En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Continuité écologique : Nicolas Hulot relance la restauration de la vallée de la Sélune

Nicolas Hulot revient sur la décision de Ségolène Royal : les deux barrages de la Sélune (Manche) seront détruits. Le projet de restauration de la biodiversité du fleuve côtier, lancé fin 2009, repart de l'avant.

Biodiversité  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Continuité écologique : Nicolas Hulot relance la restauration de la vallée de la Sélune

Ce mardi 14 novembre, Nicolas Hulot a autorisé le projet de restauration de la biodiversité de la vallée de la Sélune. Le ministre de la Transition écologique veut redonner à la rivière "une bonne qualité écologique et [viser] à terme des aménagements durables dans la vallée".

La Sélune est un fleuve côtier qui se jette dans la baie du Mont Saint-Michel (Manche). "Deux barrages hydroélectriques de 35 et 15 mètres ont été construits dans la première moitié du 20ième siècle : le barrage de Vezins et celui de La Roche-Qui-Boit", rappelle le ministère. Ces deux infrastructures, qui "[ont modifié] profondément le cours d'eau, les paysages, la faune et la flore", ne présentent plus aujourd'hui "de perspective sérieuse de reprise d'activité de production d'électricité dans des conditions économiquement rentables". En conséquence, "la remise en état écologique du cours d'eau est la solution qui ouvre le plus de possibilités pour l'avenir de la vallée".

Début des travaux au printemps 2018

Concrètement, le projet prévoit l'arasement du barrage de Vezins entre le printemps 2018 et l'automne 2019. Ensuite, le barrages de la Roche-Qui-Boit sera lui aussi déconstruit. "EDF poursuivra la gestion des ouvrages pour le compte de l'Etat afin d'en assurer la sécurité jusqu'à la fin des opérations", explique le ministère. "L'arasement des barrages est sans effet vis-à-vis du risque d'inondation", rassure le ministère, ajoutant qu'"une surveillance attentive sera exercée pour assurer la sécurité pendant toute la phase des travaux entre juin 2018 et juin 2019".

Les travaux seront financés par l'Agence de l'eau Seine Normandie dans le cadre de son programme d'intervention. Le Syndicat Mixte du Bassin de la Sélune sera associé au projet, explique le ministère, qui voit dans cette restauration de la vallée de la Sélune "l'opportunité pour les collectivités locales de développer de nouvelles activités économiques et de loisirs".

Il s'agit d'une opération "exceptionnelle et unique en Europe", estime le ministère qui indique que quelque 90 km de cours d'eau seront ainsi "entièrement ouverts à la reconquête de la biodiversité, notamment grâce au retour naturel d'espèces aquatiques emblématiques comme le saumon de l'Atlantique et l'anguille européenne".

Un projet annoncé fin 2009

Ces travaux de restauration défrayent la chronique depuis près de dix ans. En novembre 2009, Chantal Jouanno annonçe un plan d'action national pour la restauration des cours d'eau d'ici 2015. Le barrage de Vezins sur la Sélune est érigé en symbole : l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie explique que sa concession ne sera pas renouvelée, car il a été démontré qu'il n'est pas possible de l'aménager pour la montaison et dévalaison des poissons migrateurs. Or, la Sélune bénéficie d'un classement à ce titre. L'arasement des deux barrages est présenté comme une "opération exemplaire" en terme de biodiversité, de concertation locale et d'accompagnement des collectivités impactées. L'Union régionale des fédérations de Bretagne, de Basse-Normandie et des Pays de la Loire pour la pêche et la protection du milieu aquatique saluent la décision ministérielle.

Début 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet confirme l'arasement des deux barrages. ''Il sera ainsi mis fin à la concession et l'autorisation dans les jours qui viennent'', explique l'ex-ministre de l'Ecologie qui fixe l'échéance des travaux à 2015-2018. Par ailleurs, une enveloppe financière de 5 millions d'euros est débloquée pour l'accompagnement économique des collectivités. Cette somme s'ajoute aux 5 millions d'euros prévus pour la renaturation de cette vallée.

Ségolène Royal abandonne le projet contre l'avis de son ministère

En décembre 2014, la commission d'enquête donne un avis favorable au démantèlement des deux barrages. Ce projet semble être la seule solution viable pour atteindre les objectifs de continuité écologique fixés par les règlements nationaux et européens, explique le rapport de la commission.

Toutefois, trois jours plus tard, Ségolène Royal annonce vouloir réétudier le dossier. La ministre de l'Ecologie réclame "des expertises sur le potentiel de production d'hydroélectricité" de ces barrages. Elle s'inquiète surtout du coût de l'opération : 38 millions d'euros pour araser les deux barrages et 15 millions d'euros pour renaturaliser le site. Las, en avril 2015, les services du ministère donnent tort à Ségolène Royal : "Il est impossible de répondre aux exigences de qualité des eaux et de libre circulation des espèces migratrices en conservant les barrages", conclut le rapport d'expertise commandé par la ministre. La décision devient éminemment politique : il faut choisir entre la production hydroélectrique (0,04% de la production française) et la restauration de la biodiversité. La décision tombe en mars 2016 : le gouvernement autorise la vidange du barrage et ouvre ainsi la voie à la reprise de la concession par la société Valorem.

Réactions2 réactions à cet article

 

Une bonne nouvelle, à laquelle toutefois on croira vraiment lorsque les travaux d'arasement seront achevés (en écologie pratique, on devient comme Saint Thomas...).
Intéressant que l'enjeu biodiversité soit enfin pris en compte. Mais cet enjeu ne se limite pas à des poissons, il y a aussi foule d'invertébrés, de plancton mais aussi de vertébrés pulmonés qui vont très probablement en bénéficier à plus ou moins long terme (Loutre, Castor, oiseaux, etc.).
L'article fait par contre totalement l'impasse sur le paramètre transport des sédiments (dévalaison) qui constitue pourtant l'un des piliers de la DCE et qui peut être un élément majeur de la résistance du trait de côte à l'érosion marine et à la productivité biologique de l'écosystème marin. A ce titre, des analyses de la composition des sédiments stockés dans les retenues actuelles ont elles été réalisées ou sont elles prévues ?

Pégase | 16 novembre 2017 à 09h43
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Bonne nouvelle pour les saumons et les anguilles, annonce de mort pour tous les poissons qui peuplent ces lacs.
La production électrique de ces barrages était certainement assez faible mais elle pouvait être produite à la demande quand il n'y a ni vent ni soleil ce qui décuple sa valeur d'énergie renouvelable. Le ministre de la " "transition énergétique" " en a décidé autrement.
Que diront les agriculteurs quand on leur interdira d'irriguer car le débit de la Sélune sera à l'étiage.
Quand aux crues, j'espère que l'on ne s’apercevra pas en retard de l’intérêt de ces barrages pour éventuellement les réguler.
Et puis, tant qu'à faire, arasons tous les barrages et construisons des centrales au charbon ou mieux , au lignite.

VD69 | 16 novembre 2017 à 20h45
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…