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Copenhague : trois certitudes et une crainte

Si l'objectif de la conférence de Copenhague est clair - aboutir à un accord pour lutter contre le réchauffement climatique - une inquiétude demeure cependant car toute manoeuvre échappatoire à l'affrontement direct de la réalité climatique et énergétique mènera au chaos.

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Copenhague : trois certitudes et une crainte
Yves Cochet
Ancien ministre de l'Environnement, Député de Paris
   
Nous avons trois certitudes. La modification de la composition de l'atmosphère en gaz à effet de serre (GES) est rapide et importante depuis cinquante ans. Le réchauffement global est sans équivoque lorsqu'on observe l'évolution des températures moyennes, mais aussi l'élévation du niveau des mers par dilatation, l'accroissement de la vapeur d'eau, la fonte des glaciers et d'autres facteurs. Enfin, l'essentiel de ce changement est dû aux activités humaines, même si certaines activités naturelles telles que les cycles du soleil et le volcanisme peuvent parfois amplifier ou contrecarrer ce changement. Parce qu'il n'y a pas, dans le passé, l'analogue de ce qui se passe actuellement, il est nécessaire de réduire drastiquement et rapidement nos émissions de GES et de mettre en oeuvre des politiques d'adaptation, notamment pour la protection des populations de certains pays du Sud.

Il y a une autre raison d'agir vite et fort à Copenhague. Nous n'avons plus que quelques années pour profiter de notre capacité de faire, de notre puissance disponible, de notre relative prospérité avant que l'énergie ne devienne rare et beaucoup plus chère qu'aujourd'hui, tandis que la récession concomitante nous empêchera d'agir efficacement. Si un bon accord juridique n'est pas conclu à Copenhague, nous n'aurons plus le temps de nous en tirer, faute de moyens physiques économiquement disponibles. Nous ne sommes plus dans le rêve essentialiste d'une bienheureuse société post-carbone en 2050, nous sommes dans le compte à rebours pour éviter le pire, pour réduire les souffrances de nos enfants et petits-enfants, pour sauver le plus grand nombre de nos frères et soeurs du Sud. Pratiquement, le point le plus important de Copenhague est un accord contraignant sur la décroissance réelle et forte des émissions de GES à partir de 2015.

Moins connu que les autres arguments en faveur de la réduction des GES, cette raison d'agir basée sur la raréfaction et le renchérissement imminents de l'énergie doit être expliquée plus avant. Essentiellement : le modèle économique dominant - que l'on peut qualifier de « libéral-productiviste » - nécessite une croissance sans fin et une création d'emplois continuelle, ce qui est physiquement impossible. Plus explicitement : l'économie actuelle s'appuie sur les marchés et les emplois pour distribuer les biens et les services ; la croissance du PIB et des emplois exige la croissance de l'énergie nette disponible ; cette dernière est liée au pic de production de pétrole qui arrive aujourd'hui et sera donc suivi - dès la décennie 2010-2020 - d'une décroissance longue et définitive du PIB, la récession actuelle se transformant en dépression puis en chaos si nos dirigeants ne décillent pas les yeux. Bref, lorsque l'énergie nette disponible décroît, tout décroît. Cette décroissance n'est même plus un choix politique issue d'un débat politique sur les meilleures orientations pour une planète soutenable, cette décroissance est notre destin.

De ce point de vue, les débats préparatoires à Copenhague sont souvent affligeants. Les sujets qui occupent le devant de la scène ne permettant pas du tout de faire face à l'avenir tel que décrit ci-dessus. On organise ici de vastes conférences sur la création d'un marché mondial du carbone, à l'image de l'European Trading Scheme (ETS) qui a montré son inefficacité depuis trois ans. On réunit là des experts actionnés par les lobbies pour débattre gravement de la capture et séquestration du carbone. On rassemble ailleurs des responsables économiques pour chanter les vertus des Mécanismes de développement propre (MDP), c'est-à-dire l'achat, par les entreprises du Nord, de crédits d'émissions dégagés par des projets de dépollution au Sud. Au lieu d'exiger un effort national en faveur de la baisse réelle des émissions dans chaque pays riche, le « paquet énergie-climat » de l'Union européenne, adopté en décembre 2008 sous présidence française, autorise les Etats de l'Union à externaliser leur vertu en instaurant ainsi un marché mondial d'indulgences au profit du Nord. Toutes ces manoeuvres ne sont qu'échappatoires à l'affrontement direct de la réalité climatique et énergétique.

