En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

De quelle couleur sera la COP bleue ?

Baptisée COP bleue en référence à la thématique de l'océan qui devrait avoir une place de choix, la COP 25 abordera d'autres enjeux comme la compensation carbone et la relève des engagements, dans un contexte politique marqué par un manque de leadership.

Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com
De quelle couleur sera la COP bleue ?

Ce lundi 2 décembre, s'ouvre à Madrid (Espagne) la 25e conférence de la Convention climat (CCNUCC). Cette COP 25, prévue initialement au Brésil puis au Chili, se tient finalement à Madrid sous la présidence chilienne. Les 196 pays signataires de la Convention se retrouvent pendant deux semaines pour donner vie à l'Accord de Paris. En décembre 2018, la COP 24 de Katowice (Pologne) avait permis l'adoption des règles de mise en œuvre (le rulebook). Cette nouvelle COP doit permettre d'affiner certaines règles du jeu.

Elle est aussi la dernière étape avant l'échéance de 2020, date à laquelle les États devront mettre à jour et relever leurs ambitions nationales en matière de réduction d'émissions (NDC). Ils devront communiquer ou actualiser leur mise à jour au plus tard au premier trimestre 2020. Or, ces nouveaux engagements devront être très ambitieux. Car selon les derniers calculs du Pnue, les engagements actuels conduisent à une hausse des températures de 3°C.

Intégrer les dernières avancées du GIEC et de l'IPBES

Cette COP 25 se tient sous le signe de l'océan car elle sera la première occasion pour les décideurs de se positionner sur le rapport du Giec de septembre 2019 consacré aux océans et à la cryosphère. Les scientifiques ont préconisé des actions spécifiques pour limiter les impacts du changement climatique sur ces écosystèmes. « Les décideurs pourraient s'en saisir pour identifier de nouvelles capacités d'action conjointe », estime Sébastien Treyer, le directeur général de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Idem pour la question des sols et de leurs rôles dans le bilan carbone de la planète. Le Giec a, là aussi, posé les enjeux avec son rapport d'août 2019.

Mais le sujet sera également intimement lié à la question de la biodiversité. Le rapport de l'IPBES de mai 2019 a rappelé l'urgence de la situation. « En croisant ces rapports scientifiques, il apparaît que certains scénarios de décarbonation proposés pour atteindre l'objectif du 1,5°C comportent des risques importants pour les écosystèmes, explique Sébastien Treyer. À l'inverse, la préservation de la biodiversité ne peut s'envisager sans une lutte ambitieuse contre le changement climatique, qui est l'un des principaux facteurs de sa dégradation. »

L'Alliance pour les forêts tropicales, portée par la France

La protection des forêts tropicales sera également au cœur des négociations des États. Après le lancement de l'Alliance ad hoc en septembre à New York, la France veut en faire un sujet phare avec ses partenaires chiliens et colombiens, membres fondateurs. Elle ambitionne d'élargir les pays membres, en convainquant notamment le Brésil, grand absent pour le moment. Le Gouvernement entend aussi consolider l'Alliance en définissant les principes qui régissent son action, notamment en matière de coordination des acteurs et d'élaboration de projets. « Depuis septembre, nous travaillons sur des projets concrets, notamment en Amazonie, avec l'État du Congo dans le bassin du Congo, et aussi avec nos partenaires en Asie », précise Matignon.

Caler les règles d'échange des crédits carbone

En ce qui concerne les règles de l'Accord de Paris, la première des règles à finaliser concerne l'article 6 qui porte sur les mécanismes de marché de crédits carbone. Pour atteindre leurs réductions d'émissions, les États vont pouvoir financer des projets dans d'autres pays, mais toute la question est de savoir à qui revient les crédits carbone : au pays financeur ou au pays où le carbone est réduit ? Si le pays vendeur et le pays acheteur de crédits se prévalent tous deux de la réduction des émissions, cela affaiblirait considérablement l'intégrité environnementale de l'Accord de Paris. Surtout que cela concerne potentiellement plusieurs milliards de tonnes de CO2.

Sur ce point, la France veut défendre un « consensus respectueux de l'intégrité environnementale ». « Pour nous, ce qui est important, c'est de respecter ce qu'il y a dans l'Accord de Paris. Il faudrait s'en tenir sur ce qu'il y a vraiment dans l'article 6 et le rendre opérationnel », indique le Gouvernement.

Financer les pertes et dommages

Cette COP 25 sera aussi l'occasion d'évaluer et de modifier la gouvernance du mécanisme de Varsovie sur les pertes et dommages. Ce mécanisme a été créé en 2013 pour encadrer le soutien envers les pays exposés à des pertes de territoires ou à des préjudices, du fait de la montée des eaux ou d'évènements climatiques extrêmes. L'article 8 de l'Accord de Paris reprend ce mécanisme mais ne fixe aucune responsabilité aux pays les plus émetteurs de carbone. Et il n'existe pas actuellement de financements spécifiques dédiés.

 
Pour nous, ce qui est important, c'est de respecter ce qu'il y a dans l'Accord de Paris. Il faudrait s'en tenir sur ce qu'il y a vraiment dans l'article 6 et le rendre opérationnel.  
Le Gouvernement
 
Cette question « va retenir beaucoup l'attention », souligne le Gouvernement. La prise en charge peut s'inscrire dans le fonds vert pour l'adaptation au changement climatique, ou via les assurances. « Nous allons faire le point sur les mécanismes de soutien existants et voir ceux qui sont les plus efficaces ». La France plaide pour l'utilisation des mécanismes existants. Car « créer de nouveaux instruments, de nouvelles facilités, prend toujours beaucoup de temps (…). Il nous paraît plus intéressant d'accélérer l'utilisation de ce qui existe déjà, sachant que les financements augmentent pour l'action climatique », explique Matignon.

Quel leadership politique ?

Depuis la COP 21 de Paris en 2015, la communauté internationale a du mal à garder une dynamique d'ensemble. La ratification de l'Accord par la Russie en octobre 2019, ne compense pas le départ des États-Unis, officialisé le 4 novembre 2019, le scepticisme de l'Australie et du Brésil, qui refusa d'accueillir cette COP 25, et le manque d'ambition de l'Europe. Tous les regards se portent sur la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud.

Pour l'instant, les pays européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un objectif de neutralité carbone à 2050 et sur des objectifs relevés en 2030. À travers le vote d'une résolution le 28 novembre, le Parlement européen a déclaré « l'urgence climatique » et a exhorté les États membres à aligner leurs ambitions sur l'objectif de 1,5°C. Un vote est attendu, les 12 et 13 décembre prochain en Conseil de l'UE, soit à la clôture de la COP.

Côté français, le Gouvernement veut démontrer son implication. Le Premier ministre Édouard Philippe, a prévu d'assister à l'ouverture de la COP le 2 décembre au matin, avec la secrétaire d'État à la Transition écologique Brune Poirson. La ministre Élisabeth Borne prendra le relai la seconde semaine, à compter du 9 décembre.

Rachida Boughriet et Florence Roussel

Réactions1 réaction à cet article

 

Bleu pétrole ?

Pégase | 02 décembre 2019 à 12h12
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager