse. Une société plus égalitaire sera moins anxieuse".

Réactions5 réactions à cet article

 

Bonjour,

Qqs vérités vraies glânées ci-dessus:
'....'il est crucial de s'attaquer à la logique sociale du consumérisme''.
''..réduire les incitations à la compétition et augmenter les investissements dans les biens publics et l'infrastructure sociale
'il est crucial de s'attaquer à la logique sociale du consumérisme''.
''...Le changement structurel des sociétés et de leurs représentations est indissociable de l'économie durable''.
--> sobriété, efficacité énergétique, EnR produites près des utilisateurs pour aussi réduire les pertes en ligne,...financement de projets locaux participatifs par APL: Actionnariat Populaire Local...

A+ Salutations Guydegif(91)
''...

Guydegif(91) | 21 juin 2012 à 09h34
 
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Pour rétablir l'harmonie entre les humains et la nature il faudrait changer de manière de penser, donc sortir du culte de l'ego qui est actuellement le seul moteur de reconnaissance sociale faisant fonctionner à la base l'économie et le capital par émulation. On est pas sorti de l'enfer des divisions et autres scyzophrénies destructrices de ce système !

Chami | 21 juin 2012 à 09h52
 
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Reste à savoir comment on fait pour convaincre des milliards de Chinois et autres que la consommation ne rend pas heureux, sans attendre des décennies qu’il le découvrent d’eux-mêmes.

Georges | 22 juin 2012 à 11h21
 
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..."on peut pas dire [j'aime pas] sans avoir goûté", sauf que quand gouté=expérimenté et que les échelles sont continentales et planétaires, il y a tout de même un certain impact...

Plus sérieusement, que faudra t'il encore comme désastre environnemental, humanitaire et économique pour que les gens prennent conscience que quelque chose met en danger leur vieux jours et ceux de toutes les générations futures, et avant tout que nos dirigeants corrompus égoïstes et peureux aient le courage et la déontologie personnelle de mettre leur état sur une meilleure voie ? ...une voie intelligente et mature, mais surtout sagement bienveillante . . . on en est TELLEMENT LOIN !

... des idées ?

obse | 22 juin 2012 à 16h08
 
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Et on avait besoin de réunir tous ces clampins à Rio - aux frais de qui? - pour asséner de pareilles évidences ?
Pour l'instant, comme économie "verte", je vois surtout une économie "green-washée" abondamment et des commis-voyageurs qui ne doivent pas cracher sur les cinq étoiles pour faire les lanceurs d'alerte...

Albatros | 25 juin 2012 à 19h09
 
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