A Copenhague, tout texte dilatoire inspiré par le nationalisme économique ou l'ignorance de la hauteur des enjeux nous conduirait vers un désastre global. Je crains que les chefs d'Etats et de gouvernements, faute d'accepter un accord juridique contraignant, s'en tirent par une déclaration politique commune, d'autant plus magnifique qu'elle sera vide de décisions.

Yves COCHET
Mathématicien, ancien Ministre de l'Environnement, Député de la 11e circonscription de Paris.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

Réactions6 réactions à cet article

 
et les matières premières

Hélas, 100 fois hélas, Yves Cochet a raison. Et encore, il ne parle pas de la raréfaction des matières premières d'ici la fin du siècle, tout aussi grave pour l'humanité que le manque d'énergie. Il rejoint dans son propos celui de Nicolas Hulot. Mais je crains que seule la contrainte, c'est à dire acculés, nous fera changer. Nous, les peuples riches de cette Terre, continuerons d'accaparer les ressources jusqu'au bout en versant une larme de crocodile sur le sort des ultra pauvres qui mourront de plus en plus en masse, de sécheresse, de faim, de maladies... Nous brulerons un cierge et feront une prière compassée, en espérant reculer l'échéance pour nous même. Mais comme le dit Hulot, les pauvres seront anéantis les premiers mais les plus riches suivront aussitôt.
Chacun de nous détient une petite part du changement (consommer et vivre autrement, quand on peut encore avoir le choix dans la consommation, ce que 50 % de la population française ne peut même plus faire). Mais est-ce que c'est à la hauteur des enjeux?
Comment faire pour un changement voulu et démocratique, pour éviter un changement subit et un drame planétaire? Comment mobiliser nos élites et élus, si frileux?

Denis | 29 octobre 2009 à 09h16
 
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Copenhague

Yves Cochet montre une nouvelle fois dans cet article une lucidité dont ferait bien de s'inspirer nos gouvernants et hommes politiques que la problématique semble complètement dépasser et qui nous mène à la catastrophe.

Franc | 29 octobre 2009 à 09h39
 
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Conclusion afligeante - mais tellement probable

Je suis d'accord qu'il faut de véritables engagements des pays à Copenhague pour limiter la casse.

Mais j'ai peur de connaître déjà l'issue des négociations, un Kyoto amélioré. Mais tout le monde sait que se ne sera pas suffisant!!!

tatass | 29 octobre 2009 à 13h00
 
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fuite en avant: on n'arrete pas le progrès!

Le drame, c'est le décalage entre "nos" élites et les attentes réelles et concrètes des citoyens en terme d'environnement.
(Je parle bien des citoyens, et non pas des consommateurs : on n'a jamais fait une société en sommant des consommateurs dociles).
Idem pour les orientations de la recherche et les "sciences": je paye volontiers mes impôts, mais j'en ai marre qu'ils aillent là où je ne le souhaite pas. J'en ai marre que mes impôts servent à payer recherches et investissements pour la prochaine "nouvelle" technologie qui sera nécessaire pour réparer les dégâts causés par la précédente technologie déjà dépassée...

Alo

Alo | 30 octobre 2009 à 00h40
 
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Re:Conclusion afligeante - mais tellement probable

Depuis plus de trente ans les écologistes mettent en alerte les citoyens à ce danger et ils étaient soutenus par le M.E.P.
Malheureusement les autres paries politiques se moquaient des écolos et du M.E.P. Pourquoi n'en feront-ils pas de même aujourd'hui.

bison698 | 02 novembre 2009 à 13h07
 
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Copenhague 2009

C'est clair qu'il va falloir éviter que les dirigeants internationaux se voilent la face!
Bien que l'évènement soit médiatisé autant qu'une coupe du monde il faut éviter de prendre ce sommet pour un championnat du pays qui aura le mieux agit, ce n'est pas une course entre pays, c'est une course contre la montre !

micky27 | 17 novembre 2009 à 12h48
 
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