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COP 21 : les premières pièces du puzzle sont sur la table

S'il est impossible d'avoir une vision globale, les premières propositions concernant certains éléments clés de l'accord de Paris se dessinent, notamment l'objectif de réduction des émissions mondiales de GES à long terme. 02 décembre 2015

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COP 21 : les premières pièces du puzzle sont sur la table

Les 195 pays participant à la COP 21 sont bel et bien au travail. Vingt-cinq réunions ont eu lieu dans le cadre des groupes thématiques (spin-off groups) et 23 sont prévues aujourd'hui. Les premiers résultats sont publiés et les groupes de contact ont commencé à centraliser les premières pièces du puzzle qu'il faudra assembler pour aboutir aux projets d'accord et de décisions qui seront présentés aux ministres samedi prochain.

Néanmoins, le travail s'annonce encore long, quelque 250 options et plus de 1.000 expressions entre crochets sont sur la table, explique Matthieu Orphelin. Les diplomates "sont au travail [mais] il faut accélérer le rythme", explique le porte parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) qui espère que les options proposées aux ministres seront réduites à une quinzaine.

L'objectif de long terme

L'objectif de long terme de réduction des émissions mondiales que se fixera la communauté internationale sera l'un des points les plus importants de l'accord. Il devra concrétiser l'objectif de hausse maximale (1,5°C ou 2°C) des températures qui sera fixé dans l'accord. Pour l'instant, aucun document n'indique l'état des discussions concernant l'objectif exprimé en terme de température globale. Selon l'ONG Care, "certains Etats développés ont remis en cause la mention d'une limite à 1,5°C ou 2°C du réchauffement climatique". Reste qu'en plénière, de nombreux Etats ont une nouvelle fois pris position pour l'objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C. Ce fut notamment le cas du groupe des pays les moins avancés (PMA), de l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis) ou encore des représentants des collectivités locales.

Quant à l'objectif de réduction des émissions mondiales, la Ccnucc a publié une première version du futur article de l'accord qui l'abordera. A l'issue des premiers échanges, cinq propositions sont en discussion. Les Etats pourraient s'engager vers un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) "aussi tôt que possible". Cette première option est en recul par rapport aux dernières discussions de Bonn (Allemagne), puisqu'en novembre dernier les délégués envisageaient un pic à l'horizon 2030 ou "20XX". Une réduction de "X%" des émissions mondiales à l'horizon 2050, par rapport à "20XX" est proposée. La troisième option prévoit des émissions de GES nulles d'ici 2060-2080. Une autre possibilité, qui semble-t-il tient la corde, vise "une transformation à long terme" vers la neutralité carbone (c'est-à-dire des émissions compensées par l'absorption des puits carbone) ou des émissions nulles "au cours du siècle" ou "aussi vite que possible après 2050". Selon divers observateurs, l'idée de la neutralité carbone est plus soutenue que l'objectif plus ambitieux de décarbonisation totale. Enfin, la distribution équitable d'un budget carbone mondial sur la base des responsabilités historiques est aussi envisagée, même si une telle approche "top-down" a été abandonnée après l'échec de Copenhague.

Révision des contributions des Etats (INDC)

Pour atteindre l'objectif de long terme qui sera retenu, encore faut-il que les Etats s'engagent. A la veille de la COP21, quelque 180 contributions nationales avaient été remises au secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc), ce qui constitue une vraie surprise pour nombre d'observateurs. Mais ces contributions ne permettront pas d'atteindre l'objectif de 2°C adopté par la communauté internationale en 2009 à Copenhague. L'un des principaux enjeux de la COP 21 est donc d'établir un mécanisme de révision robuste pour les améliorer progressivement. Cette révision pourrait être quinquennale, débuter en 2020 et s'appuyer sur un état des lieux de la mise en œuvre des engagements pris précédemment.

Reste que la révision des INDC soulève des questions délicates, selon Céline Ramstein, chef de projet COP 21 à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Le lien entre les objectifs pré-2020 est particulièrement délicat. Les scientifiques ne cessent de rappeler qu'il est indispensable d'agir au plus vite, c'est-à-dire d'ici cinq ans, mais l'accord de Paris ne prendra effet qu'à partir de 2020. Dans ces conditions, comment prévoir un mécanisme de révision rapidement opérationnel ? Une des options étudiées, explique la spécialiste de l'Iddri, serait la réalisation en 2017 ou 2018 d'un état des lieux des INDC et de leur mise en œuvre afin que l'accord de Paris entre en vigueur avec des contributions réévaluées. Ce rendez-vous pourrait prendre la forme d'un rendez-vous politique.

Le "barrage" du financement

Enfin, peu de choses ont été rendues publiques concernant deux sujets intimement liés : les financements et les "pertes et dommages". La question financière reste le principal "barrage" sur la route de l'accord, rappelle le Réseau Action Climat (RAC), qui ajoute qu'il est difficile d'espérer de réels progrès avant l'arrivée des ministres lors de la deuxième semaine. Toujours est-il qu'en plénière, la Chine, parlant au nom des principaux pays émergents (Afrique du Sud, Brésil et Inde) a insisté sur le fait que les pays industrialisés devaient tenir l'engagement de financement des pays en développement à hauteur de 100 milliards de dollars à partir de 2020. Plus qu'une promesse, ces quatre pays réclament une feuille de route précise. La publication des INDC pourrait faciliter les négociations, selon Céline Ramstein. En effet, le fait que la quasi-totalité des pays, et en particulier les plus petits, aient publié des contributions marque une vraie volonté d'avancer. En retour, les pays industrialisés pourraient s'engager plus fermement sur les aides financières pour répondre à cet effort.

S'agissant des débats autour des pertes et dommages, il semble que des propositions de compromis soient en préparation. Les Etats-Unis restent opposés à l'adoption d'un mécanisme d'indemnisation ou de compensation pour les pertes de territoire liées à la hausse des océans ou les terres agricoles rendues incultivables par les dérèglements climatiques. A l'opposé, les pays les plus vulnérables y tiennent particulièrement, certains impacts irréversibles des changements climatiques semblant inévitables. Au stade actuel, une première reconnaissance de l'existence de ces pertes irréversibles allant au delà de l'adaptation serait déjà un progrès. Une réunion informelle entre les Etats-Unis et les petits Etats insulaires a permis, semble-t-il, de rapprocher les points de vue. Cela pourrait se traduire par des positions de compromis, mais les négociateurs "semblent réticents à les mettre sur la table", explique le RAC.

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