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Actu-Environnement

« COP 15 : l'objectif est d'arrêter et d'inverser le déclin de la biodiversité d'ici à 2030 »

La COP 15 débute mercredi 7 décembre, à Montréal. Sylvie Lemmet, ambassadrice déléguée à l'environnement, présente les grands objectifs qui doivent figurer dans un accord ambitieux et les difficultés qui restent à résoudre.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Laurent Radisson
   
« COP 15 : l'objectif est d'arrêter et d'inverser le déclin de la biodiversité d'ici à 2030 »
Sylvie Lemmet
Ambassadrice déléguée à l’environnement
   

Actu-Environnement : Quels sont les grands objectifs qui doivent impérativement figurer dans l'accord en négociation ?

Sylvie Lemmet : L'accord recherché est un paquet qui comprendra plusieurs décisions. D'une part, une décision qui permettra d'adopter le cadre mondial pour la biodiversité (Global Biodiversity Framework) pour la décennie 2020-2030 et, d'autre part, une soixantaine d'autres décisions constituant des annexes à la Convention sur la diversité biologique. Parmi ces décisions figurent des dispositions sur la mise en œuvre du cadre, sur les indicateurs ou encore sur la mobilisation des ressources. La Convention est également accompagnée de deux protocoles : le Protocole de Nagoya, sur l'accès aux ressources génétiques, et le Protocole de Carthagène, sur la prévention des risques biotechnologiques.

AE : Que devra comprendre le Global Biodiversity Framework ?

SL : Dans sa partie introductive, il doit afficher une mission suffisamment claire pour être comprise par le grand public et par les politiques. C'est celle d'arrêter et d'inverser le déclin de la biodiversité d'ici à 2030, avec l'objectif d'un impact net positif pour la nature. Dans sa deuxième partie, il comprendra quatre grands objectifs à l'intérieur desquels on trouvera 22 ou 23 cibles déclinées autour des trois grands piliers de la Convention, à savoir la conservation de la biodiversité, l'utilisation durable des ressources naturelles et le partage des avantages issus des ressources génétiques. Les cibles sont liées aux cinq facteurs de destruction de la biodiversité identifiés par l'Ipbes : le changement d'usage des terres et des mers, la surexploitation des espèces, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes.

AE : Sur quels objectifs êtes-vous la plus attentive ?

SL : Avec l'ensemble du gouvernement et les ministres présents sur place, nous portons une grande attention sur l'objectif d'augmenter la surface, la connectivité et l'intégrité des écosystèmes naturels ainsi que sur les risques d'extinction des espèces ou encore sur la diversité génétique. Parmi les cibles figure celle de protéger 30 % des terres et des mers d'ici à 2030, dite « 30X30 ». Sur la moyenne mondiale, on est bien en-dessous de ces chiffres actuellement, avec 17 % des terres protégées et seulement 8 % des mers. On a également une cible qui vise la restauration des écosystèmes. Une autre cible porte sur la réduction quantitative des risques et des usages de polluants, en particulier des engrais et des pesticides. On a ensuite un objectif sur l'utilisation durable des ressources, avec la réduction de l'empreinte écologique globale, dans le respect des limites planétaires, à l'horizon de 2050. Deux autres points importants portent sur l'encouragement des entreprises et des institutions financières à faire un reporting en matière de biodiversité, ce qui existe déjà en France, ainsi que sur la diminution et la suppression des investissements néfastes à la biodiversité.

AE : Vous insistez également sur les mécanismes de mise en œuvre. Pourquoi ?

SL : L'échec des objectifs d'Aichi, fixés en 2010, s'explique principalement par l'absence de cadre de suivi. D'où l'importance d'un mécanisme de mise en œuvre qui doit prévoir un rapportage à échéance régulière avec des indicateurs clés sur différents sujets, ainsi qu'un bilan mondial pour évaluer la progression et pour rehausser l'ambition. Il est également important d'inclure dans le processus les acteurs non étatiques, c'est-à-dire les entreprises, les collectivités locales, les peuples autochtones ou encore les associations.

AE : Quels sont les points de blocage qui restent à lever pour conclure un accord ?

