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Les coraux de l'Ile de la Réunion s'appauvrissent sous la pression humaine

Dix ans de suivi de la barrière corallienne réunionnaise ont permis de confirmer sa dégradation, amorcée dans les années 80. La forte pression humaine en serait principalement la cause, selon un rapport publié par l'IRD et Pareto en septembre.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Les coraux de l'Ile de la Réunion s'appauvrissent sous la pression humaine
Lagon de Saint Gilles, Réunion
© Mickael IRLES
   
Les récifs coralliens réunionnais perdent leurs couleurs. La dégradation du milieu sous-marin est perceptible à l'œil nu. Progressivement, poissons colorés et coraux multicolores laissent place aux poissons aux teintes sombres et aux algues...
Une étude* menée entre 1998 et 2008 par l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et le bureau d'études-conseil en environnement Pareto pour le compte de la réserve naturelle marine de la Réunion a confirmé la forte dégradation de l'écosystème récifal de l'île.

Une diminution de la richesse biologique

Pendant dix ans, les populations de poissons récifaux ont été passées au crible. L'évolution de ces populations permet en effet de dresser un bilan de l'état de santé de la barrière corallienne. Le diagnostic est sans appel : ''nous avons constaté une hausse du nombre des herbivores sur les récifs coralliens, notamment des poissons chirurgiens et demoiselles. Ce sont des poissons territoriaux qui se nourrissent d'algues'', explique Pascale Chabanet, chercheuse à l'IRD. Le nombre de ces poissons a augmenté de 15 à 20 % en une décennie et dominent aujourd'hui l'écosystème : ils représentent en moyenne 68 % des individus sur le platier et 40 % sur la pente externe. ''Le problème, c'est que certaines espèces herbivores comme les poissons demoiselles fragilisent le corail vivant pour favoriser la colonisation des algues et l'extension de leurs territoires''. Résultat : les algues prolifèrent à grande vitesse, le corail est en perte de vitesse et ''les poissons papillons, qui sont corallivores, sont en diminution''.

La pression humaine, principale responsable

Cette dégradation du récif corallien a commencé dans les années 80, avec l'urbanisation de la côte Ouest. Le récif, relativement jeune (10.000 ans) à l'échelle du temps géologique, est de ce fait situé à proximité des côtes (entre 200 et 500 mètres des plages), ce qui le rend très vulnérable aux multiples pressions.
La déforestation a accentué l'érosion des sols et le déversement de terre et d'engrais dans le lagon. Les infrastructures de traitement des eaux usées n'ont pas été adaptées à l'accroissement de la population (+ 11 % entre 1999 et 2006), entraînant une hausse des rejets insuffisamment traités dans les nappes phréatiques côtières (ou nappe d'eau souterraine) et la mer.
Conséquence : l'eau est enrichie en éléments nutritifs (eutrophisation), ce qui favorise le développement rapide des algues, au détriment du corail.
Enfin, la fréquentation touristique entraîne une fragilisation des coraux, cassés par les baigneurs, les pêcheurs…

Agir rapidement pour inverser la tendance

''L'écosystème corallien met longtemps à se construire, des milliers d'années, et peut être détruit en peu de temps'', analyse Pascale Chabanet. En une vingtaine d'années, le système a déjà beaucoup souffert. Laisser la situation se dégrader risque d'avoir des conséquences irrémédiables sur ce milieu fragile et pourtant très important. ''Les récifs coralliens jouent le rôle de barrière protectrice contre l'érosion marine des côtes, ils fournissent des ressources aux populations locales, maintiennent les équilibres biologiques et physico-chimiques dans les éco-systèmes. Le corail est au poisson, ce que l'arbre est à l'oiseau, c'est-à-dire un abri, un garde-manger, un endroit où se reproduire. Il est donc essentiel de préserver l'habitat corallien.''.
En 2007, une zone naturelle marine a été crée pour protéger les récifs coralliens. Des écogardes surveillent et informent les usagers de la mer.
''Depuis, les choses évoluent même si c'est très long, commente Pascale Chabanet. La Réunion est une île davantage tournée vers la montagne que vers la mer. Il a fallu sensibiliser la population à l'importance des récifs coralliens, ce que font les écogardes aujourd'hui''. Des actions de restauration (création de récifs artificiels, bouturage…) sont menées avec les populations afin de récréer l'habitat des poissons associés au récifs coralliens. Mais des mesures doivent être prises pour limiter les pressions en amont. Un meilleur aménagement des côtes et un renforcement des mesures d'accès et des règles d'usage du récif corallien sont nécessaires pour préserver ce milieu.


* Cette étude s'inscrit dans le cadre du réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN), lancé en 1995 sous l'égide de la Commission océanographique intergouvernementale (Coi-UNESCO), du programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et de l'Alliance mondiale pour la conservation de la nature et de ses
ressources (UICN). En 1994, un bilan réalisé à l'échelle mondial établissait que 10 % des récifs coralliens étaient irrémédiablement détruits.

Réactions2 réactions à cet article

 
démographie

Première cause la croissance démographique humaine,
à quand une Démographie Responsable au niveau mondial ?

René | 08 octobre 2010 à 22h06
 
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Totalement d'accord avec René !!

nelfany | 02 décembre 2010 à 09h38
 
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