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L'Agenda des solutions, porte ouverte au greenwashing

Difficile de faire le tri dans le foisonnement des "solutions" présentées tout au long de la semaine à la COP, réunissant compagnies pétrolières, agriculteurs, scientifiques et milliardaires dans un attelage hétéroclite de bonnes intentions. 06 décembre 2015

Spécial COP - Retrouvez les moments forts de la conférence Retrouvez les moments forts de
 la conférence climat de Paris le Bourget

Le monde des affaires est au cœur de la COP. Dès son arrivée dans l'enceinte du parc des expositions du Bourget, le visiteur découvre l' "Arbre à Vent", éolienne décorative offerte par Engie. A l'intérieur des allées et des halls, il croise des sculptures en plastique, dont le mécène est le groupe de chimie Arkéma. Et les entreprises, dont les logos sont très présents, participent assidûment aux "side-events" quotidiens de l'Agenda des solutions qui ont scandé cette première semaine de négociations.

Initié par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon, l'Agenda des solutions est né de la COP 20, à Lima, en décembre 2014. A la suite de cette conférence, la France et le Pérou, conjointement avec les Nations Unies, ont décidé d'encourager et de soutenir quelque 70 initiatives coopératives et plus de 10.000 engagements d'acteurs individuels en mettant en place le Plan d'Actions Lima-Paris (LPAA). Cette initiative vise à créer une dynamique d'actions en faveur du climat, en associant autour de plateformes thématiques des acteurs privés, des Etats et collectivités, des banques, des fondations, instituts de recherche et des mécènes – de Facebook à la fondation Bill Gates.

Une foire aux affaires

Du 1er au 8 décembre, douze événements thématiques présentent, dans l'enceinte de la COP, les résultats du Plan d'Actions Lima-Paris dans différents secteurs : forêts, agriculture, résilience, transports, bâtiments, finance privée, polluants de courte durée, efficacité énergétique, énergies renouvelables, innovation, ou par le biais d'acteurs, secteur privé et collectivités locales. Samedi 5 décembre, dans la salle plénière La Loire où vont se poursuivre cette semaine les négociations de la COP, avait lieu la "Journée de l'Action", qui se voulait le point d'orgue de cette mobilisation internationale "sans précédent" des acteurs non-étatiques préparée depuis plus d'un an. Des stars telles que Leonardo di Caprio, Sean Penn, et Al Gore, se sont relayées à la tribune pour plaider la cause du climat.

La diversité des projets caractérise cet Agenda de l'action hétéroclite : on y trouve aussi bien le mouvement mondial Divest-Invest, que l'initiative des déchets solides municipaux, la Grande Muraille verte pour le Sahara et le Sahel, des programmes d'adaptation de l'agriculture paysanne, l'initiative "R4" pour la résilience rurale, l'Alliance mondiale pour des cuisinières propres, mais aussi l'accréditation carbone des aéroports, l'action climat collaborative du transport aérien, les investissements "intelligents" dans la résilience par les assureurs... Une véritable foire aux solutions et aux affaires.

Des projets plutôt "mainstream"

Quels sont les critères qui ont permis de sélectionner ces projets  ? "Les meneurs de l'initiative doivent viser à les rendre transformatives dans leurs secteurs et suffisamment ambitieuses pour rester sur le chemin de 2 degrés Celsius et de la résilience, avec des objectifs quantitatifs à court et à long termes. L'initiative doit être fondée sur la science et doit avoir un impact concret sur l'atténuation du changement climatique ou l'adaptation à celui-ci dans l'un des 12 champs d'action identifiés. Ils doivent pouvoir faire un suivi et communiquer les résultats de manière régulière. Ils doivent aussi démontrer la capacité de respecter les engagements pris", peut-on lire sur le site de la plateforme des acteurs non étatiques.

Selon un proche de l'équipe du ministère de l'Ecologie chargée de préparer la COP 21 et d'enregistrer ces propositions d'initiatives, plusieurs types d'orientations ont convergé : celles qui, mettant l'accent sur le rôle du monde des affaires dans la transition, sont soutenues par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon, à travers le Global Compact et Caring for Climate, coalitions d'entreprises multinationales en faveur du développement durable. D'autres, plus proches du terrain et des peuples, ont été poussées par le Pérou lors de sa présidence de la COP 20 en 2014 : protection des forêts, résilience, peuples autochtones. La France a proposé que les océans figurent parmi les thématiques, et elle a soutenu la participation de la société civile à ces initiatives, telles que le WWF Climate Saver et l'alliance de Greenpeace avec Coca Cola sur les gaz réfrigérants. L'ensemble forme un agenda plutôt "mainstream", censé élaborer des feuilles de route afin de lancer des processus au long cours. Exemple : le rôle de la finance qui, par le Montreal Carbon Pledge, s'engage à décarboner ses actifs.

Certains volets de cette plateforme font l'objet de critiques dans les couloirs de la COP. Exemple : l'initiative "4 pour 1.000", présentée au Bourget par le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll, peut aussi bien se traduire en agriculture paysanne qu'en semences dopées aux OGM afin d'optimiser la séquestration de CO2 par les plantes. Et devant la levée de boucliers des ONG, l'initiative pour une agriculture intelligente dite GACSA (Global Alliance for Climate Smart Agriculture) ne figure pas dans l'Agenda. Pour le RAC, qui analyse les fausses solutions de la COP, l'initiative Climate Smart utilise le climat comme alibi du maintien du modèle agricole industriel.

Des pollueurs toujours plus "verts"

Autres controverses au cœur de la COP : le partenariat des industries du pétrole et du gaz sur le méthane, adossé à la Climate and Clean Air Coalition, est éligible à cet Agenda de l'action alors qu'il rassemble les entreprises BP, BG Group, Eni, Pemex, PPT, Southwestern Energy, Statoil et Total. Il affiche sa volonté de réduire les fuites de méthane et le flaring dans l'ensemble des process. Après avoir rencontré les ONG sur la question, la ministre de l'Ecologie a annoncé son intention de le retirer.

Quant aux compagnies aériennes, elles avancent plusieurs initiatives volontaires, parmi lesquelles stabiliser leurs émissions à partir de 2020, en utilisant, en partie, des "énergies alternatives et soutenables". Dans les faits, comme le rappelle le guide Lobby Planet sur la marchandisation du climat, publié par le Corporate Europe Observatory, "les compagnies aériennes sont parvenues à bloquer la proposition européenne d'introduire une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre produites par les vols internationaux. L'Association internationale du transport aérien refuse également que l'aviation civile internationale soit concernée par l'accord international sur le climat qui sera adopté à Paris. L'industrie préfère de loin les engagements non contraignants et les fausses solutions telles que les crédits carbone et les mécanismes de compensation".

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