SL : Les cibles les plus matures ont été adoptées. En revanche, des blocages subsistent sur certains points. Par exemple, sur la question des financements, en particulier le montant que les pays développés peuvent verser aux pays en développement. Les montants demandés sont bien supérieurs aux flux actuels, de l'ordre de 5 à 10 milliards d'euros par an, et seront inatteignables en huit ans, d'autant que les montants ont déjà doublé depuis Aichi, avec la mise en œuvre de l'engagement d'Hyderabad. Surtout, le chiffre à atteindre dépendra évidemment de ce qui figurera dans l'accord final. Quant à l'objectif 30X30, certains pays ne se sentent pas capables ou ne souhaitent pas protéger 30 % de leur espace maritime. Certains États, par exemple, sont volontaires pour la protection, mais ont besoin d'être rassurés. À cet égard, il faut rappeler qu'il s'agit d'un objectif global, certains pays pouvant être à 10 % et d'autres à 45 %.

AE : Des tensions semblent également exister sur le partage des avantages issus des ressources génétiques numérisées ?

SL : Effectivement, la numérisation des ressources génétiques (DSI pour Digital Sequence Information) est un gros sujet qui fait partie du paquet. C'est très complexe car les informations sont stockées dans des bases de données réparties dans le monde entier. Il est très difficile de savoir d'où vient une information séquencée qui sera utilisée par une entreprise donnée pour faire de la recherche sur un médicament ou un produit alimentaire par exemple. Ce sont les entreprises qui en bénéficient qui devraient payer, mais le protocole de Nagoya est déjà compliqué à mettre en œuvre et tous les pays ne l'ont pas encore transposé dans leur législation nationale. Beaucoup d'autres questions se posent, sur le libre accès aux données pour les chercheurs, par exemple, ou sur l'équité, puisque les entreprises de pays non parties à la Convention ne seraient pas concernées. De nets progrès ont été accomplis depuis un an en la matière, mais je suis, pour l'heure, bien incapable de prédire ce qui sera ou non décidé.

AE : La mobilisation politique est-elle à la hauteur des enjeux de cette COP, sous présidence chinoise, où ne seront pas présents les chefs d'État et de gouvernement ?

SL : Le leadership chinois est bien présent, avec une méthode qui privilégie les échanges bilatéraux et les consultations. La Chine a déclaré qu'il fallait maintenant avancer. Le fait que les chefs d'État ne soient pas présents fait que, a contrario, les ministres le sont beaucoup. Le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, emmènera la délégation française lors du segment de haut niveau du 15 au 17 décembre et restera jusqu'aux dernières heures de négociations.

AE : La France est-elle exemplaire dans cette mobilisation ?

SL : La France est bien plus mobilisée sur la biodiversité que la moyenne des États. Elle a présidé, au premier semestre, le Conseil de l'UE et a contribué à faire adopter la position européenne. Elle était également présente politiquement pendant la COP 27, à Charm-El-Cheikh, pour préparer Montréal. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour faire monter le sujet à l'international à travers des événements comme le One Planet Summit, le congrès de l'UICN ou le One Ocean Summit.

Réactions8 réactions à cet article

 

La base de TOUTES les chaines alimentaires et donc de toute biodiversité se trouvent dans les sols ! Le pire ennemi des sols c'est la désertification = disparition de la couverture végétale = déforestation ! un sol sec c'est un sol mort : pas d'eau pas de vie, il faut vite changer de paradigme, la végétation ne consomme pas d'eau mais provoque (par son évapotranspiration ) 70% des pluies et évacue 60% de la chaleur du soleil ! Une nature sèche c'est une nature morte donc un désert, on aura sauvé la biodiversité dans son ensemble quand nos continents seront des océans de verdures, pour les campagnes mais aussi pour les villes ! la photosynthèse c'est l'énergie du vivant et la saison de la photosynthèse c'est l'été ! il faut une couverture végétale vivante sur toutes les surfaces agricoles toute l'année et en priorité l'été : c'est la permaculture ! l'urbanisation est le fléau de la planète

laurent | 07 décembre 2022 à 08h55
 
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laurent, merci mais ne vaut-il pas mieux prêcher dans le désert (littéralement dans les pays où ledit désert avance) plutôt que de vous époumoner ici en France, pays dans lequel la couverture forestière avance et la déprise agricole est maintenant bien sur les rails, notamment du fait des écolos ?
Notre pays est exemplaire en matière d'environnement, malgré les cris d'orfraie des excités de la planète qui profitent de la démocratie et du progrès pour ch... dessus, en voie de paupérisation mais exemplaire.
Courage à ceux qui continuent d'essayer de travailler.

