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Contamination au radon à Bessines-sur-Gartempe : l'IRSN fait état d'un risque accru de cancer du poumon

Le rapport de l'IRSN révèle une élévation du risque de cancer du poumon chez les personnes ayant habité la maison contaminée au radon de Bessines-sur-Gartempe. Ce risque varie grandement selon les hypothèses retenues…

Risques  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

"La concentration de radon mesurée dans les différentes pièces de la maison est exceptionnelle", a confirmé l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) le 2 juin à l'occasion de la publication de son rapport d'évaluation des risques sanitaires des occupants d'une maison construite sur des résidus de traitement de minerais d'uranium à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), à 35 km au nord de Limoges. En conséquence, il évoque une élévation des risques de cancer du poumon pour les adultes (de l'ordre de 10 à 13 fois le niveau de risque d'un adulte non fumeur) comme pour les enfants (multiplication de 1,01 à 1,6 fois du risque, voire beaucoup plus selon les différents postulats).

Pour rappel, en mars, des niveaux "significativement supérieurs aux valeurs maximales observées" de radon ont été enregistrés dans une maison de Bessines-sur-Gartempe ayant accueilli une vingtaine d'enfants dans le cadre de l'activité de garde à domicile des résidents. Le sujet n'est pas anecdotique, l'Autorité de sûreté nucléaire ayant fait de la question du radon dans les bâtiments résidentiels recevant du public un de ses "six enjeux sans précédents". En effet, 10 à 15% des cancers du poumon sont liés au moins pour partie à l'exposition à ce gaz radioactif.

Les recommandations sanitaires largement dépassées

L'usage de résidus de traitement de minerais d'uranium comme remblais semblent être à l'origine de la pollution radioactive, selon l'Agence régional de santé (ARS) du Limousin qui rappelait alors que "la présence de tels résidus en dehors des sites miniers et des lieux de stockage autorisés est tout à fait anormale et contraire à la réglementation".

Le rapport de l'IRSN vient confirmer la pollution et fait état de "concentrations représentatives de radon" allant de 8.500 becquerels par mètre cube (Bq/m3) dans la cuisine en journée à 18.700 Bq/m3 dans le séjour la nuit. Ces niveaux "dépassent très largement la recommandation des organismes sanitaires français et internationaux" plafonnée à 300 Bq/m3.

Quant à la cause de la pollution radioactive, l'IRSN confirme que "la présence de sables cyclonés, sous une couche superficielle de terre végétale d'une épaisseur d'environ 50 cm, a été mise en évidence sur la parcelle sur laquelle la maison est située". Les sables cyclonés sont la fraction grossière (0,15 à 0,50 mm) et sableuse des résidus de traitement de minerais d'uranium. Composés de minéraux résiduels ayant résisté à l'attaque chimique, ils concentrent 20% de l'activité massique en radium 226 de l'ensemble des résidus miniers, explique le site internet de l'IRSN.

Des risques sanitaires dépendant des hypothèses retenues

Quant aux risques sanitaires potentiels, "l'expertise réalisée a montré que l'inhalation de radon a constitué la voie essentielle d'exposition des occupants de la maison", explique l'IRSN, ajoutant que "les analyses biologiques ont, par ailleurs, confirmé l'absence d'une contamination par inhalation ou ingestion de radium". Et de rappeler que le radon est une cause de cancer avéré, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon l'Institut, l'exposition cumulée au radon des adultes non fumeurs ayant résidé plus de dix ans dans la maison entraîne une multiplication comprise entre 10 et 13 du risque de décès par cancer du poumon, par rapport à un individu non exposé au radon et n'ayant jamais fumé. Si le résident est par ailleurs un fumeur, le risque de cancer est bien plus important. "A titre d'exemple, l'adulte âgé de 50 ans ayant occupé la maison pendant 20 ans et travaillant à l'extérieur a une probabilité de survenue de cancer du poumon « vie entière » [comprise] entre 10% et 70%, selon les hypothèses, s'il est fumeur".

Pour un jeune de 20 ans ayant résidé dans la maison depuis sa naissance, la probabilité de décès par cancer du poumon est multipliée par un facteur de l'ordre de 1,4. Néanmoins, ce taux est minoré par le postulat utilisé par l'étude selon lequel l'excès de risque relatif de cancer du poumon s'annule au-delà de 30 ans après la fin de l'exposition. Or cette hypothèse est "vraisemblable mais n'est pas démontrée", indique le rapport. Et d'alerter sur le fait que le "facteur [de risque] serait similaire à celui des adultes dans l'hypothèse où l'excès de risque relatif resterait constant après la fin de l'exposition"

Enfin, pour les enfants gardés dans la maison, le facteur d'augmentation de la probabilité de cancer du poumon calculée pour une année de garde est compris entre 1,01 (dans l'hypothèse où l'excès de risque devient nul 30 ans après l'exposition) et 1,6 (dans l'hypothèse où l'excès de risque relatif reste constant après la fin de l'exposition).

A noter que pour la leucémie, l'IRSN indique que "la probabilité de survenue de cas de leucémie apparaît faible mais ne peut pas être quantifiée, eu égard au manque de données scientifiques conclusives".

Vers un suivi des personnes concernées ?

En conclusion de son rapport, l'IRSN émet des recommandations d'ordre sanitaire. En premier lieu, "il semble opportun que les médecins référents soient informés sur l'exposition de leurs patients et les estimations de risque pour leur santé", estime l'Institut, ajoutant que "l'exposition importante au radon devrait être tracée dans le dossier médical des personnes".

Par ailleurs, il conviendrait de réaliser un bilan de santé initial comprenant un bilan sanguin (numération formule sanguine). De même, la mise en place d'un accompagnement psychologique est évoquée.

Enfin, "compte tenu du niveau élevé des expositions, l'IRSN estime souhaitable que soit recherché un consensus médical, avec la contribution des agences de santé compétentes, sur l'opportunité de la mise en place d'un suivi de long terme des personnes exposées, et sur la nature d'un tel suivi".

Quant aux personnes concernées par l'exposition au radon de la maison de Bessines-sur-Gartempe, l'IRSN leur recommande d'éviter tout tabagisme (y compris passif), compte tenue de la synergie entre radon et tabac, d'éviter l'exposition respiratoire à des composés irritants ou à des toxiques et de veiller à éviter toute exposition excessive au radon à l'avenir, en sollicitant en cas de doute un dépistage de radon dans leur logement.

Réactions2 réactions à cet article

 

Article très intéressant, mais je m'interroge sur le volet pénal : la règlementation a été enfreinte, une enquête est-elle en cours pour retrouver les responsables d'une telle monstruosité ?

Energiestro | 05 juin 2014 à 10h08
 
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Si l'on voulait donner au lecteur des éléments de référence, peut-être pourrait-on comparer pour un adulte avec le risque de cancer du poumon pris par celui ou celle qui fume 5 cigarettes par jour? un paquet par jour?
Pour les enfants, la comparaison avec le tabagisme passif serait utile...
Bref, on ne croit plus à une " relation dose-effet linéaire sans seuil" ?
Quand on a le courage de lire le rapport de l'IRSN, on se demande comment diable ce bâtiment était construit: vide sanitaire ou non ? ventilation correcte ou pas ? Ce serait bien d'aider chacun à comprendre : il y a peut-être dans le Limousin des bâtiments dont les occupants pourraient utilement ventiler correctement la cave ou le vide sanitaire sans nécessairement mobiliser autant d'énergie administrative...
Mais peut-être y a-t-il une face obscure du dossier ?

candide | 08 juin 2014 à 08h37
 
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