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COP 21 : l'Arabie saoudite dans le collimateur des ONG

Au fil des négociations, les observateurs ont dénoncé les actions de l'Arabie saoudite visant à affaiblir l'ambition de l'accord. Le deuxième producteur mondial de pétrole veut préserver à tout prix ses revenus, estiment les ONG. 10 décembre 2015

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COP 21 : l'Arabie saoudite dans le collimateur des ONG

Le rôle tenu par l'Arabie saoudite dans les négociations climatiques déplaît fortement aux ONG rassemblées au sein du Réseau Action Climat (RAC). Le royaume est devenu l'une des bêtes noires de la société civile qui ne rate pas une occasion de dire tout le mal qu'elle pense des positions saoudiennes. Objectif de limitation de la hausse des températures, objectif de décarbonisation de l'économie et pic mondial des émissions de gaz à effet de serre, mécanisme de révision et d'amélioration des engagements, ou encore place des droits humains dans l'accord, l'Arabie s'est distinguée sur tous les sujets sensibles des négociations. Cette attitude lui a valu de nombreux Fossil of the day. Ces prix remis quotidiennement lors des négociations climat depuis 1999 par le Climate Action Network, la branche internationale du RAC, sont devenus une institution.

La contribution saoudienne remise au secrétariat général de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc) le 10 novembre dernier explicitait déjà la position du pays. Il n'est pas question de renoncer au pétrole et à ses revenus, explique en substance le royaume qui propose deux scénarios. Si l'accord de Paris préserve ses importants revenus pétroliers, il investira "dans des secteurs à forte valeur ajoutée, tels que les services financiers et médicaux, le tourisme, l'éducation, les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique". En conséquence, ses émissions pourraient être réduites jusqu'à 130 millions de tonnes de CO2 (MtCO2eq) en 2030 (contre 533 MtCO2eq en 2010, selon les données de la Banque mondiale). En revanche, si la communauté internationale entend se passer des réserves pétrolières pour préserver le climat, le pays développera des industries lourdes et consommera lui-même son or noir et exportera les biens ainsi produits.

Contradiction inquiétante

L'Arabie saoudite s'est distinguée en remportant un premier Fossil pour "[avoir fait] tout son possible pour maintenir en dehors de l'accord une mention de l'objectif de hausse des températures en dessous de 1,5°C qui ait du sens". Ce faisant, elle tente de "torpiller trois ans de science « dure », commandée par des gouvernements". Et les ONG de rappeler que pour les pays les plus vulnérables, une hausse des températures de 2°C entraînerait des dommages irréversibles dépassant les capacités d'adaptation. La Chine, l'Inde et le Groupe des pays arabes s'opposent aussi à l'objectif des 1,5°C, "bien que les habitants de tous ces pays vont souffrir de leurs actions".

Dans le même esprit, le CAN juge que le pays, aidé par le Venezuela, bloque aussi les avancées sur la concrétisation de cet objectif de températures. "Dans un groupe de contact crucial, ils s'opposent à la décarbonisation, tout en soutenant la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre, une contradiction inquiétante", rapporte le RAC. Ces deux pays "sont réticents à nettoyer leur économie car ils veulent protéger les profits tirés du pétrole sale, quel qu'en soit le prix", estime le réseau d'ONG. Confirmant cette position, le délégué saoudien s'en est pris vivement aux formulations évoquant un objectif de neutralité carbone en plénière : "La neutralité carbone, ça ne veut rien dire ! Nous n'avons pas de temps à perdre avec ces nouveaux concepts !".

Toujours sur le volet atténuation de l'accord, l'Arabie saoudite s'est distinguée pour avoir tenté de "enfermer [les pays] dans un monde qui se réchauffera de 3°C". Le royaume s'oppose à une révision des contributions des Etats afin d'améliorer les engagements pris. Là encore, le royaume est soutenu par le Venezuela et par le Like Minded Group of Developing Countries (LMDC), une coalition d'une vingtaine de pays du Sud, dont la Chine et l'Inde. Ces pays plaident pour des mécanismes non contraignants d'amélioration des engagements.

Opposée à une transition énergétique "juste"

Autre reproche : l'Arabie saoudite, aidée par les Etats-Unis et la Norvège, menace "le cœur et l'âme de la transition mondiale vers les énergies renouvelables". En cause, cette fois-ci, leurs tentatives pour délayer les principaux éléments nécessaires "à une transition juste, respectueuse des droits humains, renforçant la sécurité alimentaire, protégeant l'intégrité des écosystèmes, promouvant l'intégrité intergénérationnelle et améliorant la sécurité des femmes".

En l'occurrence, ces pays sont accusés de plaider pour que ces aspects ne figurent que parmi les "considérants" inscrits en préambule de l'accord. Un point que confirme Amnesty International et Human Right Watch qui expliquent que l'Arabie saoudite refuse de voir apparaître dans le corps de l'accord toute référence aux Droits de l'Homme "si une référence aux « droits des peuples vivant sous occupation » n'apparaît pas dans la même phrase". Les deux ONG notent là aussi une incohérence puisque les Droits de l'Homme impliquent le respect des droits de tous les Hommes, qu'ils vivent ou non sous occupation.

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