Albatros | 07 décembre 2022 à 09h38
 
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Albatros : les campagnes françaises sont de plus en plus sèches l'été, c'est ça un début de désertification par la destruction des sols

laurent | 07 décembre 2022 à 10h12
 
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Albatros a entièrement raison et puis une minorité de pays comme la France change pendant que d'autres détruisent , polluent de plus en plus , tous les pays doivent faire de même et pas juste quelques-uns en prétendant que ça va changer la donne et en plus les faire payer pour des pays qui ne font rien pour changer , en 2030 rien n'aura changer avec des mesures qui n'incluent qu'une poignée de pays , les excités du bocage devraient aller s'exciter dans les pays qui polluent , déforestent et détruisent vraiment au lieu d'etre contre-productif envers toute la société (les éco-terroristes) !!!

simux | 07 décembre 2022 à 10h31
 
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Il semblerait que 27 COP climat n'ont jusqu'à présent pas réussi à faire adhérer tout le monde (seule, l'UE fait connerie sur connerie en matière d'énergie et persiste à se saborder).
Maintenant, les cinglés de l'ONU agitent la biodiversité pour trimballer des notables écolos aux quatre coins de la planète, avec à peu près la même efficacité bureaucratique (seule l'UE flingue son agriculture).
Bravo à l'UE et dommage pour nous...

Albatros | 07 décembre 2022 à 14h02
 
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Merci pour cet article et pour les réponses de Laurent.
J'ai du mal à comprendre les raisonnements d'Albatros et Simux. La France, de mon point de vue, est loin d'être exemplaire en matière de biodiversité... Certes, elle a organisé de grands évènements sur le sujet : congrès de l'UICN, One Planet/Ocean Summit. Mais cela reste en grande partie de la com'. Il y a peu d'actions concrètes en faveur de la biodiversité : la liste des espèces chassables contient encore et toujours des espèces sur liste rouge, nous utilisons toujours des pesticides, définition vague et peu contraignante des aires protégées, les dérogations à l'art. L411-1 et à d'autres articles du code de l'environnement sont toujours nombreuses et souvent très mal justifiées pour artificialiser de plus en plus... Il reste tant à faire : je ne vois pas un seul arbre dans ma rue, c'est encore le cas dans beaucoup d'autres, aucune verdure, aucune vie autre qu'humaine, hormis parfois quelques espèces végétales pionnières qui se font bien maltraiter, de rares insectes et quelques rats et pigeons qui semblent malades... Dire que d'autres pays font pire n'est pas une excuse valable pour ne rien faire. De plus, la plupart de ces pays polluent et produisent pour satisfaire la demande de pays comme le nôtre. Nous avons délocalisé nos industries, et même nos déchets, nous traitons toujours les travailleurs de ces pays comme des esclaves (ou nous fermons les yeux). Et après, vous osez les montrer du doigt. Un peu de décence !

Nina12 | 08 décembre 2022 à 11h55
 
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L'ambition est d'envisager de rendre possible l'hypothèse comme quoi on pourrait tendre vers l'adoption d'un projet de plan d'action susceptible de viser l'objectif d'arrêter et d'inverser le déclin de la biodiversité d'ici à 2030. Ou 2040. Ou 2080.
Mais le projet étant très ambitieux, il ne faut surtout pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir subventionné le mouton...

Rivelino | 08 décembre 2022 à 16h42
 
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Ou que vous soyez, regardez autour de vous et posez vous une seule question : ou est la forêt ? Pas d'arbre ou pas de couverture végétale vivante = désert pour le climat l'eau et la biodiversité ! Toute la vie sur les continents est conditionnée à la densité végétale. L'agriculture de conservation des sols a bien compris l'importance de la biologie des sols.

laurent | 09 décembre 2022 à 08h59
 
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